Agence 8’18’’ : deux écritures, une signature

© DR, Georges Berne et François Migeon, Plasticiens lumière, Agence 8’18’’
© DR, Georges Berne et François Migeon, Plasticiens lumière, Agence 8’18’’

Georges Berne et François Migeon sont tous deux diplômés de l’École des Arts appliqués Duperré.
En 1983, François Migeon crée l’agence Grandeur Nature avec Michelle Salmon. Il réalise plusieurs murs peints et sculptures urbaines et met en lumière son premier ouvrage d’art, un château d’eau conçu par l’architecte Thierry van de Wyngaert.
En 1980, Georges Berne rejoint la société Philips puis reprend son indépendance en 1985 et travaille en freelance avant de fonder, à son tour, son agence L’Observatoire 1 en 1992.
En 2007, ils fondent l’agence 8’18’’. L’association des deux entités, par la mise en commun des compétences partagées de plasticien lumière et de concepteur lumière, crée une alliance entre sensibilité artistique et conception technique. Elle permet à 8’18’’ une ouverture sur des projets de grande envergure, et apporte une réponse plus globale aux maîtrises d’ouvrage.
En 2012, ils ouvrent le capital à cinq nouveaux associés.
2014 : création de la filiale 8’18’’ en Chine.
2016 : création d’une société de design, MaBaCaBaM. 8’18’’ compte aujourd’hui 15 personnes, dont 4 concepteurs lumière, répartis sur trois sites, Paris, Marseille et Shanghai.

Sur le même sujet

Les chemins de François Migeon et de Georges Berne se croisent dès leur formation, à l’École des Arts appliqués Duperré. Début des années 1980, ils créent chacun leur propre agence, respectivement Grandeur nature pour le premier et L’Observatoire 1 pour le second. Si les deux plasticiens lumière œuvrent dans des domaines différents, l’intérieur et plus particulièrement les musées pour Georges Berne, l’urbain pour François Migeon, ils partagent la même approche de la conception lumière et travaillent ensemble sur de nombreux projets. Ce qui les conduit à fonder l’ agence 8’18’’ où leurs écritures se rejoignent au sein d’une même signature.

Le travail en équipe est l’ADN de l’agence 8’18’’. Comment parvenez-vous à réunir, au sein de vos projets, la créativité de chacun ?
François Migeon – Dans le monde de la lumière, cette image atypique est sans doute reconnaissable et constitue notre identité. Elle est née à la fois de notre amitié et de notre formation commune. La réunion de nos agences n’en a été finalement qu’un aboutissement logique, car nous avions travaillé souvent ensemble auparavant, et cela rassurait nos clients dans un contexte économique difficile. Aujourd’hui, notre force repose sur cette capacité à mettre notre créativité au service de 8’18’’, en faisant reconnaître le travail des autres concepteurs de l’agence. Nous devons parfois faire face à des interlocuteurs qui ont besoin de mettre en avant une personnalité, d’avoir un référent. Ce n’est pas notre fonctionnement.
Georges Berne – Deux types de travaux en équipe coexistent : celui avec l’architecte et celui avec l’équipe de 8’18’’, où la créativité, si elle est initiée par un concepteur lumière, est très vite partagée avec le chef de projet et le ou les assistants. Il n’y a pas vraiment de paternité au regard de la créativité dans le sens où celle-ci n’est pas l’apanage d’un seul : nous sommes tous sous influence… Je préférerais parler de disponibilité de l’esprit et de voyage émotionnel partagé qui nous donnent, l’un et l’autre, une grande force et de beaux résultats, il me semble. Depuis une dizaine d’années, je me suis attaché à exporter 8’18’’ en Chine où je vis à mi-temps. J’ai plutôt misé sur la reconnaissance du travail de Claire-Lise Bague et de Rémy Cimadevilla, qui sont devenus associés au sein de l’agence et cogérant en ce qui concerne Rémy aujourd’hui. Par exemple, et puisque c’est dans l’actualité, si j’ai initié le projet de mise en lumière du Louvre à Abu Dhabi, c’est Rémy qui l’a porté immédiatement en tant que chef de projet, puis par la suite en tant que concepteur lumière associé.

