SAINT-NAZAIRE : ENTRE POÉSIE ET CUBISME

Base sous-marine de Saint-Nazaire. © Antoine Monié photographie pour Citeos - Maîtrise d'ouvrage : Ville de Saint Nazaire - Conception lumière : Virginie Voué, Luminescence - Maîtrise d'œuvre : service Éclairage de la ville de Saint-Nazaire - Solutions éclairage : Martin, Meyer, Sammode - Pose : Lucitéa Atlantique - Câblage DMX et pilotage : groupement Citéos Exploitation : Loire Océan et Lumières Utiles (François Guillet)

Lieu historique emblématique, la masse de béton de la base sous-marine de Saint-Nazaire offre une architecture peu séduisante dans un environnement hostile, et pourtant c’est une vision oscillant entre cubisme et poésie que nous propose la nouvelle mise en lumière signée Virginie Voué, agence Luminescence. Le postulat de départ reposait sur un éclairage de mise en valeur, fonctionnel et sécuritaire, afin de ne pas multiplier les installations qui auraient, inévitablement, nui les unes aux autres.

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C’est précisément à l’emplacement de la base sous-marine que se dressaient la gare maritime et les installations de la Compagnie générale transatlantique, de là que partaient et que s’amarraient les paquebots sur les lignes régulières vers l’Amérique centrale et les Antilles, de 1862 aux années 1930. Construite pendant la Seconde Guerre mondiale, pour abriter ses sous-marins, les célèbres « U-Boote », la base sous-marine, avec sa façade de 301 m de long, a longtemps coupé la ville de son port d’origine. Depuis la fin des années 1990, grâce au projet urbain Ville-Port, la ville s’est approprié la base en l’intégrant dans le paysage urbain. Un exploit réalisé avec l’architecte Manuel de Sola Morales i Rubio lors du réaménagement de ce quartier, et du percement des alvéoles, qui a transformé l’intérieur de la base en un espace public et un lieu culturel et touristique.

Dans la perspective, la structure de béton émerge, avec, pour fond, le bassin de Saint-Nazaire. De nuit, cependant, la base formait une masse opaque et sombre, contrastant avec la place des Antilles. À cette première vision globale du rapport de la base à la lumière et à son aspect diurne et nocturne, se sont ajoutés d’autres constats : la notion de contraste très importante, même de jour, à l’intérieur de la base, son milieu quelque peu hostile (ruissellement, salinité, pigeons), l’effet diaphane et poétique du soleil qui se reflète sur ses parois, l’étrangeté du caractère changeant du matériau en fonction du temps et de l’humidité, les perspectives marquées, mais aussi une perception quelque peu cubiste de l’espace, de nuit, par l’absence de lumière ou la présence de sources lumineuses ponctuelles et aveuglantes à certains endroits… créant d’épaisses masses sombres et inquiétantes.

Le concept lumière

© Antoine Monié photographie pour Citeos

© Antoine Monié photographie pour Citeos

Virginie Voué a pris le parti de mettre en place un éclairage qui redonne au site ses proportions de nuit et qui marque les lignes de fuite, afin de reproduire le « cadrage de la perspective » créé, de jour, par les alvéoles ouvertes de la base. « C’est pourquoi nous avons développé l’effet de continuum lumineux qui permet de souligner les lignes de fuite par un aplat lumineux sur les parois, et de redonner, par la même occasion, ses proportions à la base. Ainsi, cela nous a permis d’en faire ressortir la texture, notamment celle des planches de bois qui ont servi de coffrage, mais aussi les aspérités produites par l’altération du béton, laissant apparaître son ossature métallique », explique Virginie Voué.

Ce continuum lumineux s’articule avec un effet de decrescendo aux abords des bassins, qui diminue l’intensité lumineuse à l’approche de ceux-ci, afin de laisser la place au miroitement sur les parois qui réaffirme la présence de l’eau dans la base. La lumière devient dynamique, animée, vivante, changeant en fonction des alvéoles, des jours, du temps, du vent. Équipés de lampes aux iodures métalliques, les projecteurs sont tous localisés, au plus près, à l’aplomb des bassins, permettant un accès aisé pour leur entretien ; cette préoccupation ayant été intégrée, dès la phase de conception, de manière à veiller à la durabilité du projet.

Variations chromatiques

Les coloris et les intensités lumineuses varient en fonction des heures de la journée (quand l’éclairage est allumé, par détection, car le contraste est trop fort) et des heures de la nuit. Ainsi de jour, l’éclairage est d’un blanc froid, qui compense le manque de luminosité. Au crépuscule, il revêt une teinte ambrée rosée, faisant écho à la couleur de la lumière naturelle rasante qui pénètre dans la base au coucher du soleil. Lorsque la nuit noire s’est installée, un éclairage blanc chaud prend place, offrant une ambiance agréable et une luminosité confortable dans le site. Il s’articule avec la signalétique lumineuse composée d’une « poursuite » sur le numéro des alvéoles, et de projections indiquant les différentes infrastructures culturelles et touristiques, sur la tranche des parois des alvéoles.

Au cœur de la nuit, après 23 h 30 ou 0 h 30 suivant la saison, un éclairage de veille bleuté, très peu intense, prend le relais. Il symbolise la base en sommeil, tout en assurant un niveau d’éclairage minimum. L’aurore (comme le crépuscule) voit naître une variation chromatique qui passe d’un rose froid au mauve, puis à un bleu très pâle, jusqu’à retrouver la teinte froide de l’éclairage de jour ou que la lumière naturelle ne vienne reprendre sa place.

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