Portrait d’entreprise – Sandra Ragni, itinéraire d’une enfant passionnée !

Sandra Ragni

Mars, ce mois qui marque le retour du printemps est aussi rituellement celui dédié aux femmes. Les femmes, justement, en France, ne constituent que 20 % des effectifs des équipes directoriales – au passage, cette proportion est de 40 % en Géorgie ! France pays des droits de l’homme ? Sandra Ragni a fait bien des tours et détours avant d’accéder au poste de codirectrice générale du groupe familial. Sa personnalité, ses passions y sont pour beaucoup, elle a suivi son chemin personnel. Faisons donc un brin de route en sa compagnie.

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Par Olivier Durand 

Une phrase donne le la de notre entretien : « Si c’était à refaire, je ne changerai pas une ligne de ma vie, j’assume toutes les étapes ». L’occasion de se retourner sur le temps de l’enfance, celui passé avec sa grand-mère à chercher des fossiles dans la montagne, celui des « mercredis après-midi, assise devant une feuille blanche, crayons en main à dessiner des animaux », sans relâche.

Un BEP banque en poche, sa vie professionnelle démarre rapidement, le Crédit Municipal de Nice lui ouvre les bras… de son service contentieux, une foutue galère, en fait, « le recouvrement, les huissiers, les pires années de ma vie », rien qui ne fait écho à ses valeurs. Elle fait un pas de côté, sa passion s’impose à elle, elle rejoint le club hippique de Villeneuve-Loubet, « là où fut tourné Belle et Sébastien ». Les animaux toujours, les chevaux en particulier, depuis ses premières leçons d’équitation acquises à l’âge de huit ans. Au club, elle fut évidemment monitrice, mais la gestion du service administratif lui fut aussi confiée, on la décrit à ce poste, « organisée et rigoureuse », mais avoue toutefois, « avoir manqué parfois d’un peu de souplesse ».

Cette femme active, en charge de la communication et du marketing de son entreprise, tire sa vitalité : des rencontres, des échanges, « pour me rendre compte de la vraie vie ». Impossible de passer sous silence ses émotions d’antan, à propos d’enfants en situation de handicap, certains autistes, qu’elle recevait tous les mardis au club, et nécessitaient « une extrême vigilance, des caresses, un bisou ». Ou sa symbiose avec ce cheval maltraité, perclus de phobies, qu’elle prit en charge avec une infinie patience, pendant des mois, « pour le remettre sur la route d’une vie plus apaisée ». Vouée à l’altérité, elle soutient que « les hommes regardent trop loin, et ne sont pas assez sensibles à ceux qui vivent sous leurs yeux ». Prendre le temps, son agenda est chargé, mais elle n’est pas atteinte du fétichisme du surbooking, dotée d’une sagesse qui l’oblige à se ménager des poses, elle sait « poser [son] regard sur la mer, les oliviers ou tout simplement regarder [son] fils qui boit son bol de chocolat le matin ». Son truc quand le stress survient : « me visualiser assise dans un champ plein de fleurs jaunes avec un grand ciel bleu et des chevaux », bien entendu.

À l‘orée des années 90, son père la rattrape : « Nous avons besoin de toi dans l’entreprise ». Quitter le monde équestre lui fut pénible, « je le fais pour ma famille, j’en parle [dit-elle presque en s’excusant] parce que j’en suis indissociable ». Italienne du côté paternel, sa famille est sa clé de voûte protectrice, posée sur deux valeurs, « le travail et le respect d’autrui ».

Les chevaux, « dans sa tête et son cœur », la jeune adulte embarque sur le navire familial, « mes aînés [comme elle dit] m’installent devant un écran d’ordinateur ». Elle enchaîne les missions avec une belle énergie, repense le système de tarification, organise le passage à l’informatique personnelle, « les machines à écrire disparaissent », met en place le premier logiciel de CAO de l’entreprise avec l’aide d’un ingénieur maison, « compliqué, mais nous mettons sur pied toute la partie imagerie de l’entreprise, implantation, plans d’aspect ». De poste en poste, Sandra, comme les surfeurs, attend la vague, la bonne qui la mènera encore plus loin. Elle viendra en 2008, lorsque « la troisième génération », père, oncles et tantes quittent l’entreprise, « passent les rênes aux cousins, cousines et moi-même ». Elle devient alors codirectrice générale associée. C’est le saut dans le grand bain, « mes collègues deviennent mes collaborateurs ». C’est le retour de la misogynie, « certains clients notamment me font comprendre que je n’ai pas ma place dans un milieu technique », un grand classique. « Pourtant, j’en ai bluffé plus d’un », glisse-t-elle sourire en coin avant d’évoquer cette anecdote savoureuse, à propos d’un partenaire en visite sur son stand lors d’un salon, qui, parce qu’à l’évidence une femme ne peut diriger une entreprise et ne peut être là que pour servir, lui passe commande d’une coupe de champagne, croyant s’adresser à une hôtesse ! Le cuistre n’avait pas le nez creux ou bien un verre dans le nez, cela dit le partenariat ne fit pas long feu. Einstein disait qu’il faut plus d’énergie pour casser un cliché que pour casser un atome, cette pensée des années 1950 a toujours cours au XXIe siècle, « une femme doit prouver beaucoup plus », certifie-t-elle.

En douceur, impose son style, « avec nos aînés, il fallait faire des heures, ne pas lever la tête, je préfère obtenir la performance par le plaisir ». Il n’y a pas d’angélisme dans ses paroles, exigeante pour elle-même, « je suis en perpétuelle insatisfaction », elle l’est aussi pour ses collaborateurs, et déclare pouvoir être « tranchante quand on [la] fait sortir de [ses] gonds, et quand [elle] constate que les choses sont faites sans réfléchir ». Mais ses salariés justement qu’elle est capable de rabrouer savent de toutes les manières pouvoir compter sur sa présence et sa bienveillance, « si je vois un collaborateur en panique sur un dossier, je suis tout à fait capable de le reprendre à mon compte ». Perfectionniste, « apprendre, se former, lire, initier le changement » sont des mots qui reviennent comme des mantras dans sa bouche.

Le groupe Ragni marche bien et s’exporte, alors quand parfois on lui parle délocalisation, c’est d’un revers de la main qu’elle balaye tout ça, « vous me voyez licencier des gens qui m’ont connue enfant ? Notre succès, c’est nos produits et notre côté naturel et émotionnel, et cela nos concurrents ne l’ont pas ». Que répondraient vos salariés si on leur demandait ce qu’ils pensent de vous ? Après un brin de réflexion, la réponse fuse : « je suis loyale, honnête, sincère », pour ma part je rajouterais empathique. Quadragénaire et donc encore loin de la retraite, elle qui avoue s’arrêter fréquemment au bord des routes pour récupérer des animaux en détresse, elle que l’on « appelle Brigitte Bardot dans [sa] famille », se voit bien, je cite, « créer une association de défense des animaux sans défense », un libellé pas anodin. En attendant, c’est au volant « d’une voiture d’homme », comme elle dit, et survitaminée qu’elle rejoindra son bureau. Humain trop humain.


Groupe Ragni

  • Activité : Conception et fabrication de matériel d’éclairage public, 89 ans d’existence.
  • Chiffres clés : 31,5 M€ de CA en 2015
  • 47 salariés pour la société Ragni, 90 collaborateurs au total dans le groupe Ragni, constitué de filiales et de 3 sites de production

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