Serge Darrieumerlou (Somfy) : le “hub multiprotocole est notre force”

Serge Darrieumerlou, directeur général Somfy France.

Somfy est le leader mondial des moteurs et automatismes pour les ouvertures et les fermetures du bâtiment. Depuis sa création, en 1969, le constructeur innove pour anticiper les besoins de confort, de sécurité et d’économies d’énergie. L’évolution du bâtiment en matière de réglementation et le développement de web services le positionnent aujourd’hui comme un partenaire privilégié au cœur des enjeux énergétiques et environnementaux. Explications avec Serge Darrieumerlou, directeur général Somfy France.

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j3e – Que représente la part du marché tertiaire dans l’activité de Somfy et quelle est votre ambition pour ce secteur ?

Serge Darrieumerlou – Le marché tertiaire représente environ 10 % de notre CA en France  et 15 % à l’international ; c’est un de nos axes stratégiques majeurs. Notre objectif est de renforcer cette position en développant le réflexe « une fenêtre, une protection solaire automatisée ». La prise en compte dans la RT 2012 de l’incidence des protections solaires sur le refroidissement du bâtiment vont soutenir notre développement. L’équipement de la façade avec des protections solaires automatisées ne représente que 1 à 2 % du coût de construction du bâtiment mais permet de 20 à 40 % d’économies d’énergie. La rénovation du parc existant est également un axe fort de notre stratégie. Travailler sur une façade, sans modifier l’aménagement intérieur, peut se révéler extrêmement intéressant et, malgré la crise que connaît le bâtiment, notre croissance dans ce domaine est passée d’environ de 15-20 % à plus de 30 %.

 

j3e – Les logements collectifs sont rarement équipés d’occultants, encore moins d’occultants motorisés. Ce marché est-il en train d’évoluer comme vous le voulez ?

S. D. – Le logement collectif est un secteur où l’optimisation du coût de construction au m2 est drastique et la gestion des occultants a longtemps été laissée à la charge des occupants. Le gain énergétique que permettent nos solutions est désormais davantage pris en considération, notamment dans le neuf du fait de la RT 2012. Les acteurs du bâtiment ont compris l’impact des protections solaires sur le plan énergétique, le confort mais aussi sur la valeur du bien ; ce qui a longtemps été considéré comme un accessoire devient un élément essentiel de la performance énergétique. L’affichage des consommations devrait aussi favoriser ce changement. Selon certaines analyses, il entraînerait une réduction de 10 à 15 % de la consommation d’énergie.

C’est un fait que le bâtiment de demain sera à la fois économique et domotique. Il va y avoir un enrichissement de l’installation électrique dans les logements collectifs pour améliorer la gestion thermique de ces ensembles immobiliers, et l’analyse des bénéfices sera en notre faveur. S’il y a encore du chemin à faire pour y parvenir, notre discours porte, notamment en rénovation lorsqu’il s’agit de travailler sur une façade pour gérer les apports solaires. Le coût par rapport aux kilowattheures économisés a un impact sensible.

 

Le bâtiment de demain sera à la fois économique et domotique.
Il va y avoir un enrichissement de l’installation électrique dans les logements pour améliorer la gestion thermique

 

j3e – Quelles économies peut-on espérer ?

S. D. – Dans l’habitat, une étude menée il y a deux ans avec le Fraunhofer Institut en Allemagne a montré qu’il était possible de réduire de 10 % la consommation de chauffage grâce à des protections solaires dynamiques associées à des capteurs solaires ; nous avons par ailleurs des études montrant qu’il est possible, avec cette solution, de réduire la température intérieure de 9 degrés. C’est évidemment un argument très fort. En période de canicule, nous apprécions tous de rentrer dans un logement où la fraîcheur est préservée…

Dans le tertiaire, une étude thermique menée par Pouget Consultants démontre que l’ajout de stores automatisés sur un bâtiment initialement non équipé permet jusqu’à 20 % d’économies d’énergie. Le bâtiment tertiaire a besoin d’être refroidi à partir d’une température extérieure de 5°. Éviter les surchauffes est une priorité dans ce secteur. Les protections solaires ont donc toute leur place.

Nous proposons aujourd’hui des systèmes de gestion de l’ensoleillement très fins, comme le Suntracking, qui permettent de piloter de manière imperceptible des brise-soleil orientables selon la course du soleil. Par exemple, nous avons mis ce système en place dans une banque qui voulait avoir un niveau de luminosité identique dans tous ses bureaux. Pour aller plus loin, nous avançons avec Philips sur une solution codéveloppée, le « Light Balancing », qui associe la gestion automatisée de la lumière naturelle par les stores et l’éclairage artificiel régulé à LED pour un bien-être optimal de l’occupant et des consommations d’énergie réduites de plus de 50 %.

 

j3e – Les partenariats avec les autres acteurs du bâtiment sont indispensables ?

S. D. – En effet. Nous avons un partenariat très fort avec Philips, justement sur ce concept de Ligth Balancing. Nous gagnons également des marchés, dans le secteur de l’hôtellerie haut de gamme, grâce à notre partenariat avec Crestron. Nous en avons aussi dans le domaine du chauffage avec Ciat, Atlantic ou encore Honeywell. Dans le résidentiel comme dans le tertiaire, la domotique et la GTB vont exiger l’interopérabilité des différentes applications de confort.

