3 questions à Jacques Perrochat – j3e n°818

« Notre secteur montre qu’il s’engage fortement à être éco-responsable, sans une contrainte réglementaire. »

Interview de Jacques Perrochat, directeur Solutions Datacenter Schneider Electric

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Schneider Electric participera au salon Datacenters Europe qui se tiendra à Nice, les 28 et 29 mai prochains. L’occasion de revenir, avec Jacques Perrochat, sur les référentiels qui gouvernent aujourd’hui le monde des datacenters en matière d’efficacité énergétique et environnementale.

j3e – Schneider Electric est membre fondateur du Green Grid, consortium international créé il y a 6 ans aux États-Unis par des acteurs de l’informatique, et qui regroupe aujourd’hui plus de 200 entreprises intervenant dans le domaine des datacenters. Son ambition était notamment de fournir des standards internationaux en matière d’optimisation des DC sur le plan énergétique et environnemental. Ces standards sont-ils aujourd’hui largement  appliqués alors qu’ils ne sont pas obligatoires ?

Jacques Perrochat – La raison d’être du Green Grid était de devenir l’autorité mondiale du secteur des technologies de l’information et des datacenters en termes d’optimisation des ressources et d’amélioration de leur performance énergétique. Le consortium est aujourd’hui très influent sur le marché, mais également dans les organismes de normalisation à travers toute la documentation (White Papers) que ses experts fournissent et qui décrivent les bonnes pratiques à mettre en œuvre dans les datacenters.

Les métriques créées par le consortium font autorité :

– le PUE (Power Usage Effectiveness) qui mesure l’amélioration de l’efficacité énergétique de la partie « puissance » des datacenters ;

– le CUE (Carbon Usage Effectiveness), qui évalue les progrès réalisés en matière de ressources utilisées et permet de connaître l’empreinte carbone du datacenter ;

– le WUE (Water Usage Effectiveness), qui mesure l’optimisation de l’usage de l’eau, ressource naturelle très utilisée par les datacenters et qu’il est important de préserver.

Ces métriques se retrouvent dans le Datacenters Maturity Model (DCMM), une matrice qui permet de faire la synthèse de ces trois indicateurs et, plus largement, de déterminer le niveau de maturité du DC en termes d’exploitation. Cette feuille de route propose également des pistes d’amélioration à mettre en place pour améliorer l’efficacité énergétique et environnementale du datacenter.

Ces référentiels ne sont pas d’application obligatoire, mais je ne connais pas un exploitant de DC qui ne soit intéressé par l’amélioration de sa performance énergétique. Et si l’on parle moins de « green IT » qu’il y a quelques années, cette notion se retrouve dans les faits. Je ne vois pas un cahier des charges aujourd’hui sans engagements sur le PUE et l’empreinte carbone.

À travers l’engagement du Green Grid et l’adoption de ses recommandations, notre secteur montre qu’il s’engage fortement à être éco-responsable, sans une contrainte réglementaire qui ne serait pas forcément adaptée à nos business model qui évoluent très rapidement.

 

j3e – Comment s’inscrit le code de conduite européen des datacenters dans cette dynamique et pourquoi peu d’entreprises ont cette certification ?

J. P. – Le code de conduite est une réponse de la Commission européenne à la nécessité d’avoir des datacenters plus « verts ». Le Joint Research Center (JRC), bras armé de la Commission chargé de définir les référentiels, a créé le code de conduite européen pour les onduleurs, référentiel sur lequel nous avions travaillé avec le Gimélec. Le code de conduite des datacenters s’inscrit dans cette même ligne d’amélioration de l’efficacité énergétique et de la réduction des émissions de CO2.

Cette volonté de la Commission européenne de rendre les DC plus vertueux est un des trois enjeux sur lesquels elle est investie en matière de datacenters et de TIC. Le cloud et la sécurisation des données est un deuxième axe de travail, le troisième étant le datacenter au cœur des smart cities avec la gestion des services et de la big data au niveau des villes.

