Peur bleue, quand les médias raccourcissent le temps de la science

Docteur-ingénieur en physique, Sébastien Point est responsable de recherche et développement dans l’industrie de l’éclairage ainsi que rapporteur scientifique et vice-président de la section Rayonnements non ionisants de la Société française de radioprotection
Docteur-ingénieur en physique, Sébastien Point est responsable de recherche et développement dans l’industrie de l’éclairage ainsi que rapporteur scientifique et vice-président de la section Rayonnements non ionisants de la Société française de radioprotection.

Sébastien Point est également membre du comité de rédaction de la revue Science & pseudo-sciences, éditée par l’Association française pour l’information scientifique, dans laquelle il tient une rubrique visant à déconstruire les discours faussement scientifiques.

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En une décennie, les LED ont envahi notre quotidien, et on ne peut imaginer s’en passer aujourd’hui tant elles ont amélioré notre confort d’utilisation de la lumière artificielle et changé notre manière de penser les luminaires et les installations d’éclairage. (Sébastien Point a publié en 2016 l’ouvrage Lampes toxiques : des croyances à la réalité scientifique aux éditions Book-e-Book ; voir Lumières N°16, p. 57).

Cependant, le spectre des LED blanches à luminophore est caractérisé par une forte proportion d’émission dans le bleu, variable bien entendu suivant la température de couleur, et l’on sait, depuis les années 70, qu’une forte luminance dominée par des rayonnements lumineux de courte longueur d’onde peut entraîner une surexposition de la rétine et l’apparition consécutive de photorétinite par des mécanismes photochimiques, qui sont encore mal compris mais font en particulier intervenir des espèces réactives de l’oxygène [1]. Pour l’observateur, la surexposition se caractérise par l’apparition d’une tâche aveugle dans la zone de la fovéa, où la perte de sensibilité peut être permanente.
Qu’on se rassure, l’exposition aiguë à de fortes luminances est bien encadrée par les normes de sécurité photobiologique [2,3], qui permettent d’évaluer les sources et de les classer dans différents groupes de risque, même si elles restent perfectibles, notamment pour prendre en compte les populations plus sensibles comme les enfants.

Pourtant, en 2010, un rapport de l’Anses [4] – bien que très bien construit et raisonnable dans ses conclusions – avait déclenché un battage médiatique faisant naître la méfiance dans l’esprit des consommateurs vis-à-vis de la dangerosité de la lumière bleue émise par les LED. Ce rapport pointait notamment du doigt l’absence de donnée scientifique sur les expositions chroniques, c’est-à-dire les expositions continues ou quasi continues à des niveaux de luminance inférieurs aux limites de la norme pour l’exposition aiguë, et sur l’effet potentiel de ces expositions chroniques sur l’incidence de la DMLA et la perturbation des rythmes circadiens. Ce rapport invitait également les industriels à conduire des recherches pour améliorer la conception optique des luminaires et tendre vers une diminution des luminances.

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