Symposium SVDI – actu j3e n°816

La sécurité s’oriente vers l’hypervision

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La RT 2012, qui impose une obligation de résultat, mène à la convergence des systèmes et, par conséquent, à l’élargissement des compétences. L’orientation vers l’hypervision des trois domaines de la sûreté-sécurité en est un exemple. De fait, la vidéosurveillance, le contrôle d’accès et les systèmes anti-intrusion interagissent de plus en plus souvent dans le bâtiment. L’hypervision est une nouvelle voie de développement pour le secteur de la sécurité, comme on pouvait en juger, le 24 janvier dernier, lors du symposium SVDI présidé par Philippe Blin.

« La croissance du marché de l’hypervision reposera sur des logiciels ouverts.
D’autant plus que le besoin initial part souvent de la vidéosurveillance avant de migrer vers d’autres besoins
comme le contrôle d’accès, la gestion des issues de secours, l’éclairage en lien avec l’intrusion, voire la GTC pour la gestion des défauts.
 »

Un signe ne trompe pas : SVDI a fait évoluer sa dénomination pour adopter celle du Syndicat des entreprises spécialistes des solutions technologiques en sûreté, protection et détection incendie : « Les techniques de sécurisation évoluant rapidement, nous avons décidé de nous recentrer sur notre cœur de métier pour mieux soutenir nos adhérents, a expliqué Philippe Blin en ouverture du symposium SVDI de ce 24 janvier. Car nous pensons que nos entreprises spécialisées sont les mieux placées pour faire converger les technologies de la sûreté-sécurité. » La partie voix-données-images renvoyant au réseau de communication tombe désormais dans l’escarcelle de la FFIE « qui connaît bien ce domaine dans le cadre de l’efficacité énergétique », a complété le président de SVDI. Les deux syndicats opèrent ainsi un rapprochement de leurs secteurs respectifs pour aller de concert sans le sens de la convergence des systèmes avec, en ligne de mire, l’hypervision.

 

Les facteurs clés de l’hypervision

Ce concept d’hypervision a été décrypté pendant la matinée, notamment par Guy Monteil, DG de CCF, filiale Sécurité-VDI-Communication de Sonepar, qui n’a pas hésité à prendre l’exemple du film Mission impossible pour illustrer son propos d’une phrase : « L’hypervision, c’est lorsque Tom Cruise pénètre dans la tour et prend possession des équipements du bâtiment à partir de son ordinateur portable. » Ce concept s’appuie à la fois sur la configuration d’un bâtiment, ses équipements et logiciels et son réseau IP, a-t-il détaillé ensuite.

Acteurs de la vidéosurveillance, éditeurs et intégrateurs, professionnels de la GTC : ce foisonnement d’acteurs d’horizons différents se traduit par une guerre de logiciels où l’interopérabilité est bien plus qu’une clé, un vecteur de croissance : « Nous ne croyons plus aux équipements propriétaires, a affirmé Guy Monteil, la croissance de ce marché reposera sur des logiciels ouverts. D’autant plus que le besoin initial part souvent de la vidéosurveillance avant de migrer vers d’autres besoins comme le contrôle d’accès, la gestion des issues de secours, l’éclairage en lien avec l’intrusion, voire la GTC pour la gestion des défauts. » Pour réussir cette convergence, d’autres facteurs clés entrent en jeu, a souligné cet expert :

–          beaucoup de rigueur dans l’analyse fonctionnelle ;

–          une bonne approche solution ;

–          une bonne capacité de stockage ;

–          une architecture réseaux bien paramétrée ;

–          une bande passante suffisamment puissante.

« Le maquettage est primordial, a-t-il insisté, notamment parce que deux équipements Onvif (1), par exemple, ne vont pas forcément communiquer. Il est important de pouvoir valider la maquette avant ; cette étape facilitera l’installation. »

 

Fédérer les installations sur une interface unique

Pour sa part, Olivier Rancillac, de Saratec, a souligné que, avec la multiplication des points de contrôle dans le bâtiment (souvent plusieurs milliers), fédérer les installations sur une interface unique était plus que souhaitable : « Le personnel d’exploitation change souvent. L’interface doit donc être simple et claire pour permettre une prise en main rapide de la gestion du bâtiment. C’est là où la cartographie devient intéressante. »

Il faut également être sûr que toutes les informations remontent correctement sur cette interface unique, quelle que soit la source, et, sur ce point, il a rappelé : « L’IP n’est qu’un tuyau pour faire passer de l’information, deux équipements IP ne vont pas obligatoirement communiquer. »

Pour éviter les problèmes d’interopérabilité, faut-il alors opter pour une installation mono-constructeur ? Le risque est d’avoir un système propriétaire, répond Olivier Rancillac, qui pointe un autre aspect : « Attention aussi au mode dégradé. Si l’hypervision tombe en panne, les systèmes doivent continuer à fonctionner. » Penser redondance n’est pas un détail.