“ L’idée du « collectif »
est ce pouvoir de mener une écriture commune

qui allie la  plastique de la lumière
et la technique de celle-ci ”

Quels projets de 8’18’’ illustrent le mieux ce « collectif » que vous évoquez ?
G. B. – La plupart de nos projets, sinon tous, illustrent un travail collectif. C’est la mise faite pour perdurer. Au-delà de l’apprentissage de la conception lumière, c’est cette manière de travailler ensemble qui m’a toujours importé. Ici, nulle spécialité – la diversité de nos références en témoignent – et la raison en est simple : ce sont les réponses que nous donnons à un désir et à une écriture qui prévalent ; l’écriture de celle ou de celui pour qui la lumière est indissociable de son geste et qui a mis en oeuvre l’espace où ce désir pourra s’épanouir.
F. M. – Le musée Fabre à Montpellier a représenté une expérience extraordinaire car la lumière traduit l’alliance de la muséographie et de l’architecture, que ce soit l’éclairage naturel ou artificiel. L’idée du « collectif » est ce pouvoir de mener une écriture commune qui s’est construite sur des bases alliant la plastique de la lumière et la technique de celle-ci. Les grands fondements de ces bases ont été initiées par Georges qui a su nous transmettre sa perception de la lumière artificielle, approche qui a été rapidement reconnue dans le monde des architectes.

“ La signature d’un projet devrait,
comme pour un film,

être présentée sous forme de générique,
avec toute une équipe pluridisciplinaire ”

8’18’’ a eu 10 ans en 2017, comment envisagez-vous les dix prochaines années ?
G. B. – Je souhaite que 8’18’’ grandisse encore et s’adapte toujours afin d’acquérir une nouvelle dimension, s’ouvre aussi davantage à l’exportation, notamment sur la Chine pour y prolonger mon investissement professionnel actuel ! Les projets culturels y fleurissent, tel celui magnifique des nouvelles « Routes de la Soie » initiées par le président chinois Xi. Ce lien ambitieux est/sera, au-delà de l’Histoire, une renaissance magnifique entre l’Europe et l’Asie.
F. M. – Notre profession est jeune, certes, mais en trente ans d’existence, nous n’avons pas réussi encore à définir une formation spécifique, homologuée par l’État. Les concepteurs lumière sont issus des écoles d’architecture ou d’ingénieurs, des arts appliqués, ou ont suivi des cours intégrés dans des cursus universitaires. Notre profession doit s’organiser, dans les dix ans à venir, pour élaborer une formation diplômante qui la tirera vers le haut.

Ce qui veut dire que les pratiques doivent changer ?
F. M. – Oui, on ne « pratique » plus la lumière comme il y a dix ans ; on assiste à un changement de modèle relativement radical. Des notions de chiffre d’affaires sont étudiées par nos commanditaires, de qualifications (auxquelles il est actuellement très difficile de répondre), mais aussi de complexité globale des projets avec des normes toujours plus présentes. Nous sommes une des plus grandes agences de conception lumière en France avec 15 personnes, alors qu’en Grande-Bretagne, les plus importantes comptent de 35 à 40 personnes. Le processus est enclenché mais nous devons mettre l’accent sur l’éclairage intérieur, l’image des concepteurs lumière étant trop associée à l’éclairage extérieur. Rappelons qu’en France, 70 % des projets concernent des réalisations extérieures, ce qui laisse la place au développement.
G. B. – Je travaille sur deux projets chinois « pharaoniques » de 700 000 m² globalisant extérieur (bâtiments, paysages, voiries) et intérieur (tertiaire, hôtellerie, commerce, musée). Je teste avec patience une nouvelle manière d’appréhender une autre culture et de développer ces projets avec des méthodes différentes (notamment 3D et maquette échelle 1), ceci auprès d’un investisseur « éclairé » qui croit en notre profession et en ce matériau, notre matériau de prédilection, « la lumière ».

 

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Laisser un commentaire

Laissez un commentaire en remplissant les champs ci-contre ou utilisez votre compte