La lumière au prisme d’Augustin Fresnel entre arts et sciences (1790-1900)

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Il y a 200 ans, la nature de la lumière changeait. Le monde scientifique abandonnait la théorie corpusculaire de la lumière prônée par Isaac Newton pour adopter celle ondulatoire avancée par Christiaan Huygens.

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La démonstration qui départageait indubitablement les deux hypothèses était l’œuvre d’un jeune polytechnicien français, Augustin Fresnel, né en Normandie en 1788.
Epaulé par son oncle le peintre et chimiste Jean François Léonor Mérimée – professeur à l’École polytechnique et père de l’écrivain – , vivement soutenu par les physiciens François Arago et André Marie Ampère, Augustin Fresnel démolissait la théorie corpusculaire défendue alors par les plus éminents scientifiques français et ouvrait la physique vers une ère nouvelle.
En 1815, à 27 ans, il présentait les premiers résultats de ses expériences sur la diffraction, qui posaient les bases de sa théorie «vibratoire » de la lumière.
Son mémoire à l’Académie des Sciences porte le titre, ô combien romantique, de Rêveries. Ses travaux sont couronnés par le Grand Prix de l’Académie des Sciences en 1819.

Au même moment, la peinture elle aussi changeait. Certains artistes s’éloignaient des courants néoclassiques et romantiques, abandonnant le dessin figuratif pour désormais faire primer la couleur. Le détail était moins important, la touche plus grossière ; la lumière vibrait et devenait reine. En échappant au rôle strictement utilitaire de simple «servante des arts» dans lequel les académies avaient voulu la confiner, elle devenait l’objet de toutes les recherches modernistes, non seulement d’un point de vue plastique mais aussi iconographique.
Le chef-de-file de ce mouvement était Joseph Mallord William Turner, le «peintre de la lumière», précurseur de l’impressionnisme, mais on peut aussi songer à son contemporain John Constable qui, dès 1821, influença les artistes français, notamment Eugène Delacroix, Jean François Millet et les peintres de l’École de Barbizon.

La contemporanéité entre ces deux révolutions, centrées sur la nature et la traduction du phénomène lumineux, pousse à conjecturer que l’une aurait pu déclencher l’autre.

Dans le cadre de l’Année internationale de la lumière, il a semblé opportun que le musée du Louvre et l’École polytechnique – deux établissements fondés par la Révolution française en 1793 et 1794 – se retrouvent pour organiser un colloque international réunissant physiciens et historiens d’art. Le but étant d’ouvrir le débat sur une possible corrélation, jusque-là ignorée, entre la confirmation de la nature ondulatoire de la lumière et le style pictural nouveau apparu au même moment, annonçant l’impressionnisme dans le dernier quart du siècle. Cet événement nous donne aussi l’occasion d’évoquer les grandes applications qui découlent des travaux séminaux de Fresnel comme la photographie couleur interférentielle de Gabriel Lippmann, les lentilles à échelons de Fresnel qui continuent à équiper nos phares ou encore l’hypothèse fascinante de Louis de Broglie qui étend la théorie ondulatoire de la lumière à toute matière.

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