Dans un contexte où les entreprises doivent conjuguer pression sur les coûts, exigences réglementaires et impératifs de décarbonation, la stratégie énergétique devient un levier central de compétitivité et de transformation. Fondé il y a 25 ans par Matthieu Gufflet, le groupe EPSA, historiquement positionné sur l’optimisation des achats, a progressivement élargi son périmètre à la performance financière, fiscale, sociale et opérationnelle, en faisant de la durabilité un axe structurant. Nommé directeur général d’EPSA Energy en juillet 2025, après un parcours à l’interface du digital, du financement et de la décarbonation, Benoit Hémon présente le positionnement de cette nouvelle division du groupe EPSA et revient sur la l’interdépendance des enjeux environnementaux et économiques pour les entreprises.
Pourquoi avez-vous créé une division énergie intégrée au groupe EPSA ?
B. H. – Le marché de la transition énergétique est très fragmenté. Une entreprise qui engage un programme de décarbonation peut se retrouver à piloter simultanément un bureau d’études, un installateur, un mainteneur, un financeur, un courtier en énergie et un cabinet de conseil réglementaire. Cette dispersion complexifie la gouvernance des projets et dilue la responsabilité. Notre positionnement est celui d’un tiers de confiance indépendant. Nous ne sommes ni fournisseur d’énergie, ni installateur, ni établissement financier. Nous intervenons en assistance à maîtrise d’ouvrage, avec un engagement sur la cohérence globale et la performance du projet. Notre valeur ajoutée réside dans l’agrégation des expertises et dans la capacité à sécuriser les trajectoires économiques et environnementales. En France, nous nous appuyons sur plusieurs savoir-faire complémentaires, fruit d’actions de croissance externe. Deux acteurs spécialisés dans l’achat d’énergie, Capitole Énergie et Omnegy. Trois entités techniques et réglementaires : Seven Partners (CEE, audits, ISO 50001), Enoptea (décret tertiaire, pilotage énergétique, reporting) et Energiency pour la brique digitale.
Comment accompagnez-vous concrètement vos clients ?
B. H. – Nous intervenons en trois temps. À court terme, nous activons des leviers d’optimisation immédiate. Grâce à notre plateforme digitale développée par Energiency, nous collectons et analysons les données énergétiques, détectons les dérives et identifions des gains rapides, souvent sans investissement. À moyen terme, nous construisons des plans d’amélioration structurés visant l’optimisation de l’EBITDA et la réduction de l’intensité énergétique. À long terme, nous accompagnons les investissements lourds, parmi lesquels la modernisation d’installations, l’électrification, la récupération de chaleur, la production d’énergie renouvelable. L’ingénierie financière est alors déterminante avec la mobilisation de Certificats d’économie d’énergie (CEE) et de subventions françaises et européennes, des dispositifs de tiers-financement, ou un engagement via des contrats de performance énergétique. La logique reste économique : chaque projet, aussi vertueux soit-il, doit démontrer un retour sur investissement mesurable.
Décarbonation et compétitivité sont-elles compatibles ?
B. H. – Elles sont désormais interdépendantes. Les secteurs industriels comme l’agroalimentaire, la défense ou la chimie sont confrontés à une pression simultanée, entre exigences réglementaires, volatilité énergétique, attentes des donneurs d’ordre et contraintes de financement. L’énergie est devenue un sujet stratégique, piloté au niveau des directions générales. La réduction des émissions n’est plus uniquement un engagement environnemental, elle conditionne la compétitivité, l’accès aux marchés et la résilience industrielle. Notre rôle consiste à aligner trajectoire carbone et trajectoire financière. Le marché européen de la transition énergétique a besoin d’acteurs capables d’articuler indépendance, expertise technique et ingénierie financière. EPSA Energy ambitionne d’occuper cette place.
Propos recueillis par Alexandre Arène





