Gilles Schnepp, PDG de Legrand, réagit à l’édito sur la normalisation du J3e 800

Pourquoi essayer de centraliser l’ensemble des bureaux de normalisation sous une seule enseigne au plan national alors que les enjeux sont sectoriels et mondiaux ? Pourquoi vouloir regrouper des structures normatives internationales telles que la CEI et l’ISO alors que les marchés sont totalement différents ?

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C’est également une vraie interrogation pour Legrand. Nous ne sommes pas favorables à centraliser la normalisation sous une seule enseigne car les dynamiques des différents secteurs sont très différentes. La rapidité des changements dans le monde des technologies de l’information est par exemple sans commune mesure avec celle des secteurs plus traditionnels comme ceux de l’industrie lourde.

Historiquement l’influence des administrations était certainement plus importante dans le cadre de l’ISO ou du CEN et le leadership des industriels plus affirmé dans celui de la CEI ou du CENELEC . Aujourd’hui le panorama évolue vers un regroupement sous la pression d’une part de la commission européenne et d’autre part du fait de l’arrivée de nouveaux entrants dans l’UE. Ces derniers ayant souvent une structure de normalisation unique et dépendante de leur administration.

Le fait qu’aujourd’hui beaucoup de sujets (smart grid, smart meters, véhicules électriques, …) impliquent plusieurs secteurs, n’est pas une justification suffisante pour unifier la normalisation des différentes organisations car resteront :

–          les discussions actuelles sur les responsabilités .

–          la problématique de collaboration entre différents comités.

Nous insistons plutôt sur la nécessité de collaboration verticale entre tous les acteurs de la normalisation afin d’assurer la plus grande transparence dans le cadre de la mondialisation du commerce.

 

Pourquoi vouloir croire encore que la normalisation doit se placer dans la logique de l’offre alors que la logique de la demande est la seule possible et conduit la réflexion des concepteurs des produits ?

A la suite de la création du Cen-Cenelec Management Centre (CCMC) en Europe qui gère toutes les discussions liées au Cen et au Cenelec, nous constatons  que les priorités du Cenelec sont en train d’évoluer sous la pression de la Commission Européenne afin que la normalisation devienne de plus en plus un outil de création de nouveaux « marchés » et de réglementation de ceux existants. Pour exemple le ‘press release’ de la Commission du 1er juin : « Press Release, Brussels, 1 June 2011 ; Communication on a strategic vision for European Standards and the proposal for a regulation on European Standardization. »

Pour notre part, nous restons convaincus que la normalisation doit suivre les marchés, eux-mêmes guidés par la demande, le résultat de cette démarche pouvant être normalisé.

 

Pourquoi ne pas agir d’avantage au plan européen et international et considérer que le volet national doit être privilégié ?

Ceci est déjà le cas pour un industriel comme Legrand. Nous travaillons en premier lieu au niveau international pour ensuite adapter si nécessaire les documents aux besoins spécifiques de l’Europe  pour enfin les introduire au niveau national sans aucune modification. Avoir des produits conformes aux normes européennes est une ouverture pour la commercialisation de nos produits sur les marchés internationaux.

Il est nécessaire d’ajouter que le niveau national reste très important, c’est  à ce niveau que sont élaborées en effet les propositions servant de base aux textes de consensus pour les projets internationaux / européens. C’est aussi le niveau national qui doit déterminer le vote sur les propositions élaborées au niveau international /européen.

 

Pourquoi ne pas laisser les entreprises gérer elles-mêmes au plan professionnel leur stratégie normative ?

C’est un fait que la stratégie normative doit être établie par tous les acteurs et que l’industrie est un partenaire important. Mais, aujourd’hui, nous constatons que la stratégie de la normalisation est très influencée par la Commission Européenne et qu’une approche style Cen est de plus en plus  imposée au Cenelec. Pourtant la vraie question à se poser est : quelle est la pertinence marché (market relevance) de tous les nouveaux sujets ?

 

Pourquoi ne pas faciliter l’élaboration d’une véritable stratégie de la normalisation au niveau des grands secteurs industriels, stratégie préparée pas les professions avec les leaders de leur industrie, à l’image de ce que font nos principaux concurrents ?

Dans le secteur le l’électrotechnique, ceci est un fait, mais on voit aujourd’hui de plus en plus une pression de la Commission Européenne s’exercer sur la stratégie normative sans être forcément en phase avec les évolutions/besoins du marché. L’approche descendante (top-down) semble être privilégiée par rapport à l’approche ascendante (bottom-up)

Cependant il est vrai que certains des objectifs de la Communauté seront difficilement atteints si il n’y a pas le stimulus des gouvernements (exemples : sujets environnementaux, accessibilité, ..).

 

Pourquoi faire preuve d’une naïveté relative face à nos concurrents américains, japonais, chinois, qui considèrent que leur présence dans les structures internationales doit servir leurs intérêts ?

Dans le secteur électrotechnique et de manière plus précise dans celui des secteurs des produits d’installation électrique fixe, la présence de l’Europe au niveau international, et spécifiquement de la France, est telle que la défense de nos intérêts est assurée de manière performante.

 

Pourquoi le marquage CE a-t-il introduit une ambiguïté dangereuse avec les marques notamment NF conduisant à laisser entrer sur nos marchés des produits-non conformes, contrefaits et quelquefois dangereux ?

Pour notre industrie, les marques de conformité sont de très grande importance si ce sont des marques fortes, bien connues dans les marchés par tous les acteurs de la filière (p.ex. les grossistes, installateurs et utilisateurs finaux). Ces marques grâce aux audits réguliers  réalisés par des organismes indépendants sur les produits et les usines apportent une véritable valeur ajoutée à nos offres et sont nos alliés dans le combat contre les produits non-conformes, contrefaisants et quelquefois dangereux. Elles sont un complément performant à la surveillance du marché que se doit d’exercer les autorités de chaque pays.

Le marquage CE avait comme objectif de créer un marché européen ouvert et ceci est une très bonne démarche. Seulement, la surveillance du marché n’est pas bien organisée, voire inexistante dans certains secteurs ou pays. Par le nouveau cadre législatif en date de 2008 la commission européenne a accru les obligations des Etats Membres sur la performance de la surveillance du marché mais encore sans changement effectif sur le terrain, certaines des autorités nationales n’osant pas prendre la décision de retirer du marché des produits non -conformes à la réglementation ou n’ayant pas les moyens de le faire ou ne daignant pas encore coordonner leurs efforts.

 

Un point non abordé dans les questions est le fait qu’en Europe, avec les directives européennes, les normes harmonisées qui donnent une présomption de conformité aux exigences essentielles, ont créé un vrai marché ouvert. Or les dernières directives publiées telles que DEEE ou DPEB qui indiquent des caractéristiques minimales ou qui imposent des caractéristiques maximales extrêmement difficiles à vérifier en surveillance du marché laissent le champ libre à l’arrivée des produits non-conformes en Europe. Cette concurrence déloyale met en danger notre industrie. Ceci est un point très important pour garder une industrie forte.

Gilles Schnepp, Président Directeur Général de Legrand.

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