Gilles Berhault, président du Comité 21 : « Les habitudes doivent changer, chacun doit s’investir, expliquer et éduquer. »

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Le Comité 21 est une association qui croise les dimensions économique, environnementale et sociale, dans une logique multi-acteurs. Gilles Berhault, son président, est convaincu que c’est par le dialogue avec l’ensemble des parties prenantes, dans un esprit de coproduction, que des solutions peuvent être trouvées. C’est pour cette raison que, dans la perspective de Paris Climat 2015, le Comité 21 a lancé, avec le Club France Développement durable (rassemblant plus de 100 réseaux publics et privés), Solutions COP21, dispositif inédit de valorisation des solutions pour le climat dont le point d’orgue sera une exposition gratuite et ouverte à tous au Grand Palais du 4 au 10 décembre 2015.

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Nous sommes à un peu moins de 200 jours de la COP21 au Bourget. Qu’en attendez-vous ?

La COP21 est un événement majeur. À la suite de Rio 1992, plusieurs conventions ont été décidées, dont celle sur le climat, qui se réunit cette année pour sa 21e édition. Pour les négociations climat, le moment de cette COP21 sera très particulier. Il faut qu’un accord soit trouvé à Paris cette année. Une convergence de facteurs fait qu’en 2015 des grandes lignes doivent pouvoir être dessinées à Paris pour qu’ensuite les conditions de mise en application puissent être discutées à Marrakech en 2016.
Ce processus est ambitieux et complexe : il nécessite que 196 interlocuteurs aux modes de vie, cultures et stades de développement variés puissent trouver un accord à l’unanimité. Nous devons prendre conscience que notre patrimoine commun, la Terre sur laquelle nous vivons, repose sur des équilibres fragiles, dont le climat au premier chef. Les engagements de changement de comportement sont nécessaires (moins de transports, moins de viande, moins de déchets, moins de ressources), mais l’innovation est incontournable, qu’elle soit sociale ou économique.

Si l’angélisme n’est pas de mise, rappelons que toute une part de ces dossiers tiennent leurs solutions, dont beaucoup existent déjà. En 20 ans, beaucoup de champs ont été explorés : l’énergie, le bâtiment, la mobilité, l’économie, la nutrition. Il faut maintenant passer à la bonne échelle, dépasser le stade de « laboratoire ». Ce sont ces solutions que nous valorisons dans le cadre de Solutions COP21.

Pouvez-vous détailler le dispositif mis en place par Solutions COP21 pendant la conférence du Bourget ? Quel en est l’objectif ?

Le Comité 21 et le Club France ont coproduit Solutions COP21, un projet en tant que tel, qui ,appartient à quiconque veut se l’approprier. Le dispositif repose sur deux pivots : un Hub sur lequel les organisations de tous types peuvent poster leurs solutions climat (www.plateformesolutionscop21.org) et une exposition ouverte gratuitement à tous les publics, qui se tiendra au Grand Palais, du 4 au 10 décembre 2015. Solutions COP21 aura également une présence au Bourget, sur le site même de la conférence climat, et des visites de terrain seront organisées.

Une dynamique doit être impulsée et la COP21 pourrait être à son origine en France. C’est tout le sens de notre action au Grand Palais avec Solutions COP21. Nous voulons inviter la société pour expliquer qu’une société post-carbone, post-Paris 2015 est une perspective non seulement réaliste mais positive. Tout le dispositif présente des solutions valables, grâce à des technologies de rupture, gérables avec l’outil numérique.

L’esprit de coproduction apporte un changement radical à notre époque. Il faut bien voir que rien ne se fera de façon verticale. De multiples solutions peuvent être proposées aujourd’hui, mais la force des entreprises réside dans leur capacité à fédérer autour d’elles, à être dans une logique d’innovation ouverte. C’est toute la modernité du XXIe siècle.

Quels seront les grands enjeux de cette 21e COP ? Quelles ont été les avancées concrètes depuis les premières éditions ?

Nous avons besoin d’un texte ambitieux, y compris pour le développement des affaires. Si l’équilibre climatique est perdu, au-delà des 2 degrés de moyenne proposés par le GIEC – et on sait la difficulté de s’y tenir –, il sera très compliqué de préserver de bonnes conditions de vie, de développement, d’activité économique ou culturelle.

