L’architecture par la lumière : entretien avec François Dumoulin

© Gezelin Gree. François DUMOULIN : Architecte d’intérieur – L’Agence Versions
© Gezelin Gree. François DUMOULIN : Architecte d’intérieur – L’Agence Versions

Spécialisée dans le retail, L’Agence Versions se situe à la frontière de deux univers : l’architecture et le merchandising. Sa démarche consiste à capter les besoins de ses clients pour offrir une nouvelle image de marque, valoriser les produits mais aussi les clients par l’architecture et l’éclairage. Pour créer cette identité, la lumière confère à un lieu une certaine ambiance, un rythme et incite le client à rester ou à renouveler son expérience.

Sur le même sujet

Parcours • • •
François Dumoulin a obtenu en 1981 son diplôme d’architecte d’intérieur à l’école Saint-Luc de Tournai, en Belgique. Entre 1985 et 1990, il passe cinq années au sein de l’agence Wilmotte, suivies d’une collaboration avec Olivier Saguez lors de laquelle il apporte son expertise d’architecte pour la création d’un département retail.
En 1992, il crée l’agence Versions, à Versailles. L’agence s’est vu confier de nombreux projets, notamment pour Bouygues Telecom, Sodexo, La Maison du Chocolat, les Comptoirs Richard, la chocolaterie Michel Cluizel, les cinémas Gaumont Pathé… En 2014, création d’une nouvelle identité : L’Agence Versions. 2015 et 2016 sont pour L’Agence Versions deux années de récompenses : grand prix Stratégie du design 2015 pour le concept « Follow me » du groupe Éram ; élu meilleur stand « La Faïencerie de Gien » au salon « Maison & Objets » 2015 ; trois Janus 2016 pour les concepts « Mandarine » Franprix, Fnac Connect, et Comtesse du Barry.

 Comment appréhendez-vous la lumière dans vos projets ?
La réflexion sur la lumière arrive souvent trop tard dans l’élaboration des projets, mais il y a une raison à cela : il faut d’abord avoir défini les matériaux et appréhendé l’espace pour entamer l’étude éclairage. Lorsque nous avons réalisé le projet de rénovation des boutiques Buy Paris Duty Free de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, nous avions deux espaces différents à éclairer : l’un dédié aux parfums, l’autre à la gastronomie. L’éclairage parfumerie est servi par une lumière dite « froide » pour créer une ambiance cristalline propre aux codes luxueux de la cosmétique. Pour l’espace gastronomie, nous avons pu restituer, en contraste, une lumière dite « chaude », grâce à la réflexion de la même source sur des matériaux plus sourds, plus chaleureux, plus colorés.

© Seignette Lafontan

© Seignette Lafontan

Ce qui est fascinant avec la lumière, c’est que nous pouvons obtenir des couleurs chaudes ou froides pratiquement avec les mêmes sources, simplement en jouant sur les facteurs de réflexion des différentes matières. Dans l’architecture intérieure, nous pensons matière avant de penser lumière. Dans tous nos projets, la notion de confort client est essentielle. La lumière procure ce confort : si un client est agressé par l’éclairage, il voudra abréger sa visite alors que, s’il se sent bien et que l’éclairage contribue à lui procurer un certain bien-être, il sera plus enclin à la prolonger.

“Nous faisons évoluer le mode d’éclairage
vers une forme plus scénique
en jouant sur l’ombre et la lumière”

Pouvez-vous nous décrire l’un de vos projets emblématiques et sa mise en valeur par l’éclairage ?
Nous avons travaillé sur l’identité des magasins de proximité Franprix, avec pour objectif de doter la marque d’un nouveau logo et de transformer le réseau de points de vente vétustes en des lieux plus attrayants. Nous nous sommes associés avec l’agence Les Bons Faiseurs pour travailler sur les couleurs et le logo et nous nous sommes chargés de l’agencement des différents magasins. Pour les façades, nous avons pris le parti de dépolluer les vitrines et de leur rendre leur transparence pour afficher clairement l’offre, visible dès le trottoir. Nous avons ensuite créé deux espaces distincts : un circuit court situé à l’entrée, où se trouvent le pain, les sandwichs, le jus de fruit, et un circuit long, accessible dans un second temps, qui inclut les fruits et légumes et les produits de consommation courante.
Nous avons créé une ambiance générale plus confortable grâce à des LED aux températures chaudes, tandis que nous avons étudié différentes températures pour valoriser les produits frais : plus froides et lumineuses pour la poissonnerie, la brillance de l’écaille, plus chaudes pour la boucherie, la fraîcheur de la viande. Nous avons également créé une chromatique ensoleillée : du rouge radis au jaune tomate, en passant par l’orange Mandarine, nom du concept, pour réchauffer les sources LED. Nous avons ainsi adapté l’éclairage aux matières sur lesquelles il se reflète, qu’il s’agisse du mobilier, du sol ou des produits eux-mêmes.

Franprix Cléry. © Seignette Lafontan

Franprix Cléry. © Seignette Lafontan

Comment conciliez-vous les contraintes d’éclairage et celles du projet architectural ?
La première difficulté est de convaincre nos clients de changer leurs habitudes : l’éclairage des boutiques s’est longtemps réalisé en nappage ; or, nous faisons évoluer le mode d’éclairage vers une forme plus scénique en jouant sur l’ombre et la lumière. Aujourd’hui, les enjeux de l’éclairage ont changé et suivi les envies des clients. Nous créons des aspérités, de la variation, du rythme avec un seul objectif : capter l’attention des visiteurs en créant du relief et la valorisation du produit. Le consommateur d’aujourd’hui n’est plus le même qu’il y a 10 ans. Il se lasse vite et il est primordial de l’inciter à poursuivre le plus longtemps possible son expérience et à la réitérer.
Il est essentiel aussi de faire comprendre au maître d’ouvrage qu’il faut ventiler différemment les dépenses d’un projet. Mettre en place un éclairage LED nécessite un investissement de départ plus élevé, mais des coûts de maintenance réduits. Il faut donc lui expliquer comment dépenser mieux. Enfin, nous sommes des architectes et non des concepteurs lumière. Il est essentiel de se reposer sur les compétences d’éclairagistes et de nommer, dès la genèse d’un projet, un spécialiste. L’agence doit garder l’autorité du projet et se mobiliser en phase réalisation de la mise en lumière, pour sa maîtrise et son optimisation.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Laisser un commentaire

Laissez un commentaire en remplissant les champs ci-contre ou utilisez votre compte