S’appuyer sur les retours d’expérience

Silver Economy Expo, premier rendez-vous 100 % BtoB des technologies et services pour les seniors, s’est tenu à Paris les 5 et 6 décembre derniers. Au programme de cet évènement, une conférence sur l’expérience menée en Limousin par la Région, Legrand et la Fondation Caisses d’Épargne pour la solidarité. Instructif pour tous ceux qui voudraient s’engager dans une démarche d’aide au maintien à domicile.

Sur le même sujet

Avec l’allongement de la durée de vie et le nécessaire développement du maintien à domicile, la Silver économie (1) est devenue un enjeu économique et sociétal majeur. Le « contrat de filière », signé par les ministres Arnaud Montebourg et Michèle Delaunay, le 12 décembre dernier (flashcode), prévoit notamment d’adapter 80 000 logements d’ici à 2017 en s’appuyant sur la domotique pour aller vers des logements connectés. Une voie dans laquelle la région Limousin s’est déjà fortement engagée grâce à un travail mené en synergie avec la Fondation Caisses d’Épargne géographiquepour la solidarité et le groupe Legrand. Ensemble, ces acteurs publics et privés ont mis en place un service de téléassistance avancée dont la réussite pourrait servir de modèle.

Les personnes âgées ne sont pas hostiles aux solutions domotiques dès lors qu’elles y trouvent un intérêt, que les systèmes sont simples à utiliser et qu’il y a un accompagnement à l’usage.

Les personnes âgées ne sont pas hostiles aux solutions domotiques dès lors qu’elles y trouvent un intérêt, que les systèmes sont simples à utiliser et qu’il y a un accompagnement à l’usage.
© Fotolia

Associer domotique et services de proximité pour convaincre

Non seulement la mise en place de cette plate-forme et d’un service à la personne 24/7 dans l’ensemble du territoire limousin a répondu aux attentes, mais elle a créé de l’emploi, mobilisé d’autres services et permis d’anticiper, avec le groupe Legrand, ce que pouvait apporter la filière industrielle dans le domaine de la Silver économie. Un résultat très positif, selon Évelyne Sancier, directrice de Projet, Fondation Caisses d’Épargne pour la solidarité, dont il faut tirer des leçons : « Les personnes que nous accompagnons (80 ans en moyenne) ne sont pas hostiles aux solutions domotiques dès lors qu’elles y trouvent un intérêt, que les systèmes sont simples à utiliser et qu’il y a un accompagnement à l’usage (le taux d’acceptation en Limousin atteint 97,3 %). Jusqu’à présent, la téléassistance permettait de secourir les personnes ayant chuté. Les solutions domotiques sont préventives, elles permettent, par exemple, de limiter les chutes, souvent fatales à cet âge. L’expérience menée en Limousin a montré que la domotique, lorsqu’elle est associée à un service d’assistance de proximité, divise par trois le nombre de chutes et réduit considérablement l’hospitalisation. »

La technologie est moins l’enjeu que la volonté des hommes

Les facteurs de réussite sont multiples. Si, pour Olivier Vallée, responsable des partenariats au sein de la direction marketing France, groupe Legrand, « la technologie ne peut avoir de sens qu’avec un service associé pour permettre de réagir face aux situations, la mise au point de la domotique et la fiabilité des systèmes sont des facteurs clés ». De même la proximité du service d’assistance : « Il faut être proche géographiquement et culturellement pour créer du lien, confirme Évelyne Sancier. Cela permet d’entrer plus facilement chez le client pour étudier ce qu’on peut lui installer et le convaincre de l’intérêt de ces solutions. Nos plates-formes départementales sont à 20 minutes maximum du client le plus éloigné. » Mais « la véritable innovation se fait dans nos têtes : il faut vouloir changer et avancer avec cet état d’esprit », affirme Patrick Malléa, DG du Centre national santé et autonomie. C’est peut-être là, en effet, que surgissent les principaux points de blocage : comment mobiliser et mettre en synergie l’ensemble des acteurs ? « Il faut aller dans la prise de conscience et penser innovation organisationnelle, préconise le DG du Centre national santé et autonomie. Beaucoup de retours d’expérience sont des échecs parce que les intervenants sont historiquement divisés et veulent parfois “préserver leurs acquis” ; de fait, la même expérience pourra donner de très bons résultats dans une région, à l’instar du Limousin, et pas dans une autre. » La technologie est moins l’enjeu que la volonté des hommes.

Utiliser le business model des opérateurs de télécom

À ces problématiques, s’ajoute celle du financement, à commencer par le coût de ces solutions domotiques. « Il varie évidemment en fonction des packs, répond Olivier Vallée. Pour l’opération menée dans le Limousin (encadré), il est d’environ 1 000 €. Mais les clients ne vont pas payer 1 000 ou 1 500 €, il y a une forfaitisation, un abonnement mensuel, comme pour un smartphone ou Internet. Pour une meilleure acceptabilité de ces solutions, nous devons pouvoir appliquer les méthodes utilisées par les opérateurs de télécom. » Les conseils généraux interviennent aussi dans le financement et sont souvent les seuls financeurs de ces opérations : à travers une aide personnalisée à l’autonomie (APA) d’une part, et par la solvabilité d’un reste à charge (environ 18 €) d’autre part. Dans le Limousin, l’abonnement est à 6,30 €/mois dans certains départements, précise Évelyne Sancier.

Jusqu’à présent, la téléassistance permettait de secourir les personnes ayant chuté. Les solutions domotiques sont préventives, elles permettent, par exemple, de limiter les chutes, souvent fatales pour les personnes âgées.  © Legrand

Jusqu’à présent, la téléassistance permettait de secourir les personnes ayant chuté. Les solutions domotiques sont préventives, elles permettent, par exemple, de limiter les chutes, souvent fatales pour les personnes âgées.
© Legrand

Cette expérience menée en Limousin et présentée à Silver Economy Expo est un exemple parmi d’autres. « Nous essayons de créer une commission, au sein de l’Assemblée des départements de France, pour partager nos retours d’expériences, note le représentant du groupe Legrand. Nous montrerons ainsi la voie à des présidents de conseils généraux qui voudraient se lancer dans la même démarche. Il ne faut pas partir d’un projet qui va prendre du temps et dont les résultats n’apparaîtront pas avant un ou deux ans, conseillet- il. Le sujet de la Silver économie va devenir urgent, il faut se faire confiance et s’appuyer sur les expériences menées pour avancer plus vite. »

Pascale Renou

(1) La Silver économie regroupe les entreprises agissant pour et/ou avec les personnes âgées. Création de services personnalisés, de technologies pour l’autonomie, ces biens et services seront bientôt indispensables et sont autant d’activités appelées à se développer fortement dans les prochaines années.

 

Laisser un commentaire

Laissez un commentaire en remplissant les champs ci-contre ou utilisez votre compte