Actualité – Tables rondes Legrand – J3e n°814

Impacts et enjeux de l’éco-construction

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Le 22 novembre dernier, au Pavillon Kléber à Paris, Legrand organisait une série de 3 tables rondes sur le thème « Concevoir des bâtiments durables ». Xavier de Froment, directeur général France du groupe, avait réuni pour l’occasion des acteurs du bâtiment, promoteurs, architectes et bureaux d’étude. L’industriel entend favoriser le décloisonnement des filières dont il a martelé l’importance dans un contexte énergétique en pleine mutation. Ce n’est pas une première.

Le véhicule électrique, les réseaux VDI ou encore le maintien à domicile ont déjà fait l’objet de ces rencontres Legrand destinées à partager les savoirs et à rapprocher les différents acteurs du bâtiment pour mieux travailler ensemble.

À travers la présentation de la tour Horizons (Boulogne), l’ensemble immobilier Opéra Victoire (Paris) et la Maison de l’innovation (Dijon), les intervenants des 3 tables rondes organisées par Legrand ont abordé des sujets tels que les labels énergétiques et la certification, l’impact de l’écoconstruction sur le mode de travail, l’intégration de ces ouvrages dans un éco-quartier et bien sûr l’approche des équipementiers dans ces projets d’envergure.

Des promoteurs conscients de leur rôle en matière de bâtiments intelligents

Parmi les interventions remarquées de cette matinée, on retiendra celle du directeur Développement durable de la foncière Gecina, Yves Dieulesaint, pendant la table ronde sur la tour Horizons. Une analyse qui prouve qu’aujourd’hui les promoteurs sont pleinement conscients de leur rôle en matière de bâtiments intelligents et ont acquis une compréhension fine des problématiques qu’ils soulèvent.

Parler d’immeuble responsable, c’est parler d’immeuble pour lequel une logique de développement durable est appliquée, a-t-il développé, à savoir qu’il est éco-responsable (énergie bien gérée, déchets traités…) et qu’il répond à un objectif social et sociétal (trouver ce qui peut apporter des économies, comme la flexibilité des installations ; une bonne qualité de l’air, dont on sait l’impact sur la productivité…).

La « non-tour » de Jean Nouvel n’est actuellement occupée que partiellement. Difficile, 18 mois après sa livraison, de tirer un bilan, selon cet expert de Gecina, qui reconnaît que « malgré les efforts des occupants, travailler dans une serre tropicale est un peu difficile », référence à la partie la plus haute de la « non-tour » qui a modifié, de par sa conception vitrée, l’équation habituelle de la climatisation, comme l’a expliqué Stéphane Pasteur, du bureau d’étude Barbanel.

La délicate convergence de deux mondes qui ne se parlaient jamais

Pour réussir de tels paris, il faut de l’imagination, un important travail de dialogue, une remise en question permanente des professionnels, ce qui suppose d’être flexible et réactif, ont reconnu les intervenants de cette table ronde. Tout cela à coût constant, a rappelé Yves Dieulesaint, en précisant qu’il ne faut pas réfléchir en coût unique d’investissement mais en coût sur tout le cycle de vie du bâtiment.

La mutation vers le bâtiment HQE n’est pas facile à conduire, a-t-il admis, car il impose la convergence de deux mondes qui ne se parlaient jamais : d’un côté l’architecte, le promoteur, les financiers et les entreprises de travaux ; de l’autre le mainteneur et les occupants qui, jusqu’à présent, intégraient un bâtiment et devaient s’en débrouiller. Mais il rejoint complètement Françoise-Hélène Jourda, architecte très engagée dans la conception de bâtiments éco-responsables, en rappelant ce qu’elle aime à dire : « Dans le métier d’architecte, l’empreinte que l’on veut marquer ne doit pas devenir une cicatrice. » Une phrase qui dit tout.