Sur cette question de l’interopérabilité, d’ailleurs, nous sommes souvent jugés comme « fermés », mais nous avons développé dans le résidentiel, il y a plus de 10 ans, un protocole radio (io-homecontrol) partagé avec d’autres marques leaders comme Velux. C’est notre métier d’industriel de développer des solutions, nous n’avons tout simplement pas attendu qu’on le fasse pour nous. Dans le tertiaire, nous avons développé les gammes d’automatismes Animeo KNX et Animeo LON. Je trouve que c’est plutôt une ouverture qu’une fermeture.

Lorsqu’il s’agit de se connecter à des GTB, d’interagir avec du CVC, un acteur seul ne peut pas tout faire. C’est une attente majeure des maîtres d’ouvrage que d’avoir des solutions globales et déjà optimisées entre industriels partenaires.

 

Le monde du filaire et de la radio ne doivent pas s’opposer mais se compléter
car il y a une opportunité pour la filière électrique de capter davantage de valeur dans le marché du bâtiment.

 

j3e – L’aide à l’autonomie est un autre axe important de développement. Les dirigeants d’Ehpad ou de maisons de retraite sont-ils prêts à faire évoluer leurs bâtiments avec vos solutions ?

S. D. – Il y a des initiatives, mais ce n’est pas encore la norme. En Ehpad, il faut favoriser le confort et l’autonomie de la personne : pouvoir ouvrir et fermer ses volets, gérer son ensoleillement… Les solutions sont davantage déployées pour le maintien à domicile. Cela dit, les spécialistes du secteur commencent à réfléchir et à référencer nos solutions d’automatisme. La domotique permet cette autonomie ; elle rassure aussi grâce à une surveillance non intrusive. À partir de routines de vie identifiées, on peut imaginer des scénarios d’alerte : le volet roulant, s’il n’a pas été actionné à 10 heures, va envoyer une alerte dans un centre médicalisé, par exemple une serrure intelligente permettra d’ouvrir la porte à distance pour que les secours puissent intervenir sans fracturer la porte d’entrée…

Pour les personnels soignants, c’est une aide indiscutable. Un problème sera détecté plus rapidement. Cela ne doit pas remplacer le contact humain, bien entendu, il ne peut y avoir substitution dans ce domaine.

 

j3e – Vous serez exposant au salon Batimat Interclima+élec qui va se tenir du 4 au 8 novembre, quelles sont vos objectifs pour ce salon ?

S. D. – Nous serons effectivement présents à ce grand rendez-vous du bâtiment et de la filière électrique. Côté tertiaire, nous présenterons nos offres Animeo KNX et LON qui peuvent s’interfacer avec les systèmes de pilotage du bâtiment. Côté habitat, nous allons aussi prouver que nos solutions ne sont pas uniquement propriétaires, notamment à travers notre box TaHoma, qui a vraiment été pensée comme un « hub multiprotocole ». Pour Somfy, la domotique doit être pensée multiprotocolaire : non seulement l’utilisateur ne veut pas être prisonnier d’un seul protocole mais il doit pouvoir le choisir en fonction de ses usages : vous n’avez pas besoin d’un protocole très sécurisé pour gérer du son ou vos stores intérieurs, en revanche, vous en avez besoin pour sécuriser votre habitat. Ce hub est notre force ; il permettra de proposer des offres riches et des scénarios très variés à un coût abordable puisque notre box est aussi 100 % radio et 100 % cloud.

 

j3e – C’est la convergence de l’électrique, de la radio, de l’Internet…

S. D. – Oui, absolument, et cette mutation des métiers est un enjeu crucial pour la filière électrique. Les industriels ont la responsabilité de la faire évoluer vers ce mix de compétences. Pour cela, le monde du filaire et de la radio ne doivent pas s’opposer mais se compléter car il y a une opportunité pour la filière électrique de capter davantage de valeur dans le marché du bâtiment. Raison pour laquelle nous avons créé le label Expert tertiaire pour garantir la parfaite maîtrise à l’installation de nos solutions et pour valoriser ce savoir-faire. Dans la même logique, nous avons créé le réseau « Domoticiens agréés Somfy » qui adresse un profil plus orienté vers l’habitat.

Nous allons profiter du salon pour que les installateurs prennent conscience de l’intérêt de ce mix qui va renforcer et valoriser leur activité. Nous avons prévu d’organiser des ateliers pour être le plus concret possible. Il y a un enjeu vraiment important sur les services avant, pendant et après l’installation ; le monde des installateurs doit s’approprier ces lots qui sont créateurs de valeur. Nous sommes à leur disposition pour les accompagner.

Propos recueillis par Pascale Renou

 

Collège Miramaris (13).
L’automatisation des protections solaires extérieures a permis de réduire de 5 à 10 °C la température dans les salles de classe tout en améliorant le confort visuel. Ces salles n’étaient pas utilisées à partir de la mi-mai ; elles le sont désormais même dans les périodes de fort ensoleillement. ©SomfySAS_Collège_Miramaris_F.Paubel

 

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