3 questions à Élysabeth Bénali

En janvier dernier, Élysabeth Bénali a pris la présidence de la division 84 du Gimélec. Une division dont on entend peu parler. Et pourtant, il y a de l’orage dans l’air dans le secteur des paratonnerres ! La technologie que cette division défend est au cœur d’une guerre économique sans précédent. Le PDA ou quand l’innovation française dérange.

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j3e – Vous êtes présidence de la division Paratonnerre du Gimélec (D84) depuis janvier dernier. Pouvez-vous nous présenter rapidement cette division?

Élyzabeth Bénali – Pour commencer, je dirai qu’en matière de paratonnerres, deux technologies s’affrontent : la technologie du paratonnerre à tige simple (PTS), ancienne sur le  marché mondial, et la technologie PDA, dite « moderne » (paratonnerre à dispositif d’amorçage), qui a pris 35 % de parts du marché mondial en 20 ans, et que nous défendons au sein de la D84 du Gimélec. Cette division que je préside réunit une dizaine de PME qui représentent 96 % du marché français en valeur. Toutes sont leaders à l’export ; 60 à 70 % de notre CA est réalisé à l’export.

 

j3e –Vous dites que les deux technologies « s’affrontent » ?…

É. B. – Depuis l’invention du PTS, en 1700, aucune autre technologie n’était venue bousculer le  monopole mondial jusque dans les années 1980. Lorsque la technologie PDA a été mise au point par un chercheur français du CNRS, on s’est aperçu que ce concept était plus performant, moins coûteux et qu’il offrait un rayon de protection plus important.

En 1995, la publication de la norme NF C 17-102 sur le PDA a entraîné une forte croissance de notre part de marché. Les acteurs du PTS ont réagi par un puissant lobbying auprès des instances européennes, et exigé des tests laboratoire, et des retours d’expérience du PDA qui n’existent pas pour leur propre produit.

Le PDA, c’est plus de 550 000 sites protégés dans le monde, soit 5 000 000 d’unités/années installées (1), représentant un retour d’expérience considérable. Ce sont des produits rigoureusement homologués en laboratoires d’essais THT, dont en laboratoires tierce-partie pour qu’il n’y ait aucune mise en doute possible des résultats.

Mais cela est néanmoins combattu, pour des raisons financières, par la technologie adverse.

Un travail d’harmonisation des textes européens a eu pour conséquence de créer  une norme européenne ne reprenant que les normes nationales PTS. La norme française PDA se bat donc, avec le soutien actif du Gimélec, afin de s’imposer au niveau de normalisation européen et international.

j3e – Votre technologie remet en question une activité lucrative et installée ; elle menace un secteur économique et par conséquent des emplois. Quelle va être votre action ?

É. B. – Je vais m’attacher à rétablir notre position. Depuis 4 ans, nous nous sommes battus pour que la norme PDA soit révisée sans être conflictuelle avec la norme européenne. En septembre 2011, nous avons réussi à la réaffirmer au plan national. Non seulement elle n’est pas retirée, mais elle affiche des exigences supérieures à la norme européenne. Notre objectif est d’avoir une directive qui entérine l’existence de cette norme nationale à côté de la norme européenne. L’Inéris, qui a fait un rapport d’évaluation sur le PDA, a pris en compte l’intérêt de cette technologie et de la filière industrielle française qui la porte. Le fait que le PDA soit éminemment moins cher que le PTS, que son bilan carbone soit infiniment moindre et que les retours d’expériences sont indiscutables jouent en notre faveur. Mais c’est une guerre de marché sans pitié où les débats sont virulents. Il faut que nos gouvernants, le ministère de l’Industrie et de l’Environnement en tête, le sachent et qu’ils soutiennent l’innovation française. Il est nécessaire qu’ils nous consultent lorsqu’un texte réglementaire sur le sujet est en préparation. Le PDA est une innovation qui met le savoir-faire français à l’honneur, nous pouvons en être fiers, et ce fleuron industriel français doit d’abord être soutenu et appuyé en métropole.

Propos recueillis par Pascale Renou

 

(1) Source : International Lightning Protection Association (ILPA)

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