 

Au final, des exigences qui peuvent paraître complexes à mettre en œuvre, mais qui apportent de nombreux avantages, selon le représentant de Saratec : « L’hypervision fournit des éléments de compréhension en cas de dysfonctionnement, offre à l’utilisateur des choix possibles en cas d’intervention, établit des synthèses, comme par exemple le nombre de portes fermées, de points désactivés… ce qui permet de voir les failles de sécurité. Cette sécurisation automatique rassure les maîtres d’ouvrage. Elle minimise aussi les charges de personnel. De plus, l’hyperviseur a une connaissance de tous les équipements connectés, leur marque, leur historique… C’est un énorme atout pour gérer la maintenance. »

 

« L’hypervision est la réunion du courant fort et du courant faible,
cette convergence technologique est porteuse d’interrogations mais aussi d’opportunités.
Elle doit nous amener à repenser notre positionnement, à réfléchir à l’offre client.
 » Jean-Claude Guillot, président de la FFIE

 

Trouver le personnel compétent

Reste, pour l’utilisateur, à maîtriser l’outil. Sur ce plan, Gilles Passerieux, directeur d’Aforelec, est clair : « Pour être impartial, il faut des collaborateurs pointus dans tous les domaines et indépendants des fabricants. » Pour lui, passer de l’installation à l’exploitation et à la maintenance assistée par l’hypervision est une problématique majeure parce que cela fait évoluer l’installateur vers le métier d’intégrateur. L’élargissement des compétences est nécessaire. Pour répondre à ces évolutions, Aforelec a renforcé son catalogue de formation et son panel d’experts, établi des partenariats, notamment avec Objectif Fibre et SVDI. Mais, selon lui, trop peu de professionnels se forment pour monter en compétence.

 

Pour illustrer l’intérêt des partenariats, le directeur d’Aforelec a présenté l’opération menée conjointement avec SVDI, Constructys et Pôle Emploi ; une première en France : « Nous avons pris en formation 24 demandeurs d’emploi de niveau bac+2. Nous les avons d’abord formés au courant fort et à l’habilitation électrique (B1 et B2), au courant faible, aux travaux en hauteur, à la vie de l’entreprise… Au bout des 11 semaines de ce programme, ces personnes pourront être recrutées directement dans toutes les professions du BTP. Ce que l’on constate, c’est qu’ils sont vraiment intéressés ; ils ne sont jamais en retard, il n’y a pas d’abandon, mais au contraire un étonnement et de la motivation. »

« Les entreprises se plaignent de ne pas trouver de personnel qualifié ou de ne pas réussir à le garder, a complété Philippe Blin. Voilà l’opportunité de recruter des personnes formées et compétentes », a conclu le président de SVDI en invitant les entreprises intéressées par un recrutement à contacter Aforelec.

 

Posséder les bases du courant fort avant d’aller vers le courant faible : c’est la recette préconisée par Aforelec, SVDI mais aussi la FFIE, bien sûr, par l’intermédiaire de son président, Jean-Claude Guillot, venu clôturer cette matinée. « L’hypervision est la réunion du courant fort et du courant faible, cette convergence technologique est porteuse d’interrogations mais aussi d’opportunités. Elle doit nous amener à repenser notre positionnement, à réfléchir à l’offre client. C’est en s’organisant autour de cette nouvelle offre que nos marchés pourront se développer. Pour cela, il faut que SVDI et la FFIE travaillent étroitement ensemble. C’est le cap que nous nous sommes fixé. »

Pascale Renou

 

(1) Onvif est un des standards de communication utilisé par les systèmes de vidéosurveillance.

 

 

La non-convergence de la protection incendie

Le secteur de la protection incendie reste assez opposé à la convergence, bien que Dominique Taudin, vice-président d’Euralarm, ait rappelé que la non-convergence n’est pas une spécificité française au sein de l’Union. Selon lui, « si une évolution lente est à prévoir, elle ne se fera pas dans le cadre européen ». Pour sa part, Jean-Charles du Bellay, de la direction des Affaires de sécurité de la FFB, a montré de manière assez spectaculaire les problématiques de ce secteur qui souffre d’un foisonnement de codes et autres arrêtés publiés par différents ministères et régulièrement amendés. Difficile d’imaginer une convergence dans un avenir proche alors que les trois ministères concernés par la protection incendie (Logement, Environnement, Travail) ne sont pas en phase en matière de réglementation, notamment sur les aires de protection entre bâtiment.

Une autre explication à la non-convergence du secteur incendie est la nécessité pour les équipes de secours d’intervenir sans être gênées dans leurs opérations par un système de gestion du bâtiment qui serait trop complexe. De ce point de vue, les exemples présentés par Jean-Charles du Bellay étaient édifiants : la vitesse de propagation du feu peut être extraordinairement rapide.

À noter que cet expert a mis en place, sur le site Internet du Gimssi (Groupement des installateurs et mainteneurs de systèmes de sécurité incendie), une rubrique qui permet d’accéder à la réglementation propre à chaque type d’établissement très rapidement et très facilement. www.gimssi.com, rubrique Documentation.

 

 

Guy Monteil, CCF, filiale Sécurité-VDI-Communication de Sonepar

 

Olivier Rancillac, Saratec

« L’hypervision fournit des éléments de compréhension en cas de dysfonctionnement, offre à l’utilisateur des choix possibles en cas d’intervention, établit des synthèses, comme par exemple le nombre de portes fermées, de points désactivés… ce qui permet de voir les failles de sécurité. Cette sécurisation automatique rassure les maîtres d’ouvrage. Elle minimise aussi les charges de personnel. De plus, l’hyperviseur a une connaissance de tous les équipements connectés, leur marque, leur historique… C’est un énorme atout pour gérer la maintenance. »

 

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