Enseignement j3e n°819 – Formation d’ingénieur EPRM

En passant par l’apprentissage

En septembre 2012, le Cnam a sélectionné 15 jeunes pour sa formation ingénieur systèmes électriques EPRM (électronique de puissance réseaux et motorisation). Originalité de cette formation : un contrat d’apprentissage de 3 ans qui s’effectue en alternance. Pour l’élève comme pour le tuteur qui ont accepté de nous parler, la formule séduit et la prochaine rentrée verra probablement le nombre d’élèves augmenter.

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Le centre de formation en alternance Ingénieurs2000 est spécialisé dans les formations d’ingénieur par l’apprentissage depuis plus de 20 ans. Cet organisme a construit sa renommée en fédérant des établissements pour préparer des jeunes à une quinzaine de diplômes. Parmi ces établissements, le Cnam, où François-Mary Le Grand achève sa première année de formation d’ingénieur systèmes électriques EPRM.

François-Mary n’avait pas vraiment prévu de suivre une formation d’ingénieur et encore moins imaginé de travailler chez Siemens : « Lorsque j’ai préparé mon BTS, mes professeurs m’ont encouragé à poursuivre mes études. Comme je ne voulais pas aller en licence parce que cet enseignement ne me correspondait pas, ils m’ont orienté vers Ingénieurs2000 pour faire une formation par l’apprentissage. » François-Mary postule dans plusieurs entreprises pour décrocher un contrat d’apprentissage. Sans succès. De son côté, Ingénieurs2000 envoie la candidature du jeune homme à Siemens. Son profil est retenu, il passe un entretien et décroche un contrat d’apprentissage de 3 ans au pôle Protection de Siemens Infrastructure & Cities, sous la tutelle de Rémy Coustenoble.

Niveau d’anglais correct indispensable !

Responsable du pôle Protection où travaillent 5 autres personnes, Rémi Coustenoble avait demandé un apprenti au département des Ressources Humaines. Parmi les critères de sélection qui lui ont permis de choisir le candidat : la compétence technique, bien sûr, mais également le niveau d’anglais. « Nous ne demandons pas à nos apprentis d’être bilingues, mais il y a un niveau minimum indispensable à avoir car nos documents sont souvent rédigés en anglais. Nous utilisons aussi cette langue pour communiquer par e-mails avec notre maison mère, en Allemagne. Nous avons été surpris de constater que le niveau d’anglais, à enseignement identique, était extrêmement variable d’un élève à un autre ; même en dernière année de formation d’ingénieur, qui correspond pourtant à un bac+5, certains jeunes ont un niveau très insuffisant. Nous étions donc exigeants sur ce point. »

Accepter les déplacements était un autre critère de sélection. Le pôle que dirige Rémi Coustenoble peut en effet intervenir en usine ou sur site pour tester les protections électriques ; il faut être mobile pour un jour, une semaine… L’apprenti est toujours accompagné par du personnel de Siemens, bien sûr.

François-Mary répond aux critères et la réputation du Cnam rassure son tuteur. Après une première année d’apprentissage, le bilan est positif d’une part et d’autre. François-Mary a notamment apprécié l’accueil que le personnel de Siemens lui a réservé : « Je me suis senti tout de suite intégré dans l’équipe. J’ai même été surpris par la confiance que mon tuteur m’a accordée, reconnaît-il. Nous donner de l’autonomie quand on est apprenti est très encourageant. On travaille avec davantage d’attention parce qu’on n’a pas envie de décevoir. »

Un rythme d’alternance en accord avec le métier

Pour Rémy Coustenoble, qui accueille un apprenti issu de la formation proposée par Ingénieurs2000 pour la deuxième fois, la formule répond bien à ses attentes : « Je n’aurai pas validé une alternance avec des cycles courts en entreprise, affirme-t-il, tout net. Il faut au moins deux mois en entreprise afin de pouvoir proposer des tâches intéressantes. François-Mary a passé par exemple  trois semaines sur des essais en laboratoire pour des équipements  destinés à EDF, auquel il faut ajouter le temps indispensable pour expliquer le travail. Laisser de l’autonomie à l’apprenti est important aussi ; je préfère qu’il réfléchisse et cherche la solution pour lui-même. Et je reste évidemment à sa disposition s’il a des questions.  Le cycle deux mois en entreprise / deux mois à l’école, la première année de formation, est donc bien adapté à notre métier. » Cette période en entreprise passe à trois mois en deuxième année et six en troisième et dernière année, ce qui est encore mieux pour Siemens qui pourra demander à l’apprenti des tâches de plus en plus complexes : « Nous intervenons dans des installations haute tension sur des équipements de protection basse tension. Les fonctions de ces équipements vont des plus simples (protection maximale de courant) aux plus complexes (protection de générateur, protection de barre). Nous réalisons aussi les études de réglages et d’analyse de défaut réseau. On comprend mieux pourquoi Rémy Coustenoble apprécie ce rythme d’alternance qui permet de faire évoluer un apprenti pas à pas, sans brûler les étapes.

 

La filière élec : cette grande méconnue

En travaillant comme apprenti au pôle Protection de Siemens Infrastructure & Cities, François-Mary Le Grand a découvert un univers méconnu qui le passionne, ce qui lui fait dire que la filière électrique n’est pas suffisamment valorisée au moment où un jeune doit choisir son orientation professionnelle. « Lorsqu’on parle de la filière électrique, on imagine aussitôt l’installation d’une prise de courant, d’une lampe… Il est très difficile de discerner ce que le domaine couvre exactement ; l’information manque. J’ai compris l’ampleur du champ d’intervention pendant mon entretien avec mon tuteur et, plus tard, lorsque j’ai visité le réseau expérimental autonome concept grid d’EDF, à Moret-sur-Loing (77).

Dans ma promotion, certains élèves pensaient devenir chargés de mission, comme on le propose dans d’autres écoles d’ingénieurs, mais la formation EPRM d’Ingénieurs2000 est axée sur la technique, l’opérationnel, les composants ; on a vraiment “les mains dans le moteur”. Pour certains, cette technique fait peur parce qu’ils l’ont peu pratiquée ou n’y ont pas toujours trouvé un intérêt. Et le pas à franchir entre le BTS et la formation ingénieur demande une mise à niveau, il faut travailler sérieusement. Enfin, l’apprentissage est mésestimé à cause de son côté mi-professionnel mi-scolaire. C’est dommage parce que je suis certain que cette voie permettrait à des élèves, qui se sentent mal avec le système scolaire classique, de trouver une voie qui les motive vraiment, comme pour moi. »

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