Paris ne sera probablement pas le texte des 2 degrés, mais il doit être une étape suffisamment marquée dans cette direction. Ce qui est important, c’est que tout le monde signe. Même si le texte n’est pas exactement celui dont nous pourrions rêver pour l’avenir de nos enfants, le fait d’obtenir l’unanimité des 196 parties en présence sera une étape majeure.

Si la référence aux 2 degrés est conservée, même les 40 % européens – plus ambitieux que d’autres – ne suffisent pas. C’est cependant la première étape d’un processus par définition étalé dans le temps. Nous prônons des prises d’engagement ambitieuses, bien sûr, mais tenables. Plusieurs éléments fondamentaux doivent se régler à Paris, comme les conditions de mise en œuvre du fonds vert, décidé à Copenhague. Il doit permettre aux pays en voie de développement de se développer dans une économie bas carbone. Si les 10 milliards nécessaires fin 2014 ont été trouvés, les conditions de mise en œuvre ne sont pas encore définies. Où trouver les 100 milliards par an en 2020, où les rediriger ?

La France sait faire une évaluation carbone parce qu’on y travaille depuis longtemps. C’est moins évident pour un certain nombre de pays en développement qui n’ont pas forcément les outils d’analyse adéquats. On est alors face à de vraies difficultés d’évaluation des situations et de définition de solutions, ce qui est le préalable à tout engagement sérieux. Autre sujet : le prix du carbone, dont on parlait un peu moins et qui revient sur le devant de la scène. Si ces deux clés-là, en plus de l’engagement majeur et global de baisser ses émissions de carbone à échéance 2030 étaient acquises, la réussite serait grande.

Nous attendons aussi que les actions sur les plans climats territoriaux, qui ont été engagées, soient systématisées par les territoires français ou encore que les entreprises prennent leurs responsabilités au même titre que les pays qui s’engagent à diminuer leurs émissions de carbone, leur consommation des ressources. C’est pour cette raison que le rôle de la société, des organisations non étatiques, doit être réaffirmé fortement et inscrit dans le texte. M. Fabius l’a annoncé très tôt : la COP21 sera la COP des solutions. Dans un tel contexte, ces acteurs, qu’ils soient collectivités, institutions, entreprises… doivent profiter de cette formidable opportunité qu’est la COP21 pour montrer qu’ils sont impliqués et force de propositions ! Avec Solutions COP21, le Hub et l’exposition au Grand Palais, nous allons montrer au monde entier les solutions de ces acteurs non étatiques.

Il y a deux dimensions : la prise de responsabilité d’une part et l’action d’autre part. Nous attendons que les entreprises inventent, qu’elles portent, qu’elles développent, qu’elles financent parfois des solutions pour la mobilité, pour le bâtiment, pour le commerce… tous les sujets de notre société. Il y a un marché à prendre et à ne pas laisser partir ailleurs comme ce fut le cas avec les énergies renouvelables. Tous ces enjeux mettent la société en position de se réinventer de façon positive et pas seulement dans la culpabilité, qui est inefficace.

Selon vous, les entreprises françaises sont-elles favorables à une législation en faveur du développement durable, ou inquiètes des mesures imposées ? Dans quelle mesure une législation constitue-t-elle un frein ou une opportunité pour ces entreprises ?

On est en train de sortir d’un certain discours culpabilisateur blâmant les « méchantes entreprises polluantes ». La question n’est plus de chercher des coupables, ni d’être en opposition, mais de se demander que faire ensemble et de créer de la collaboration. C’est d’ailleurs la force de Solutions COP21 : rassembler en un même lieu des institutions, collectivités, entreprises, associations… La vision évolue, avec un attrait pour l’esprit d’entreprise, les start-up, l’économie collaborative, une certaine fascination pour les success story comme airbnb, blablacar – qui vont dans le sens de la mutualisation. Dans tous les mouvements autour de l’innovation, du numérique, les questions de climat et d’environnement sont intégrées tout naturellement.

