Mise en lumière du patrimoine bâti : économies et maintenance

Xavier ALBOUY, directeur de la marque Citeos

Dans un contexte de maîtrise de l’énergie, de budgets restreints, la mise en lumière du patrimoine bâti n’est plus à l’honneur. Pourtant, si leur nombre est en constante diminution, de nouvelles réalisations apparaissent, mettant en œuvre des sources efficaces, des matériels discrets et des conceptions lumière de qualité. Encore faut-il mettre en œuvre des installations rigoureuses et prévoir des opérations régulières afin d’en assurer la pérennité.

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En quoi la maîtrise de l’énergie peut-elle constituer un frein à la mise en lumière du patrimoine bâti ?

Paradoxalement, l’arrivée de la LED – je parle ici des sources performantes qui n’ont acquis leur maturité que tout récemment – n’a pas incité les élus à éclairer davantage le patrimoine bâti. Alors que les consommations ont été divisées par deux, voire plus, l’investissement pèse encore très lourd dans la balance. Aujourd’hui, il est possible d’éclairer une façade de monument avec moins de 10 kW, et pourtant, on a multiplié le nombre de points lumineux, les conceptions ont évolué, l’utilisation de la gradation, du changement de couleurs, du contrôle de l’éclairage en général ont considérablement modifié le paysage nocturne architectural, en ville comme à la campagne. Mais comme les illuminations représentent, souvent, dans l’esprit des habitants, des dépenses non indispensables, voire inutiles, aussi les municipalités préfèrent-elles investir dans d’autres domaines. Mais peut-être que les habitudes sont de nouveau en train de changer. La Ville de Paris, par exemple, s’est engagée dans une nouvelle démarche et travaille notamment avec Roger Narboni, agence Concepto, sur la mise en lumière de bâtiments publics qui n’ont pas nécessairement un caractère historique intéressant : des crèches, des écoles ou collèges sont ainsi mis en valeur, mais pas toute la nuit, juste quelques heures le matin en hiver et le soir, aux heures d’arrivée et de départ des enfants. Lille, aussi, après avoir « gelé » les illuminations pendant des années pour des raisons d’économies, vient de lancer une campagne pour redessiner les monuments la nuit. Une vingtaine d’ouvrages d’art et de bâtiments font partie du programme des plans lumière dont la conception a été confiée à Sylvain Bigot.

Vous évoquez le changement d’habitudes. À quoi faites-vous allusion ?

L’ensemble des acteurs, et nous les premiers, attache une attention particulière à l’impact environnemental. Tout d’abord, les matériels eux-mêmes sont devenus plus petits, plus discrets, nous permettant de mieux répondre aux exigences des architectes des Bâtiments de France qui, pour les monuments classés, nous demandent de dissimuler les luminaires le plus possible, sans percer la pierre du bâtiment. L’expertise de nos intervenants leur permet de travailler avec ces contraintes. On en a fini aujourd’hui avec les taches de lumière plaquées sur les façades et il est devenu plus facile de dissimuler les appareils, souvent des réglettes positionnées sur la façade elle-même en éclairage rasant ou des petits projecteurs qui offrent une grande variété de faisceaux. Par ailleurs, nous devons être vigilants quant à l’installation elle-même de ces produits. Les normes ont changé et nos équipes sont continuellement formées aux techniques particulières d’installation mais aussi de maintenance, car il ne s’agit pas de se désintéresser du projet après sa mise en service, sa pérennité est en jeu. Un suivi régulier doit être mis en place et nous avons encore beaucoup de mal à convaincre les maîtres d’ouvrage d’opter pour un plan de maintenance, surtout depuis l’arrivée de la LED.

La LED laisserait à penser que les opérations d’entretien ne sont plus nécessaires ?

C’est en effet un peu une idée reçue liée à la durée de vie annoncée des produits. On parle aujourd’hui de 50 000 heures en moyenne, mais cette performance ne peut être atteinte que si l’on continue à entretenir les installations régulièrement. Justement parce que avec la LED et les systèmes de pilotage, nous devons travailler avec des systèmes électroniques, il est encore plus indispensable de prévoir des contrats de maintenance. Là encore, les contraintes budgétaires représentent un frein. Les mises en valeur périclitent lentement mais sûrement, et au bout de quelques années, il n’est pas rare de voir le concept initial considérablement altéré : sources de puissances, de températures différentes, orientation des appareils modifiée, sans parler du nettoyage complet des matériels qui n’est pas toujours effectué.

Quelle image nocturne la ville de demain renverra-t-elle ?

Il faut espérer que les municipalités prennent conscience de tous ces enjeux, pas seulement économiques et de développement durable, mais aussi sociétaux. Le dosage des mises en lumière, les durées d’allumage, la créativité des concepts, le pilotage de l’éclairage, permettent de disposer de réalisations exemplaires qui offrent une nouvelle identité à la ville. La qualité de la mise en valeur du patrimoine bâti apporte confort et attractivité non seulement aux habitants de la ville mais aussi aux touristes qui peuvent découvrir de tout nouveaux aspects de la cité, lors de promenades nocturnes.

Propos recueillis par Isabelle Arnaud

Citeos, marque Lumière et Équipements urbains dynamiques de Vinci Énergies, rassemble 70 entreprises qui interviennent dans les domaines de l’éclairage public, de la mise en valeur du patrimoine, des illuminations.

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