Philippe Pelletier fait le point sur la réglementation thermique

Invité d’honneur de cette matinée Legrand, Philippe Pelletier, président du Plan Bâtiment durable, s’est livré à un rapide état des lieux de la RT 2012. « Nous allons être des observateurs vigilants et observer ce qui marchera et ce qui ne marchera pas et nous le porterons à la connaissance de l’État pour que, s’il y a un ajustement nécessaire, il puisse être réalisé facilement », a-t-il affirmé. Quant aux perspectives d’une RT 2020, il a été clair : « Nous n’allons pas durcir la réglementation ; le niveau de performance RT 2012 sera maintenu. En revanche, des sujets qui n’ont pas été suffisamment traités dans la RT 2012 seront dans la prochaine réglementation. » Et de citer :

– la prise en compte du confort de l’occupant (qualité de l’air, isolation phonique, confort d’été…) ;

– le critère électricité, affecté d’un coefficient pénalisant dans la RT 2012 (un autre critère sera pris en compte par souci d’équilibrage) ;

– la production d’énergie à partir des bâtiments (autoconsommation, mutualisation de l’énergie pour un quartier).

La culture de la rénovation n’est pas dans nos gènes

Depuis juillet 2012, les réflexions sont en cours au sein du comité Plan Bâtiment durable. « L’idée est de préempter ces sujets tant que l’administration n’a pas encore fait tourner le moteur de calcul sur la réglementation », a expliqué Philippe Pelletier. Mais une fois que les choses seront claires et qu’un apaisement sur la réglementation tarifaire aura été trouvé se posera alors une dernière question :

« On se demandera si 2020 n’est pas trop tard ». Anticiper cette date n’est donc pas exclu selon le président du comité Plan Bâtiment durable, qui a néanmoins rappelé que le vrai sujet restait la rénovation du parc existant : un tissu de bâtiments hétérogènes, des maîtres d’ouvrage qui ne sont pas tous des professionnels du bâtiment et une culture de la rénovation qui n’est pas inscrite dans les gènes des Français.

« Changer la moquette est déjà une aventure, alors l’installation électrique, vous imaginez !, a-t-il lâché non sans humour avant d’insister plus sérieusement : « Il faut comprendre que la rénovation est un facteur d’économies, de confort ; c’est un véritable changement culturel, qui va de- mander du temps et de la pédagogie. L’électricien ne travaillera plus seul sur un chantier mais collectivement, avec ceux qui le précèdent et ceux qui le suivent. »

Des leviers pour rassurer les maîtres d’ouvrage

Reste à trouver le bon équilibre entre une rigueur accrue et un coût maîtrisé. Comment faire changer les mentalités ? Faut-il prévoir des subventions ? « On se trompe si l’on croit qu’un ménage va trouver seul l’entreprise qualifiée pour réaliser de gros travaux dans son habitation. » Il faut, au-delà de l’indispensable formation des professionnels, un accompagnement, un discours commun, un guichet unique, ce que le comité présidé par Philippe Pelletier s’attache à faire actuellement auprès de l’Ademe, l’Anil et l’Anah. « Il faut tranquilliser les ménages qui investissent lourdement en rénovation et que ce qu’on leur promet sera bien au rendez-vous. C’est la garantie de performance, un sujet complexe, qui va monter en puissance. Il y aura de la labellisation, mais aussi du contractuel. Nous sommes en discussion avec les assurances en ce moment », a conclu le président du comité Plan Bâtiment durable.

Rappelons que pour définir les principales mesures du plan de rénovation des bâtiments, une table ronde nationale sera organisée avec les représentants institutionnels du bâtiment et de l’énergie. Le Plan Bâtiment durable est chargé de préparer cette table ronde et d’en proposer les grands axes de travail. Dans cette perspective, l’équipe de Philippe Pelletier a déjà lancé des groupes de travail pour faire émerger rapidement des propositions d’action. Guichet unique, garantie de performance, pérennité de la formation FeeBat font partie des recommandations

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