COP21 : la carte de l’éclairage

Bruno Lafitte, ingénieur ADEME, Éclairage et environnement électromagnétique

Dans le cadre de la COP21, l’éclairage a été abordé sous l’angle des solutions LED dans les lumières de la ville. Bruno Lafitte, ADEME, nous livre ici les premières réflexions en élargissant le sujet au rôle de l’éclairage dans le processus des économies d’énergies et de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, toutes applications confondues.

Sur le même sujet

Quel rôle l’éclairage joue-t-il dans la maîtrise des consommations ?

Une composante importante mérite d’être soulignée : l’éclairage représente 19 % des consommations de l’électricité dans le monde, toutes applications confondues. Ce qui montre combien les actions visant les économies d’énergie en la matière doivent se poursuivre. La première question à se poser porte sur la maîtrise de la demande : a-t-on besoin de l’éclairage tout le temps ? Attention, il ne s’agit pas ici de préconiser l’extinction systématique, mais plutôt d’alerter les usagers et gestionnaires sur la nécessité de mettre en œuvre des outils efficaces tels que des systèmes de gestion qui permettent de baisser les intensités aux heures creuses de la nuit, voire d’éteindre, ou de faire appel à des détecteurs de présence ou de luminosité comme dans le tertiaire.

À propos de tertiaire, quelle est la situation aujourd’hui ? La LED a-t-elle apporté sa contribution dans la baisse des consommations ?

Les données chiffrées ne sont pas encore disponibles, mais l’ADEME, dans le cadre d’un partenariat avec le Syndicat de l’éclairage, Récylum et RTE (Réseau de transport d’électricité), vient de mandater le CEREN (Centre d’études et de recherches sur l’énergie) pour réaliser une enquête dans le tertiaire. L’étude portera sur environ

80 immeubles de bureaux publics et privés dans toute la France. Il s’agit d’évaluer, via le rythme des rénovations et la collecte de matériels recyclés, les économies d’énergie possibles. Les espaces concernés sont les circulations, les escalators, les bureaux. Dans la mesure du possible, l’enquête reprendra les mêmes cibles que celles d’une enquête déjà réalisée en 2007 sur l’éclairage tertiaire. Ce sera également l’occasion d’identifier les leviers et les freins liés à l’adoption de technologies efficaces sur quasiment une décennie puisque les résultats seront publiés fin 2016. Au cours de cette période, un certain nombre de mesures ont été prises, tant en ce qui concerne les sources utilisées que les durées d’allumage : reste à savoir s’il faut engager d’autres actions pour changer les habitudes. Nous savons néanmoins que la percée de la LED n’a pas été spectaculaire, du moins en rénovation. Dans le neuf, il semble que sa mise en œuvre soit plus systématique. En revanche, en éclairage extérieur, le mouvement vers des solutions LED est bien amorcé.

“Il faut sensibiliser la population
aux nouvelles technologies
et éviter les écueils
que nous avons connus avec la fluocompacte”

De quels indicateurs disposez-vous en éclairage public ?

Paradoxalement, le nombre de points lumineux a augmenté en 10 ans, mais la consommation est restée la même. En 2005, on comptait 8,7 millions de sources contre 11 millions en 2015 ; la puissance moyenne consommée (ballast compris) par source lumineuse est passée quant à elle de 175 W à 157 W. Ces progrès s’expliquent par la mise en œuvre de sources moins énergivores : s’il est encore trop tôt pour dresser un bilan sur le bannissement des lampes à vapeur de mercure, on constate que le remplacement par des lampes sodium haute pression ou des lampes aux iodures métalliques a démarré il y a quelques années déjà. La conférence de la COP21 permettra de faire le point sur l’éclairage LED dans les villes qui se dotent de plus en plus de systèmes intelligents, notamment avec des possibilités de gradation : si les durées d’allumage sont globalement les mêmes, on n’éclaire plus à pleine puissance pendant toute la durée de fonctionnement. Ainsi, des systèmes permettant de faire communiquer les luminaires entre eux se popularisent, comme dans le tertiaire, et de programmer l’éclairage en fonction des heures de la journée, des zones ou de l’occupation de l’espace, qu’il s’agisse des véhicules ou des piétons.

Quelles actions pensez-vous mettre en place pour accélérer cette prise de conscience ?

Il faut sensibiliser la population aux nouvelles technologies et éviter les écueils que nous avons connus avec la fluocompacte : les consommateurs n’ont jamais vraiment adopté cette source. Avec les LED, la communication a été sans doute un peu trop rapide et certains ont dû essuyer les plâtres des débuts de cette technologie, mais aujourd’hui la plupart des freins ont disparu. C’est à nous, professionnels, de faire passer le message et d’agir sur les leviers économiques, en particulier en éclairage intérieur. Pour l’extérieur, il est plus facile de communiquer auprès des citoyens, les effets sont immédiatement visibles : il est possible d’améliorer la qualité de l’éclairage tout en faisant des économies et vice versa. Une série d’actions sont mises en place pour promouvoir l’éclairage efficient à tous les niveaux, et la COP21 est l’occasion de faire le point sur les solutions innovantes mises en place dans le monde entier.

À quelles évolutions de la LED peut-on s’attendre dans un avenir proche ?

Citons, par exemple, les études mises en place pour développer des lampes LED afin d’adapter le spectre d’émission à la sensibilité de l’œil humain. La sensibilité de l’œil en vision photopique (de jour) n’est pas la même pour toutes les longueurs d’onde. Le maximum de sensibilité de l’œil est atteint pour une longueur d’onde de 555 nanomètres correspondant à 683 lm pour 1 W. Mais en vision scotopique (nocturne), le maximum de sensibilité de l’œil est atteint pour une longueur d’onde de 507 nanomètres, ce qui correspond à 1 700 lm pour 1 W. Aujourd’hui, on utilise des sources de lumière émettant dans des longueurs d’onde de 555 nanomètres : il faudrait donc pouvoir adapter, ce qui est réalisable avec la LED, les sources à notre vision nocturne afin de modifier le spectre, on pourrait ainsi plus que doubler le flux lumineux et donc diviser par deux les consommations. Il reste donc encore de nombreuses pistes à explorer pour gagner en efficacité énergétique. Il faut cependant que l’utilisateur final prenne conscience du potentiel que l’éclairage représente en termes de gisement d’économies d’énergie, et faire évoluer les mentalités.

Sans titre

 

Parcours… 
Bruno Laffite a effectué une thèse en physique des plasmas de décharge soutenue en 2006 à l’université de Toulouse 3. Il a ensuite travaillé dans un laboratoire en Chine sur le traitement de surface des ampoules halogènes, avant d’intégrer Tridonic ATCO en tant qu’ingénieur R&D à l’interface entre les tubes fluorescents et leurs ballasts. Depuis juin 2009, il est expert éclairage (artificiel et naturel) pour l’ADEME et travaille aussi sur l’adaptation du bâtiment au changement climatique. 

Laisser un commentaire

Laissez un commentaire en remplissant les champs ci-contre ou utilisez votre compte