Benoît Quéro (Spectaculaires)

"Allume-moi des images magiques"

Interview de Benoît Quéro : C’est un peu par hasard que Benoît Quéro est « tombé » dans le monde de la lumière ; au début il y eut un job d’étudiant dans la fabrication de décors et puis ensuite une transition vers la lumière qui éclairait ces mêmes décors. Grâce à plusieurs rencontres, en particulier avec Henri Alekan, l’un des plus grands chefs opérateurs français, dont le livre, Des lumières et des ombres, fait toujours référence, il constitue une équipe avec le projet d’oeuvrer dans l’univers des services aux spectacles et à l’événement. Mais, d’emblée, il s’intéresse à la valorisation des patrimoines, qu’ils soient urbains ou naturels. Depuis lors, il suit un parcours de lumière et cultive son expertise d’Allumeur d’Images.

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Lumières : Cette année, vous fêtez le 25e anniversaire de la création de Spectaculaires. Avec votre équipe, vous vous considérez, depuis lors, comme des « Allumeurs d’Images ». Pouvez-vous préciser ?

Benoît Quéro : Cette locution représente le label créatif de Spectaculaires et un peu notre « philosophie maison ». Pour moi, pour nous, l’image, c’est de la lumière. Mais c’est aussi une idée, un imaginaire, voire de la matière sonore… en relation avec un support, une architecture et de la musique. C’est aussi un moment humain qu’il nous faut concevoir et travailler, en toute humilité, mais avec générosité et ambition ! et pour ça, être entouré par une équipe géniale, ça aide ! D’abord, dès 1987, date de la création de Spectaculaires, je m’ouvre au métier d’« Allumeur d’Images » pour mettre en lumière, valoriser et sublimer le patrimoine, urbain ou naturel, tout en y racontant des histoires. Ensuite, en 1994, je complète cette vocation en adoptant le métier de concepteur lumière en créant la société « Parcours Lumière ». Aujourd’hui, pour mon équipe et moi-même, ces métiers ne font plus qu’un !

Lumières : Que proposezvous aujourd’hui ?
B. Q. : Notre « Parcours de lumière », au sein de Spectaculaires, propose plus que de la lumière. Il s’agit souvent de concevoir et réaliser des scénographies et des mises en scène « cousues main » nécessitant un regard pluriel, que ce soit au niveau artistique ou technique. (« Rendez-vous place Stan» à Nancy, « On dirait que… » à Lyon, « Le Parvis des gentils » à Paris, « Bordeaux fête le vin » à Bordeaux) Chemin faisant, l’équipe s’est ainsi étoffée au rythme de presqu’ une embauche chaque année (23 personnes aujourd’hui). À la fois artisans, artistes et ingénieurs de haute technologie, les « allumeurs d’images » forment un ensemble pluridisciplinaire original capable de concevoir un projet de A à Z, en y maîtrisant l’écriture artistique et les conceptions techniques associées : lumière, images, sons… pour des projets permanents (aménagements urbains, illuminations…) ou événementiels.

Lumières : Pour vos diverses activités, la lumière est essentielle. Comment la maîtrisezvous pour ce qui est au niveau de la valorisation du patrimoine urbain et naturel ?

B. Q. : L’éducation du regard représente le premier outil de travail du concepteur lumière. Elle sert à discerner, lire un paysage et proposer d’y faire des cadrages un peu à la manière d’un photographe, lequel choisit ainsi l’essence (les sens) de sa photo…

Essentielle à la vie, la lumière sert dans nos métiers à « éclairer » et à sublimer… Aussi, quitte à consommer un peu d’énergie, autant le faire avec goût ! Bien évidemment, c’est rarement la quantité qui apporte un résultat qualitatif !

Il m’apparaît plus judicieux d’insérer l’éclairage dans son environnement avec l’art d’en renforcer l’intérêt par une réflexion portant sur la nature de la concurrence lumineuse et ses perspectives de découvertes depuis le tissu urbain ou naturel qui l’entoure !

Avec de la lumière, que l’on fasse un projet d’équipement pérenne ou événementiel, la problématique est la même : donner à voir avec le plus de sens possible… On pourrait presque parler de réalité augmentée !

Lumières : Votre spécialité porte sur la projection d’images fixes ou défilantes. Est-ce de la mise en lumière ou du spectacle ?

B. Q. : Notre offre est souvent scénographique. Selon les projets, sont inclus la lumière, le son synchronisé, des interventions plastiques… et force images fixes ou défilantes. Par ailleurs, il est de plus en plus fait appel aux images monumentales permettant des narrations dynamiques.

Ces différentes prestations se sont mises en place progressivement. Comme bien d’autres, nous avons commencé par pratiquer de la projection « diapo » et rêver à ce que ces très belles images deviennent monumentales… La fameuse idée de l’Autrichien Pani, consistant à réaliser des décors pour l’opéra avec des projections d’images, a ouvert la porte à nos rêves urbains. Il suffisait de sortir les projecteurs des théâtres.

Puis, vinrent les téléprojecteurs permettant le défilement des images (les TP6 de Caméléon et le Pigi d’ETC). Ces avancées étaient fabuleuses pour « raconter des histoires » et produire des effets spectaculaires… jusqu’à ce que la vidéo-projection arrive à gagner en qualité et en dynamique d’animation. Aujourd’hui, elle est devenue notre outil principal d’expression. Ici comme ailleurs, la technique n’est pas une finalité en soi, mais un outil asservi à l’ambition artistique ou, autrement dit, au service de la relation spectateur et de prestations spectaculaires ! S’agit-il alors de « son et lumière », de spectacles lumineux ou autres ? À nos yeux, les « rendez-vous… » que nous proposons s’inscrivent comme un nouvel art de la rue, sublimant l’apparence habituelle des lieux en « ré-éclairant » tel ou tel site avec son histoire et son imaginaire.

Lumières L’émergence des nouvelles technologies d’éclairage, telles que les LED, représentent-elles, pour vous, de nouvelles possibilités de création ?

B.Q. : En général, les gadgets technologiques et autres effets « mode » s’usent très vite. En fait, la technologie ne se suffit pas à elle-même, surtout si elle n’est pas « au top du top ».

En ce qui concerne plus spécifiquement la lumière, il est évident que la palette de produits innovants, incluant les sources à LED, par exemple, enrichit les possibilités créatives du concepteur ou du programmateur en charge de finaliser la dynamique de respiration des installations lumière.

Nous réfléchissons à enrichir notre relation au public en développant des outils d’inter activité (projet de recherche Maelt dans le cadre du grand emprunt national) avec également l’introduction des techniques de réalité augmentée dans nos propositions… Mais encore faut-il imaginer qu’en ces temps où l’image sous toutes ses formes, souvent trépidante, a envahi bon nombre d’espaces publics et privés, le juste regard du concepteur consiste peut-être à réfléchir à des propositions chargées d’une certaine approche de la lenteur ? Toujours en quête du beau, évidemment, ce qui, in fine, permet l’élévation !

Propos recueillis par Jacques Darmon 

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