Le code de conduite des DC, certification volontaire, demande un audit et donc un certain investissement de l’entreprise, ce n’est pas nécessairement une priorité lorsqu’elles sont dans une démarche d’amélioration de leur performance énergétique. J’ajouterais que ce n’est pas parce qu’elles ne sont pas certifiées qu’elles ne s’appuient pas sur cette démarche éco-responsable. Nous savons que les exigences du code de conduite et les recommandations du Green Grid sont adoptées et utilisées.

Selon le JRC, 215 DC sont certifiés en Europe, dont 10 % en France. Moins que le nombre de sites homologués, c’est l’impact qu’il faut considérer : le secteur de la finance, de l’hébergement et des datas, celui des grands opérateurs de télécoms, mais également le secteur de la recherche et de l’université se sont engagés dans la voie. C’est important.

L’impact du Green Grid et du code de conduite se constate à travers les chiffres, ne serait-ce que par l’évolution positive du PUE, dont la valeur diminue progressivement (1,8 en Europe en 2008, selon les sources du JRC).

j3e – Quelles autres évolutions majeures constatez-vous ?

J. P. – J’interviens depuis 30 ans dans la sécurisation des centres de données et je note une constante : la haute disponibilité reste fondamentale. Ce qui a changé, en revanche, c’est le business model qui résulte d’une évolution vers le mode SaaS et le cloud. Le datacenter d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui d’hier : il est devenu flexible, ce qui n’était pas nécessaire il y a encore 3 ou 4 ans. Flexible au niveau de ses composants, de ses architectures, dans sa conception. On parle aujourd’hui de modularité, de pilotage. Le datacenter doit répondre aux contraintes environnementales : il doit être refroidi à moindre coût et de manière très efficace ; on parle de free-cooling, système à la fois efficace et innovant.

Avant, peu de DSI connaissaient la consommation d’énergie de leur centre informatique, maintenant, s’ils ne la connaissent pas directement, ils sont obligés d’avoir une démarche environnementale.

Si l’on ne devait retenir que trois critères pour qualifier un DC aujourd’hui, ce serait : flexibilité, management via un logiciel de DCIM (Data Center Infrastructure Management) et refroidissement par free-cooling. Sur cette base, le datacenter « cloud-enabled » pourra répondre aux enjeux du cloud et de la performance énergétique en minimisant son empreinte carbone.

C’est évidemment un défi pour la très haute densité : comment un datacenter classé en Tier IV, le plus haut niveau de disponibilité, qui induit une redondance totale et donc davantage d’équipements et de composants, peut-il répondre à ces nouveaux référentiels d’efficacité énergétique ? Pour répondre à cette question, il faut bien évaluer le business model, les enjeux clients, les applications, les fonctionnalités, l’usage futur du datacenter… pour le concevoir alors avec pertinence.

 

The Green Grid est un consortium d’entreprises, d’organismes gouvernementaux et d’établissements universitaires à échelle mondiale, dont la mission est de promouvoir l’efficacité énergétique des centres de données et des écosystèmes informatiques. Il n’est associé à aucun distributeur de produits ou de solutions. Il a pour vocation de soumettre au marché diverses recommandations relatives aux meilleures pratiques, aux outils d’évaluation et aux technologies, qui permettent d’améliorer l’efficacité globale des centres de données en matière d’énergie. Son président est John Tuccillo, VP Monde des Alliances stratégiques chez Schneider Electric et président du conseil d’administration du Green Grid.

 

Le code de conduite des datacenters, créé par le Joint Research Centre (JRC) de la Commission européenne, est un programme d’envergure mondiale reposant sur les contributions de fournisseurs, d’experts industriels, de chercheurs et d’opérateurs de DC. Il a été rédigé pour s’adapter aux spécificités des opérateurs de DC de toute taille et des entreprises exploitant des équipements informatiques ou des équipements télécoms hébergés dans ces sites. Les organisations gérant de manière intégrale ou partielle un DC peuvent s’inscrire au code de conduite européen sur les datacenters en tant que « participant ». Les acteurs du marché datacenter (fabricants de matériel IT, refroidissement, approvisionnement électrique…, éditeurs de logiciel, prestataires de service en DC) peuvent adhérer en tant que « partenaires » (Endorser).

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