PMR (personnes à mobilité réduite) : la loi de 2015 et de l’arrêté 2017 sont-ils devenus obsolètes ? Christophe Canadell* et Éric Lacou**, respectivement président et vice-président du centre régional Val de Loire de l’Association française de l’éclairage présentent leurs réflexions sur la pertinence de la loi de 2015 et de l’arrêté 2017.
Pouvez-vous nous expliquer ce qui a motivé votre démarche par rapport à l’accessibilité PMR ?
La loi handicap 2015 et l’arrêté du 20 avril 2017 imposent des seuils d’éclairement précis : « 20 lux pour les cheminements extérieurs et parkings, 100 lux pour les circulations intérieures, 150 lux pour les escaliers et 200 lux pour les postes d’accueil. » Ces textes fixent uniquement des mesures en lux, ce qui nous semble aujourd’hui moins pertinent avec les usages qui ont changé, les technologies, évidemment, qui permettent d’obtenir un éclairage de meilleure qualité. Avec la led, une multitude de technologies, qui n’existaient pas il y a dix ans, sont désormais à portée de main et peuvent contribuer à améliorer le confort des PMR et des malvoyantes. L’éclairement de 20 lux ne reflète pas vraiment la complexité des usages, il ne garantit pas la lisibilité sur les verticales, ni ne tient compte des contrastes, alors que c’est un des premiers besoins des personnes malvoyantes. Par définition, ces textes ne considèrent pas les technologies modernes qui peuvent, aujourd’hui, au travers de capteurs, faire de la détection ou de la gradation et créer un éclairage dynamique. Notre objectif : identifier les limites des exigences actuelles en situation réelle, vérifier la capacité à répondre aux besoins des usagers dans l’espace urbain. La finalité de notre enquête consiste à définir des pistes d’amélioration fondées sur la perception visuelle et non exclusivement sur la mesure de la quantité de lumière, en se fondant sur des tests réalisés sur l’existant et dans des zones éclairées à l’aide de matériels modernes.
Comment votre démarche va-t-elle se traduire, concrètement ?
Notre centre régional AFE rassemble une grande diversité de professionnels : des fabricants, des installateurs, des concepteurs lumière, des bureaux d’études, des maîtres d’ouvrage, des syndicats d’énergie, des collectivités, entre autres. Notre idée : utiliser ces compétences et expertises pour mettre en place des essais, sur des lieux dédiés, avec des usagers ; avec l’aide de la ville de Tours, ou d’Orléans, ou des métropoles qui ont des compétences techniques adéquates. Nous nous appuierons sur la concertation publique : il est essentiel que les personnes à mobilité réduite nous fassent part de leur réaction. Nous voulons vraiment souligner le caractère obsolète des textes et attirer l’attention sur les technologies dont nous disposons qui pourraient apporter une nette amélioration au confort des usagers en général et des PMR en particulier. Nous avons envisagé de créer des zones d’essais équipées de luminaires avec différentes températures de couleur, des dispositifs de gradation, des optiques dédiées aux passages piétons, etc. L’objectif est de définir des pistes d’amélioration avec l’intégration d’une mesure d’éclairement verticale, de déterminer un coefficient de contraste PMR, de parler d’une luminance moyenne perçue.
Donc, passer d’une logique de flux à une logique de perception visuelle ?
Exactement, en intégrant des technologies adaptatives comme la détection de présence, la gradation, en assurant les besoins de transition quand on passe d’un endroit sombre à un endroit suréclairé et réciproquement. En fait, l’idée est de confronter les exigences normatives à des situations réelles sur plusieurs sites pilotes, faire des relevés d’éclairements, tenir compte de l’uniformité, et de consigner ces mesures dans un rapport technique d’analyse, afin de proposer des recommandations que l’on pourrait considérer plus appropriées, qui tiendraient compte des nouvelles technologies. À cette fin, nous lançons un appel à manifestation d’intérêt auprès des acteurs concernés pour participer activement à cette démarche innovante.
Propos recueillis par Isabelle Arnaud






