tech&fest 2026 : la 3e édition à Grenoble a placé les technologies critiques au cœur des enjeux de souveraineté, de compétitivité et de résilience des territoires

Cette troisième édition, qui s’est tenue les 4 et 5 février dernier à Alpexpo Grenoble, avait pour objectif de rassembler les talents, les projets et les énergies autour d’un enjeu central : la souveraineté.

Ce salon a réuni à Grenoble, capitale européenne 2026 de l’innovation, des scientifiques, des entrepreneurs petits et grands, des acteurs publics, mais aussi des étudiants et des lycéens pour expliquer, échanger, construire et proposer des solutions concrètes innovantes permettant d’explorer les conditions d’une autonomie durable, innovante et résiliente.

Face à l’accélération des ruptures technologiques, et on pense bien sûr à l’intelligence artificielle, mais aussi aux tensions sur les ressources et à la fragmentation géopolitique, tech&fest 2026 a proposé une grille de lecture autour de quatre grandes thématiques avec quatre « Univers » pour échanger avec tous les acteurs de la Tech :

Quand le quantique quitte les labos pour transformer l’industrie
Longtemps cantonnée à la recherche fondamentale, la révolution quantique s’engage désormais sur le terrain industriel. Puissance de calcul inédite, simulation avancée, automatisation de systèmes complexes, nouvelles perspectives pour la cybersécurité ou la science des matériaux : le quantique pourrait rebattre les cartes de nombreuses filières stratégiques.

© Tech@fest

IA et cybersécurité, une course permanente entre innovation et vulnérabilité
L’intelligence artificielle redéfinit les usages numériques, les organisations et les chaînes de décision. Mais cette accélération s’accompagne d’une exposition croissante aux risques cyber, à la manipulation informationnelle et aux menaces sur les infrastructures critiques.

Santé augmentée, entre promesse technologique et responsabilité collective
De la Medtech à la Healthtech, la technologie transforme en profondeur notre rapport au soin. IA médicale, bioproduction, dispositifs connectés : ces innovations ouvrent la voie à des soins plus personnalisés, prédictifs et accessibles. Cependant, elles posent aussi des questions majeures d’éthique, d’autonomie et de souveraineté industrielle.

Innover dans un monde contraint par les limites planétaires
Face aux contraintes climatiques, énergétiques et environnementales, l’innovation technologique est appelée à changer de rôle. Il ne s’agit plus seulement de croître, mais de mesurer, arbitrer, transformer et régénérer.

Sur tous ces sujets, plus de 20 000 visiteurs ont pu échanger pendant ces deux jours sur les stands des 340 entreprises exposantes. De grandes entreprises ou grands centres de recherches comme le CNRS, l’INRIA, STMicroelectronics, nVidia by HPE, Teledyne, Schneider Electric, Verkor, Stäubli, le CEA ou TotalEnergies, mais aussi de très nombreuses startup et petites entreprises, venues présenter leurs innovations et nouvelles solutions sur les stands du village de la décarbonation, du village Healthtech, du village de la robotique, mais aussi sur le stand du Crédit Mutuel ou de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Parmi les thématiques abordées figuraient les avancées du quantique, les nouveaux usages de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité, les évolutions de la santé, l’essor des technologies liées à l’autonomie énergétique, les transformations industrielles portées par la robotique et les mobilités intelligentes, ainsi que les innovations liées à la montagne et à la valorisation des territoires alpins.

Mais tech&fest, ce sont aussi des conférences riches de plus de 250 intervenants sur les différentes scènes du salon, avec la souveraineté comme thème principal de cette troisième édition. Comme l’a rappelé Julie Galland, directrice générale de la recherche du CEA, « la souveraineté, c’est la capacité à définir la société dans laquelle on vit et on vivra. Aujourd’hui, la façon dont on conçoit le monde numérique n’est pas la même en Europe qu’en Chine ou aux États-Unis ».

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Grenoble, au carrefour de l’innovation
Parmi les intervenants particulièrement attendus, citons Gary Shapiro, président et CEO de la Consumer Technology Association (CTA) et organisateur du CES de Las Vegas, pour qui « Grenoble est presque la Silicon Valley de la France ; on le voit ici, dans le domaine de la microélectronique et des puces » ; Jean-Pascal Tricoire, président du conseil d’administration de Schneider Electric, qui a abordé les grands défis énergétiques auxquels l’Europe fait face et les leviers pour renforcer sa souveraineté et sa compétitivité dans un contexte de transition écologique, et Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, qui a dressé un diagnostic : l’Europe est en train de perdre la bataille de la souveraineté technologique face aux États-Unis et à la Chine. Selon lui, l’Europe a raté la révolution numérique, est distancée dans l’IA, et doit réagir immédiatement. Bruno Le Maire propose un « projet Manhattan européen » pour les semi-conducteurs et l’IA, fondé sur une coalition restreinte de pays, un soutien massif aux technologies clés, une stratégie industrielle unifiée et un investissement commun de 100 milliards d’euros par an. L’objectif : éviter une dépendance totale aux technologies américaines et chinoises et restaurer une souveraineté technologique indispensable à la liberté politique. De son côté Bertrand Piccard a livré son regard sur un modèle européen soutenable, réconciliant technologie et écologie avec son expérience du projet Solar Impulse.

Cette édition 2026 a donné une large place aux enjeux du numérique responsable, de compétitivité territoriale et de durabilité qui redessinent déjà nos modèles économiques et a aussi accueilli pendant une journée le High Level Forum qui réunit des décideurs internationaux responsables de l’innovation de 30 écosystèmes d’innovation dans 21 pays.

Jean-Paul Beaudet