Entretien avec Christophe Luquet

© Dynalighting Christophe Luquet
© Dynalighting Christophe Luquet

Ingénieur diplômé de l’ENSIP (École nationale supérieure d’ingénieurs de Poitiers) spécialisation Éclairage- Acoustique-Climatisation en 1997, Christophe Luquet est concepteur lumière indépendant. Après huit années chez Philips Lighting, où il a été ingénieur commercial, puis responsable grands projets, il fait un passage dans une agence de conception lumière lyonnaise, avant de créer DYNALighting avec Laetitia Bianchi, en 2007. L’agence intervient en conception et ingénierie lumière dans les domaines du retail, du tertiaire, de la mise en lumière patrimoniale. Christophe Luquet est également formateur auprès de divers organismes tels que l’Ifep (Institut de formation en éclairage professionnel).

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Entre réflexion globale sur le rendu et pérennisation de l’installation, pour Christophe Luquet, la cohésion du projet s’appuie sur les souhaits et les contraintes des maîtres d’ouvrage et maîtres d’oeuvre et les besoins de l’utilisateur final. C’est grâce à ce juste équilibre que le concept lumière trouve à la fois son intégrité et sa capacité à évoluer.

 

Existe-t-il, selon vous, une universalité de l’approche lumière ?
Christophe Luquet – Non, notre approche est fonction de l’environnement, de l’utilisateur, des exigences du maître d’ouvrage, des éléments à mettre en lumière, qu’ils soient culturels, sociologiques, architecturaux… En intérieur, les paramètres dépendent du confort visuel, des conditions de travail (individuel, collectif, nomade, sédentaire, etc.) et de l’ambiance désirée ; en extérieur, nous cherchons à donner une vision à la fois diurne et nocturne. Dans tous les cas, nous faisons en sorte que le projet soit le plus évolutif

© Christophe Luquet, DYNACentre de R&D Chanel à Pantin (Architecte d’intérieur Saguez & Partners).Lighting

© Christophe Luquet, DYNALighting

possible, ce qui, aujourd’hui, est facilité par la technologie LED. Nous devons à la fois guider le choix du maître d’ouvrage – par exemple, dans le cadre de la maîtrise des consommations et la réduction des coûts d’exploitation –, mais aussi tenir compte de ses souhaits quant au rendu dans les limites de son budget – notamment ne pas hésiter à comparer les temps de retour sur investissement. Notre rôle consiste à conseiller, non à imposer nos choix.

Comment votre formation d’ingénieur s’intègre-t-elle dans le concept lumière ?
Christophe Luquet Dans notre métier, c’est avant tout la passion de la lumière qui nous guide. Ce que je veux dire, c’est que je mets à profit mes connaissances techniques tout en restant dans la séduction, mais il ne doit pas exister de distorsion entre l’intention et l’action. Lors de la première phase du projet, il est essentiel de pouvoir offrir un rendu de la lumière au   client ; c’est pour cette raison que, dès le début, nous avons intégré à notre équipe des infographistes qui nous aident à donner cette dimension à nos projets, à faire rêver nos clients. Ensuite, il nous incombe de rester le plus fidèles possible à nos premières propositions, c’est là qu’intervient mon côté ingénieur, car il s’agit de traduire techniquement l’image que nous avons « vendue », procéder à la réalisation et surtout pérenniser l’installation. Vous intervenez beaucoup dans le tertiaire, entre autres dans l’éclairage des bureaux.

