La COY : quand les jeunes s’invitent aux négociations climatiques

Qui a dit que les jeunes ne se souciaient pas des problèmes environnementaux ? Cette année, la onzième édition de la COY (Conference of Youth) s’est tenue à Paris, juste avant la COP 21, du 26 au 28 novembre 2015. Ainsi, la jeunesse a pu faire entendre son message aux négociateurs, qui, quelques jours plus tard mettaient au point l’accord sur le climat.

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Thomas Désaunay fait partie du WARN, acronyme de We Are Ready Now, un mouvement créé en 2014 -en anticipation de la COP21– avec pour objectif de montrer que la jeunesse est elle aussi, prête à être actrice d’un autre avenir. Ensemble, ils réfléchissent, posent les enjeux et trouvent des solutions sur des problèmes environnementaux, mais aussi sociétaux, ou dans le domaine de la santé. C’est un des mouvements qui a porté la COY 11 en 2015. « On s’est dit, cette année, c’est à Paris, il faut qu’on fasse quelque chose. C’est en pensant à ça que le mouvement WARN est né » explique Thomas. Pour lui, les jeunes savent qu’il y a une multitude de solutions pour changer les choses. Au niveau de l’environnement, de l’emploi… « Nous avons décidé de nous emparer de ces solutions et de les faire découvrir, montrer qu’il est possible de faire autrement». Les enjeux principaux du WARN, maintenant que des solutions ont été identifiées, c’est de les faire connaître. Pour cela, les jeunes du WARN vont à la rencontre des gens. « Il faut parler aux jeunes dans la diversité, ceux qui vivent en ville, à la campagne, les jeunes et moins jeunes ». Et la première question qui se pose, c’est « qu’est ce que vous aimeriez changer ? ». Les réponses varient. Pour certains, ce sera de l’ordre de l’alimentation directe. D’autres vont avoir de grosses contraintes économiques. « Moi par exemple, je m’intéresse beaucoup à l’environnement, donc j’en parle, ce qui n’est pas le cas de tout le monde », explique Thomas. « La semaine dernière, nous avons organisé un événement sur le travail, et nous avons montré que même pour chercher un emploi, il y avait beaucoup de méthodes. Nous avons aussi découvert et fait découvrir d’autres formes de travail ». Les sujets varient, tout autant que les problématiques évoquées par les gens rencontrés.

 

La COY 11

La COY est directement liée à la COP (Conference of the Parties). Elle est née du sentiment que la voix des jeunes est très peu entendue dans les négociations sur le climat. Un paradoxe, puisque les jeunes et les générations futures seront en première ligne. « Quand on y pense, ça fait un peu bizarre que ce soit des personnes d’un certain âge qui négocient pour l’avenir de la planète… » Lâche le membre du WARN. Pour se faire entendre, les jeunes de la COY 11 ont décidé cette année d’écrire un Manifeste à plusieurs mains. « On l’a écrit de manière collaborative pendant les trois jours de la COY. Des dizaines de jeunes se sont réunis, ont contribué, réfléchi à des thématiques qui leur importaient, l’équité intergénérationnelle par exemple. C’est un gros mot pour dire que les générations futures devraient avoir les mêmes droits que nous. Et, on a pas forcément le droit de bousiller la planète pour en laisser une moins vivable à ceux qui vont suivre», dit Thomas, toujours très souriant. D’autres ont travaillé sur l’égalité des genres. Tous les points qu’ils avaient envie d’aborder sont dans ce manifeste fini avant le lancement de la COP 21, et remis en main propre à Laurent Fabius, président de la conférence climat 2015 et actuel président du Conseil Constitutionnel. « Nous avons conscience que c’est un acte symbolique, et que monsieur Fabius n’a peut-être pas lu notre manifeste. Nous n’espérions pas non plus qu’il soit retransmis dans l’accord de Paris. Mais au fur et à mesure, ça permet de faire entendre notre voix ». Et la tentative n’a pas été vaine, puisque effectivement les négociateurs ont pris en considération les points importants soulevés par la COY : l’accord signé à Paris mentionne l’égalité intergénérationnelle, le droit des femmes, et d’autres idées qui viennent du Manifeste de la COY.

 

La COY fait le tour du monde

Les négociations sur le climat concernent le monde entier : des jeunes des cinq continents ont participé à l’élaboration du Manifeste. Cette année, des ONG jeunes du monde entier ont pris contact spontanément avec les organisateurs français de la COY11. « Pour nous, c’était normal qu’on ait des personnes de toute la planète qui s’expriment. Les enjeux ne sont pas les mêmes en fonction des pays. Au Bengladesh, par exemple, ils sont très proches du niveau de la mer. Les enjeux climatiques sont énormes. Il y a aussi des pays qui consomment très peu d’énergie, d’autre en consomment beaucoup. C’est pour cela qu’il était important d’avoir la voix de toute la jeunesse ». Pendant qu’à Paris, les jeunes  se pressaient au Parc des expositions de Villepinte (là ou se déroulait la COY11), 8 autres COY locales se déroulaient à travers le monde. « C’était vraiment dingue. Sachant qu’un an avant il n’y avait rien et que tout restait à faire » se souvient Thomas Desaunay. L’organisation a découlé très naturellement. La COY11 et des ONG locales sont entrées en contact. Les français ont expliqué leur démarche, tout en précisant qu’il était possible qu’à l’étranger, les jeunes créent aussi leur propre COY. Huit villes du monde entier, notamment Florianopolis au Brésil, Rabat au Maroc, ou encore Abomey Calavi au Bénin ont organisé leur propre événement. « Ils ont tellement adorés que la plupart ont dit qu’ils re-signeraient cette année et referont une COY dans leur ville !  Il y aura donc sans doutes une pérennité » .

 

Les énergies et les jeunes.

« Une des choses un peu énervante quand on est jeune, c’est de se faire voler la parole par quelqu’un qui va tirer des conclusions hâtives » explique Thomas. Effectivement, l’image des jeunes qui ne se soucient pas de l’environnement, (notamment car cette question revient aussi dans le domaine politique, sociétal), est erronée. Vingt-six personnes entre 18 et 28 ans ont répondu à une enquête sur leur consommation d’énergie, qui incluait des questions sur la sensibilité aux problèmes environnementaux. Neuf d’entre eux résidaient encore chez leurs parents, pour dix sept seuls. Quinze de ces jeunes se disent hautement sensible à l’environnement et très engagés. Ils essaient, dans la mesure du possible d’adopter au quotidien des gestes responsables. Cinq se sont déclarés sensibles, trois ont défini leur sensibilité comme « insuffisante » et culpabilisent. Seulement trois jeunes sur vingt-six ont déclaré n’avoir aucune sensibilité à l’écologie et ce qu’elle englobe. Ainsi, quatorze d’entre eux évitent d’allumer systématiquement le chauffage en hiver. La moitié essaye aussi de réduire ses emballages et trier ses déchets, ce qui pose parfois problème quand on manque de place, ou d’argent. En somme, l’idée préconçue qui voudrait que la jeunesse s’en fiche est fausse.

Pour la COY12, Thomas et ses amis ont passé la main, puisque la vingt-deuxième conférence sur le climat se tiendra à Marrakech, et que la COY la suit. Ce sont désormais les associations marocaines et nord-africaines qui en ont prit les rênes. Aux dernières nouvelles, elles sont dix à porter la Conference of Youth 12, avec l’appui du ministère de l’environnement marocain.

 

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