François Seguineau, Toshiba Europe

Interview de François Seguineau, vice-président Lighting Toshiba Europe.

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« Accélérer et renforcer notre approche de la gestion de l’énergie. »

Vice-président Lighting Systems, Toshiba Europe. Géant industriel mondial de l’électrique et de l’électronique (200 000 collaborateurs, 60 mds € de CA), Toshiba est un acteur majeur dans de très nombreux secteurs, de la production d’énergie nucléaire jusqu’au composant électronique. La responsabilité environnementale et sociale de l’entreprise sont des valeurs ardemment défendues par le groupe et transparaissent dans toute sa stratégie, comme l’exprime François Séguineau dans cet entretien qu’il nous a accordé.

j3e – Le groupe Toshiba poursuit une politique éco-environnementale à travers l’objectif « Facteur 10 à 2050 ». Pouvez-vous nous présenter cet objectif et les moyens mis en œuvre pour l’atteindre ?

François Séguineau – Le groupe Toshiba s’est effectivement engagé à améliorer, entre 2000 et 2050, selon un facteur 10 par rapport à l’année de départ, l’éco-efficience globale de ses activités au niveau mondial. Nous avons pour cela mis en œuvre une stratégie qui se décline en trois axes :

– une approche éco-produit, par la création de produits respectueux de l’environnement. Nous allons, par exemple, au-delà des exigences de la directive RoHS ;

– une approche éco-process, qui concerne nos usines ; nous sommes en train de changer nos outils de production, ce qui représente un effort éminemment important ;

– une approche éco-management, qui entraîne, quant à elle, une modification progressive de notre manière de travailler pour être plus efficace du point de vue énergétique et environnemental.

j3e – La tragédie de Fukushima a-t-elle modifié cette approche, notamment dans le nucléaire, secteur dans lequel vous êtes un acteur majeur ?

F. S. – Toshiba s’est fortement mobilisé dans l’aide aux populations au moment du drame, bien entendu. Je dirais que Fukushima nous a poussés à accélérer notre développement de produits pour mieux gérer les zones à risques, à l’exemple de notre robot en forme de chien, qui permet d’intervenir sur des sites dangereux pour l’homme.

Cet épisode tragique a également profondément renforcé notre approche de la gestion de l’énergie, et pas uniquement en matière de chauffage et d’éclairage, mais également dans le domaine des systèmes d’économies d’énergie. Nous avons par exemple conçu une box pour la gestion de l’énergie dans le bâtiment. Nous travaillons également sur des produits d’alerte et de prévention en cas de catastrophes naturelles. Cette tragédie nous a poussés plus encore dans cette orientation de l’optimisation de la gestion de l’énergie.

j3e – Avez-vous développé une ambition dans les énergies renouvelables, le solaire photovoltaïque en particulier ?

F. S. – Absolument, mais pas au niveau des composants comme les panneaux solaires. Nous nous intéressons davantage à la partie pilotage et gestion de l’énergie par le biais des batteries qui sont, de notre point de vue, un élément clé de la gestion des EnR : comment utiliser la production d’énergie solaire, comment la stocker, la restituer… Le sujet des batteries est important, mais pas seulement dans le secteur du solaire. Nous travaillons également sur les batteries pour les véhicules électriques et les infrastructures de recharge. Nous avons d’ailleurs testé une solution en Italie que nous allons mettre en place dans le cadre du projet « Smart Community » que nous menons à Lyon, avec le Nedo.

 Le marché va basculer.
Nous sommes, pour le moment, dans un marché de renouvellement,
mais la technologie va tout révolutionner.

j3e – Parlez-nous de ce projet Smart Community à Lyon Confluence. Quel est le rôle de Toshiba ?

F. S. – Ce projet est le résultat d’un partenariat signé en 2011 entre le Grand Lyon et le Nedo (équivalent japonais de l’Ademe), qui regroupe 30 partenaires. Il a pour objectif de faciliter l’innovation dans les domaines de l’énergie et de l’environnement en introduisant, à grande échelle, des systèmes d’économies d’énergie. Suite à l’appel d’offre de Nedo, Toshiba a été retenu pour mettre en œuvre et piloter toute la partie « intelligence » de ce projet démonstrateur. Projet qui comprend :

– la construction d’un ensemble de bâtiments Bepos avec des logements et des zones d’activités commerciales ;

– la gestion d’une flotte de véhicules électriques en autopartage ;

– la mise en place de systèmes de gestion d’énergie dans les logements.

Ce projet s’accompagne de la mise en place d’un système d’analyse de données liées à la consommation d’énergie et à la production d’EnR. Les différentes sources d’énergies seront suivies, pilotées, contrebalancées… Nous devrions pouvoir vous en dire davantage sur tout ce pilotage en juin ou juillet prochain.

j3e – L’usager est un acteur clé pour réussir ces projets. Intervenez-vous pour encourager les comportements éco-citoyens ?

F. S. – Nous n’intervenons pas directement. Notre contribution transparaît essentiellement, et modestement, au travers de nos discours sur une meilleure gestion de l’énergie. Par exemple, nous sommes les seuls, parmi les industriels qui fabriquent uniquement des luminaires LED en Europe, à communiquer sur cette technologie pour éduquer le marché.

