L’enseignement de l’histoire de la vision de la lumière – Première partie

©R.Zarytkiewicz – Rome occulus du Panthéon, dimanche 7 avril 2013 Vision de la lumière
©R.Zarytkiewicz – Rome occulus du Panthéon, dimanche 7 avril 2013

Notre vision de la lumière et de l’éclairage a une histoire que l’on peut lire à travers la description des pratiques liées à la lumière au fil des cultures et au cours des âges. Cette expérience culturelle constitue une base quant à la capacité d’élaborer une lumière de qualité.

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Par Richard Zarytkiewicz
Consultant en éclairage et enseignant

Les différents moments
de l’histoire de la vision de la lumière

Depuis que l’humanité a été en mesure de représenter son environnement, la lumière a été un excellent moyen de communiquer les idées et les émotions. Des chercheurs ont, par exemple, élaboré la théorie selon laquelle les artistes ayant réalisé les œuvres rupestres que l’on trouve dans les grottes préhistoriques tenaient compte de la vision ultérieure de leurs œuvres par l’observateur dans la mesure où celui-ci en déplaçant une flamme devant leur œuvre en modifierait l’apparence. [1]

Du point de vue de l’architecture on pourra aisément citer, par exemple, l’oculus du Panthéon de Rome, l’abbaye de Valsaintes en France, ou bien celle de Saints Pierre et Paul à Santa Teresa di Riva (Italie), à l’intérieur desquels le soleil illumine certaines portions de l’architecture à des moments bien précis, jusqu’à des exemples plus récents avec  Le Corbusier ou bien, notamment, le quartier général de la General Motors par l’architecte Eero Saarinen et le concepteur lumière Richard Kelly.
Les peintres, de leur côté, ont développé depuis très longtemps leurs puissantes capacités de fournir une description évocatrice du monde, des hommes et de la lumière qui les entoure tellement puissantes qu’elles furent notamment en cause à l’occasion du conflit entre iconodules et iconoclastes dans l’empire Byzantin. Ils ont construit au fil du temps un instrument merveilleux permettant non seulement d’utiliser la lumière comme un véritable langage mais également de témoigner des usages lumineux de leur temps.

© General Motors – Aire d’exposition principale sous la coupole du General Motors Technical Center Warren Michigan (USA) 1953-1955, Eero Saarinen, avec l’aimable autorisation du General Motors Media Archive).

© General Motors – Aire d’exposition principale sous la coupole du General Motors Technical Center Warren Michigan (USA) 1953-1955, Eero Saarinen, avec l’aimable autorisation du General Motors Media Archive).

Léonard, des contrastes les plus accentués à la délicate progression
reliant l’ombre à la lumière

Les artistes de la Renaissance ont apporté une importante contribution à l’évolution des codes de la représentation religieuse en introduisant progressivement et d’une manière toujours mieux maîtrisée la composante émotionnelle, ceci tant dans la mise en scène de l’œuvre que par un travail d’une sensibilité sans cesse accrue sur la lumière. Dans ce but, ils ont travaillé sur la transcription de la réalité visuelle y compris par l’utilisation de modèles mathématiques comme dans le cas de la représentation de la perspective ou bien dans celui de l’approche scientifique de la lumière qui fut celle de Léonard de Vinci.

Ceci dit, il existe de bonnes raisons de penser que l’approche de Léonard ne se construisit pas exclusivement à travers une recherche scientifique telle que celle dont témoigne le Codex Atlanticus mais également à partir de son expérience pratique. On considère que son expérience dans l’atelier de Verrocchio, par l’étude de l’anatomie coutumière dans l’éducation du sculpteur [2], et qu’il eut donc l’opportunité d’aborder dans ces circonstances, est traduite dans sa représentation du Saint Jérôme de 1482 du musée du Vatican. Il y utilise de forts contrastes pour nous suggérer toute la tension du moment représenté.

© ArtsLife – Saint Jérôme, 1475-1480 Atelier de Verrocchio. photo Luca Zuccala, avec l’aimable autorisation de Luca Zuccala

© ArtsLife – Saint Jérôme, 1475-1480 Atelier de Verrocchio. photo Luca Zuccala, avec l’aimable autorisation de Luca Zuccala

Ce ne sera que plus tard qu’il achèvera la construction de sa méthode de représentation de la lumière qu’il nous révélera dans son traité de la peinture en ces mots : « Les ténèbres sont le premier degré de la pénombre et la lumière en est le dernier » [3], décrivant un principe qu’il utilisa ensuite dans sa technique picturale faite de « parcours »  très subtils et très progressifs conduisant de la lumière jusqu’à l’ombre et de l’ombre jusqu’à la lumière.

Madonna dei Fusi, Leonard de Vinci (1501 circa), New York

Madonna dei Fusi, Leonard de Vinci (1501 circa), New York

 

La contribution du théâtre à la vision baroque de la lumière

Appareil d’éclairage dynamique utilisant des cylindres pour atténuer ou accentuer la lumière d’une chandelle selon les besoins de la scénographie (Nicola Sabbattini, Pratica di fabricar scene e machine ne’ teatri, Ravenna 1638)

Appareil d’éclairage dynamique utilisant des cylindres pour atténuer ou accentuer la lumière d’une chandelle selon les besoins de la scénographie (Nicola Sabbattini, Pratica di fabricar scene e machine ne’ teatri, Ravenna 1638)

Pendant ce temps-là l’éclairage de théâtre, et essentiellement dans le cadre du théâtre de cours italien du XVI/XVIIe siècle et pour lequel travaillèrent des architectes et des scientifiques de renom (parmi lesquels Léonard lui-même), inventait des outils d’éclairage que l’on imagine sans peine déjà capables de produire des effets lumineux très élaborés. On peut se faire une idée des possibilités atteintes par ces instruments [4] en consultant les descriptions qui nous en sont parvenues, aussi bien qu’en nous intéressant à la description des effets lumineux dont témoignent certains textes notamment de Nicolo Sabbattini [5]. Une idée des moyens déployés peut déjà nous être fournie par le budget d’une représentation de l’Hermione à Padoue en 1636 tel que nous le présente Cristina Grazioli [6]. De son analyse, il apparaît que les deux tiers du coût total de l’opération furent consacrés à la lumière.  Le tiers restant suffit à financer tout le reste de l’organisation avec les costumes, la construction de décors représentant d’imposants environnements urbains complets en bois sculpté, d’autres montrant, avec tout autant de soucis de la véracité, des paysages naturels, le tournoi qui se déroula parallèlement à cette même représentation ainsi toutes les tâches et dépenses relatives toute l’organisation  de l’évènement.

 

[1] Pourquoi l’art préhistorique, Jean Clottes, éditions Gallimard 2011.
[2] Leonardo travailla dans l’atelier du Verrocchio, peintre sculpteur et orfèvre workshop entre 1469 et 1470.
[3] Leonardo da Vinci 1452-1519, Trattato della pittura condotto sul codice Vaticano Urbinate 1270 secondo volume parte quinta, chap. 536.
[4] Le temps des flammes, Une histoire de l’éclairage scénique avant la lampe à incandescence, Christine Richier éd. AS Scéno+ 2011, Paris.
[5] Pratica di fabricar scene e macchine ne’ teatri di Nicolo Sabbattini 1638.
[6] Luce e Ombra, storia, teoria e pratiche dell’illuminazione teatrale, Laterza 2008.

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