Comment avez-vous abordé ce secteur, bien souvent domaine de prédilection des bureaux d’études ?
Christophe Luquet Lorsque nous avons créé DYNALighting avec Laetitia Bianchi, nous avons commencé par réaliser des études pour les magasins. En fait, nous avions déjà travaillé tous les deux avec les architectes d’intérieur et les designers et parlions un langage commun. Au début, nous avons surtout réalisé des projets pour des enseignes de luxe, comme Sonia Rykiel, New Man, puis pour Nature et Découvertes ou Monoprix, qui s’attachaient à créer une ambiance particulière liée à l’identité de la marque et à offrir une autre perception des articles et de leurs espaces de vente. Rien ne vaut la démonstration par l’exemple, et, pour les grandes chaînes, nos solutions permettaient à la fois de conserver une ligne lumineuse directrice – facilement identifiable quelle que soit sa situation géographique – et de moduler l’éclairage si besoin en fonction d’un événement ou d’une reconfiguration de l’espace. D’autres enseignes ont fait appel à nous avec de nouveaux critères de gestion du projet d’éclairage : respect de contraintes budgétaires, maîtrise des opérations de maintenance, un rendu de lumière modulable, etc. Puis, très rapidement, en 2009, nous sommes intervenus dans les bureaux à La Défense, dans la tour CB21, et en 2011 la tour Égée.

© Nature & Découvertes - Nature & Découvertes Le Marais (Architecte Michel Kazis – Architecte d’Intérieur Saguez & Partners).

© Nature & Découvertes – Nature & Découvertes Le Marais
(Architecte Michel Kazis – Architecte d’Intérieur Saguez & Partners).

Comment se sont déroulés ces projets ?
Christophe Luquet Achevée en 1974 (architectes américains Harrisson & Abramovitz avec le Français Jean-Pierre Bisseuil), la tour exigeait, en 2009, une sérieuse rénovation et une mise aux normes grâce notamment au remplacement des surfaces vitrées des façades, du système de climatisation et du système d’éclairage. Les architectes d’intérieur, Saguez & Partners, ont fait appel à nous et nous avons travaillé en étroite collaboration pendant 9 mois afin de définir de nouveaux éclairages pour 80 000 m² comprenant des bureaux, des salles de réunion, les circulations et les sanitaires. La tour a été la première à obtenir le label HQE Exploitation ; elle a également reçu la certification Breeam (Building Research Establishment Environmental Assessment Method). Forts de cette expérience, c’est avec la même équipe que nous sommes intervenus sur la tour Égée en 2011 pour laquelle il n’était prévu, au début, qu’un simple relamping ; elle a également reçu la certification Breeam. Depuis, nous avons collaboré à de nombreux projets d’éclairage de bureaux. Si on réfléchit bien, la démarche n’est pas si différente que dans le retail : le squelette est le même, c’est juste l’enveloppe qui change et, sans doute, les besoins des utilisateurs.

“La conception lumière doit offrir un spectre large d’intervention :
à la fois côté visible et côté invisible…”

D’abord le retail, puis les bureaux des tours de La Défense… Comment avez-vous franchi le seuil de « l’extérieur » ?
Christophe Luquet Il faut savoir démontrer sa polyvalence ! Certains concepteurs lumière se spécialisent dans l’un ou l’autre domaine. Pouvoir travailler dans les deux secteurs ne représente pas un problème en soi, ce sont les outils qui diffèrent, mais nous sommes vite « étiquetés ». En ce qui concerne DYNALighting, nous souhaitions éviter d’être catalogués « éclairage intérieur » et le hasard a fait que nous avons enchaîné les références en extérieur quasiment en même temps, à commencer par Rueil-Malmaison. Nous travaillons essentiellement sur des mises en lumière du patrimoine et insistons sur la partie suivi des installations jusqu’à la mise en service. Nous n’hésitons pas non plus à faire appel à des intervenants extérieurs et des spécialistes en matière de gestion de l’éclairage, de programmation, et accompagnons les installateurs jusqu’au bout. Cette phase de suivi est un peu notre signature.

©Christophe Luquet, DYNALighting. Pont SNCF, Rueil-Malmaison. Maître d’ouvrage : Philippe Lagueyrie, direction de la voirie, ville de Rueil-Malmaison

©Christophe Luquet, DYNALighting. Pont SNCF, Rueil-Malmaison.
Maître d’ouvrage : Philippe Lagueyrie,
direction de la voirie, ville de Rueil-Malmaison

Propos recueillis par Isabelle Arnaud

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