Nous travaillons davantage au niveau d’acteurs économiques, tels que les régies ou les sociétés de maintenance, qui font du management d’énergie ; stratégie que nous développons suite au rachat de Landis+Gyr. Cette entreprise nous apporte son expertise dans le smart metering et l’optimisation des réseaux électriques pour le smart grid.

Pour revenir à votre question, je pense que la prise de conscience des usagers va se faire sous la pression du coût de l’énergie, mais aussi à travers des équipements comme les box qui vont afficher les consommations et pointer les écarts. Certes, l’évolution est lente en France, surtout parce que le prix de l’énergie est plus bas qu’ailleurs en Europe, mais le changement est en cours. Le cabinet McKinsey, par exemple, prévoit que le marché de l’éclairage aura complètement basculé dans la technologie LED en 2020.

j3e – Parlons des LED. Toshiba s’est distingué avec la mise en lumière de la Pyramide du Louvre et prochainement des salles rouges qui rassemblent d’immenses chefs-d’œuvre, dont la Joconde. A-t-il été facile de convaincre les Monuments historiques d’opter pour l’éclairage LED ?

F. S. – Le Louvre voulait afficher son leadership vis-à-vis des autres musées en matière d’économies d’énergie à travers un poste suffisamment important et représentatif ; ils ont choisi l’éclairage. Grâce à la LED, nous avons pu leur faire économiser 73 % de consommation d’énergie. Mais ne vous y trompez pas, pour l’éclairage de la Pyramide, ils étaient extrêmement attentifs à nos propositions car la notoriété mondiale du site ne souffrait aucune fantaisie. Nous avions obligation d’obtenir, avec les LED, le résultat obtenu avec les lampes au xénon installées. Si nous n’avions pas réussi, l’éclairage LED n’aurait pas été validé. Ce projet nous a poussés dans nos derniers retranchements, nous avons mobilisé nos équipes de R&D et conçu un éclairage spécial. Non seulement nous sommes fiers d’avoir relevé ce défi, mais cette réalisation nous a permis d’avancer encore dans la maîtrise de cette technologie.

En ce qui concerne les salles rouges et la Joconde, le travail est en cours. Les contraintes sont drastiques, là aussi, car le rendu des couleurs des tableaux de maîtres revêt une grande importance. L’inauguration est prévue le 4 juin et nous sommes impatients de voir le résultat. Il est certain que ces réalisations sont à la fois un grand honneur et une immense satisfaction pour Toshiba qui veut se positionner comme un acteur global de l’éclairage intérieur et extérieur.

j3e – Le dossier de ce numéro de j3e rappelle que « le produit n’est pas le projet » et que la LED ne répond pas à toutes les applications. Qu’en pensez-vous ?

F. S. – C’est vrai aujourd’hui. Mais le marché va basculer. Le rapport à la lumière, qui n’a pas évolué depuis plusieurs dizaines d’années, va complètement changer. Jusqu’à présent, vous achetiez un luminaire puis la source. Avec la LED, ces deux éléments ne font plus qu’un. Le pilotage est un autre facteur de changement où la LED a toute sa place. Dans 10 ans, on trouvera normal de piloter son éclairage à distance… Nous sommes, pour le moment, dans un marché de renouvellement de l’éclairage, mais la technologie va tout révolutionner.

 Ce n’est pas parce que vous maîtrisez un composant électronique
que vous maîtrisez la lumière et l’éclairage.
C’est une bonne nouvelle pour l’industrie européenne si elle sait prendre cette voie.

j3e – Et exiger de nouvelles compétences…

F. S. – Oui, je le pense en effet. L’électricien doit se former à la gestion de l’énergie car l’éclairage intégrera des notions de réseau et de commande. La gestion de la lumière sera couplée avec le chauffage… Dans cette mutation, les grands gagnants, pour le secteur de l’éclairage, seront ceux qui connaîtront la lumière. Beaucoup proposent des LED, mais ce n’est pas parce que vous maîtrisez un composant électronique que vous maîtrisez la lumière et l’éclairage. Chez Toshiba, nous avons 120 ans d’expérience en éclairagisme, nous savons ce qu’est un IRC, un angle, une teinte… Ceux qui ne maîtrisent pas ces critères ne survivront pas. On ne s’improvise pas dans l’éclairage. C’est une bonne nouvelle pour l’industrie européenne si elle sait prendre cette voie.

j3e – C’est le cas ?

F. S. – Elle a des efforts à fournir. On sent une évolution, mais elle est lente. C’est compliqué : ce ne sont pas les mêmes équipes de R&D, les compétences sont différentes, les investissements sont lourds dans un marché difficile. Tout cela n’est pas simple, mais je crois que l’industrie européenne doit avancer vers ces nouvelles technologies car c’est la clé de son avenir.

Ce projet d’éclairage intérieur et extérieur du Louvre nous a poussés dans nos derniers retranchements, nous avons mobilisé nos équipes de R&D et conçu un éclairage spécial. Ces réalisations sont à la fois un grand honneur et une immense satisfaction pour Toshiba qui veut se positionner comme un acteur global de l’éclairage intérieur et extérieur.

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© Pyramide du Louvre – Architecte I.M. PEÏ

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