La technologie nous autorise de vraies ruptures : faire l’Auto lib’ sans voitures électriques serait bien plus compliqué, faire le Vélib’ sans géolocalisation serait une toute autre histoire. Il y a un croisement de technologies, de comportements, d’innovation, et l’enjeu est stimulant. Faire du profit en étant utiles à la planète et en créant des emplois, sont des dimensions essentielles pour la plupart des chefs d’entreprise, notamment de PME.

Ne nous leurrons pas : le climat, comme toutes les mutations sociétales et économiques, va imposer des transformations, engendrer des baisses d’activité dans certains domaines, des augmentations dans d’autres. On sait que les économies liées au numérique fabriquent moins d’emplois que les autres. Il faut en avoir conscience et l’accompagner. Au Comité 21, avec la fondation Agir Contre l’Exclusion, nous organisons les rencontres sociales de la COP21, autour des questions d’emploi, de précarité et de santé, qui sont de grands enjeux.

Il y a une logique de transformation à l’œuvre, qui est une formidable opportunité pour les jeunes que nous espérons très nombreux au Grand Palais, de vivre dans un monde où ils auront de l’influence. Les jeunes qui se vivent comme une génération mondialisée, interconnectée, ont une sensibilité naturelle au caractère global de la question climatique.

L’innovation ouverte a le vent en poupe, ce qui a de quoi rendre optimiste. Il y a quelques années, un jeune pouvait assez naturellement se passionner pour un sujet, ce qui l’amenait à créer une association; aujourd’hui, il crée une entreprise pour fabriquer la solution… Ce phénomène n’est pas encore tout à fait palpable, mais les évolutions sont là et le rôle des entreprises est de plus en plus reconnu. C’est une magnifique opportunité pour l’humanité de revenir sur les modes de consommation compulsifs de la fin du XXe siècle et, avec une communication responsable, de consommer de manière responsable, en croisant besoin et plaisir, avec des achats durables qui sortent de l’obsolescence programmée.

C’est un retour à l’essentiel : le besoin de se déplacer et d’être mobile ne nécessite pas la propriété de multiples véhicules, mais l’accès à des moyens de transport. Le sujet est très fédérateur, puisqu’il appelle une action commune, qui doit se décliner depuis la diplomatie et de la géopolitique mondiales jusqu’au niveau individuel, avec des choix courageux à poser : mutualiser les voitures, rendre les transports en commun interopérables, produire des énergies renouvelables, relocaliser l’agriculture, manger moins de viande, arrêter de jeter, se mettre à partager.

Il faut conserver un élan, un optimisme, tout en gardant toujours à l’esprit que nous gérons actuellement la Terre en vivant, si l’on peut dire, sur le capital au lieu de vivre sur les dividendes. Or c’est évidemment l’utilisation des dividendes qui peut permettre de vivre longtemps grâce à un patrimoine et de pouvoir le transmettre indemne. Il faut revenir à cette logique et arrêter de pressurer cette planète en grignotant ses ressources. Nous espérons qu’une COP21 réussie à Paris en 2015 pourra faire de la France, selon les vœux du président de la République, le terreau des droits de la planète après avoir historiquement été celui des droits de l’homme.

En termes d’efficacité énergétique pour le bâtiment, le projet de loi pour la transition énergétique voté dernièrement à l’Assemblée nationale est-il suffisant ? Quel est le point de vue du Comité 21 sur ce texte ? Constitue-t-il une avancée ?

L’énergie est un champ d’innovation extraordinaire. On a besoin de vrais stockages d’énergie dans les maisons, à l’échelle des quartiers. On a besoin de la biomasse de troisième génération… En France, les chercheurs, les groupes leaders présents nous donnent une carte à jouer très intéressante si l’innovation est soutenue et encouragée réellement.

Avec la mobilité, le bâtiment est un des gros émetteurs. C’est une vraie priorité, compte tenu de la bonne connaissance des chantiers à mener. Les trois mêmes questions reviennent sur ce domaine : le financement, les compétences avec un enjeu de croisement et de dialogue et enfin la question de l’acceptabilité avec une dimension culturelle claire. Les innovations ne peuvent plus être présentées puis laissées de côté. Les habitudes doivent changer, chacun doit s’investir, relayer ces messages, expliquer et éduquer.

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