Une journée avec un Energy Manager

Le Hive, siège parisien de Schneider Electric

Le métier d’Energy Manager est relativement nouveau et doit son développement aux préoccupations énergétiques actuelles, notamment dans le domaine résidentiel et tertiaire. Les entreprises, de plus en plus sensibles aux questions énergétiques dans les bâtiments, souhaitent optimiser les coûts d’exploitation à un moment où les prix de l’énergie croissent de façon exponentielle. Or il y a un potentiel d’économie considérable dans les bâtiments existants. Il est possible d’en réduire de 30 % la consommation énergétique en optimisant l’exploitation, sans toucher au bâti. Pour cela, il faut un pilote. Pour les propriétaires, un bâtiment sobre et durable est un argument fort de vente ou de location. Quel est le rôle de ce métier ? Quels défis au quotidien ? Quelles évolutions à prévoir pour les années à venir ? j3e vous propose de le découvrir en passant la journée avec un Energy Manager.

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Optimiser les quantités d’énergie consommées tout en maintenant le niveau de service et de confort. Sensibiliser les résidents du site aux bonnes pratiques, informer sur la performance, conduire le changement des comportements. Mettre en place un véritable système de management de l’énergie, détecter les surconsommations, évaluer les potentiels d’économies, bâtir des scénarios techniques et économiques pour les exploiter, budgéter, planifier et conduire les projets d’amélioration continue de l’efficacité énergétique qui en découle : autant de facettes du rôle d’Energy Manager. À ces compétences techniques, il devra bien sûr ajouter des talents de communicant pour sensibiliser les résidents aux bonnes pratiques et de conduite du changement sur la durée.

La fonction existait avant dans l’industrie lourde, car l’énergie représente des budgets importants. En revanche, ce n’était pas décliné dans le tertiaire et le résidentiel, et pas personnalisé, mais bien plutôt diffus sur plusieurs fonctions.

Faire de la gestion intelligente de l’énergie au départ était avant tout vu comme une activité de technicien, qui évolue aujourd’hui vers des enjeux plus globaux. Et la fonction se décline différemment dans un lycée, un bâtiment industriel, etc. Il s’agit de l’inventer au fur et à mesure chaque jour.

L’état du développement de la fonction 

Pour Bertrand Guarinos, Energy Manager chez Schneider Electric, c’est très variable. « Au niveau des bureaux d’études et des grandes écoles, la fonction est très intégrée. Là où il reste beaucoup à faire, c’est dans la conduite du changement et dans l’exploitation. Ce qui fait bouger les promoteurs et constructeurs, c’est l’aiguillon de la réglementation. Et ils commencent à percevoir qu’un bâtiment a besoin d’une certaine image pour être utilisé par un grand groupe. »

Bertrand Guarinos, Energy Manager chez Schneider Electric (c) Yvan Brien

Bertrand Guarinos, Energy Manager chez Schneider Electric (c) Yvan Brien

Il faut savoir que, en région parisienne, les bâtiments ayant un bon confort et une bonne efficacité énergétique sont très demandés. La valeur verte n’est pas seulement de la technologie. Un bâtiment Bepos ou RT 2012 peut l’être sur le papier, mais pas en réalité s’il n’est pas piloté, ni réglé en fonction de l’usage. C’est pourquoi il reste beaucoup de chemin à faire en la matière, notamment dans les cursus scolaires.

« Si je devais décrire le métier, je dirais qu’il a un potentiel énorme. Mon activité est rentable. Nos projets s’autofinancent à court terme grâce aux économies réalisées. C’est également un métier qui doit se pratiquer en étant clairvoyant. L’Energy Manager doit mettre en place des organisations pérennes dans le temps. Aujourd’hui, nous sommes portés par la loi de transition énergétique. Là où il faut que cela change, c’est dans les mentalités. »

Les perspectives d’évolution du métier

Il semble qu’assez rapidement, dans l’équipe de direction d’une collectivité, le responsable de l’énergie sera aussi incontournable que le responsable de la sécurité. Ses compétences vont s’élargir au-delà de l’aspect purement technique. Développement durable, réglementation, sensibilisation, confort, performance immobilière, sécurité énergétique, smart grids en sont quelques-unes.

Chez Schneider Electric, leader en gestion de l’énergie, il était naturel d’intégrer cette fonction en interne. Au Hive, bâtiment amiral de Schneider Electric, pour avoir une maîtrise de l’efficacité énergétique, Bertrand Guarinos va s’appuyer sur cinq domaines :
– La mesure, à partir de machines et pour l’humain.
– L’analyse, pour faire au mieux avec ce que l’on a.
– Le pilotage.
– La communication et la conduite du changement.
– La reconnaissance, au travers des certifications. Regarder ce qui se fait ailleurs.

L’objectif premier, c’est que les collaborateurs soient dans les meilleures conditions pour travailler ici. Par exemple : la température dans les pièces du Hive peut varier de 21 à 26 °C. C’est au collaborateur de s’adapter via leur tenue vestimentaire, l’ouverture des stores, etc. « Quand vous entrez dans la pièce, vous prévenez le système que vous entrez et ce dernier se met en mode confort. Quand vous sortez le soir, la pièce se remet automatiquement en mode absence. Il a fallu faire accepter cela. Ce qui n’est pas toujours évident. Si vous ne l’expliquez pas, tout sera fait pour le contourner. »

« Mon rôle est de prendre du recul sur la machine. Et de faire intervenir des spécialistes. C’est un peu comme le métier de pilote dans les avions. Le pilotage manuel sert dans les cas exceptionnels. Pour les situations normales, il fonctionne seul. Je suis pour ma part dans l’analyse de la météo, de l’occupation du site, du nombre de personnes qui se plaignent d’avoir trop chaud ou trop froid…

Ce métier ne fonctionne pas si vous n’arrivez pas à convaincre de la rentabilité pour les budgets.

Au Hive, nous sommes passés, de 2009 à 2015, de 150 kWh de consommation à 74 kWh. Et nous ne nous arrêtons pas là, puisque, d’ici 2017, un projet d’intégration de renouvelable avec du photovoltaïque en toiture et de la géothermie nous permettra de descendre à 50 kWh. Vous voyez, Kyoto, c’est possible ! »

(c) Schneider Electric

(c) Schneider Electric

Une journée type ? Il n’y en a pas. Mais essayons…

L’arrivée : au café car c’est le lieu des échanges. Pour la conduite du changement, je m’appuie sur une équipe de 35 personnes qui ont une fibre développement durable. Nous avons régulièrement des échanges.

Ensuite, je vais voir le pilote, ou facility manager. Nous faisons un point sur l’état des lieux.

9h30 : je viens parler du métier à un journaliste. Je reçois 1 300 personnes par an, clients, écoles, etc. Mon métier, c’est aussi de parler avec ceux qui exploitent des bâtiments tous les jours. Nous sommes bien au siège de Schneider Electric : je ne suis pas dans un laboratoire.

11h : point sur les cadrans et tableaux  de bord. Je m’appuie sur la solution Schneider Electric Energy Operation.

Dans la matinée, je vérifie mes mails et SMS : que s’est-il passé pendant la nuit ? S’il y a eu des fuites d’eau ou autres, je suis prévenu.

Après-midi : cela peut être de la réflexion sur de nouveaux projets innovants, de nouvelles idées.

Ou de l’animation de tables rondes, de conférences en externe et interne.

Ou de l’« évangélisation » auprès d’écoles, événements régionaux, nationaux, etc.

Et surtout surveiller que les chantiers du Hive (PV toiture, géothermie) se déroulent dans de bonnes conditions.

Aymeric Bourdin

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