De l’école d’arts appliqués à la création de son agence, Studio By Night, il a exploré le design, l’architecture et l’urbanisme avant de trouver dans la lumière un langage universel qu’il met au service de l’art et de la technique.
Victor Vieillard, concepteur lumière, Studio By Night, raconte son parcours où la création, la technique, l’écoute l’ont guidé à chaque étape.
Comment avez-vous choisi la lumière ?
Victor Vieillard – À l’origine, je voulais être designer, et c’est avec cette ambition que j’intègre dès la classe de seconde l’école d’arts appliqués de Clermont-Ferrand. Après mon bac, les choses commencent vraiment à prendre sens pour moi. Le design d’objets, en particulier, m’attire énormément : c’est un domaine où la forme s’associe à la fonction, où chaque pièce raconte une histoire. Je poursuis mon parcours en architecture intérieure à La Martinière-Terreaux, à Lyon, puis en intégrant l’École des Beaux-Arts de Saint-Étienne, en option design. Mais au fil des mois, n’ayant pas trouvé ce que j’étais venu chercher, à savoir une expérience plus concrète, je me tourne vers la formation en éclairage de l’IAE université-Lyon III en alternance, qui me permet d’acquérir des compétences techniques, et de découvrir, en alternance au sein de l’agence Les Éclairagistes Associés, un métier, celui de concepteur lumière. Ce fut une porte ouverte sur un univers où la lumière devient un matériau à part entière, avec une dimension immatérielle et poétique qui me fascine.
C’est à l’issue de cette licence que vous devenez concepteur lumière ?
Victor Vieillard – Pas immédiatement, non. D’abord, je continue à participer à des concours de design avec des amis, des collaborateurs. Nous menons des projets variés, entre artistique et design, dans lesquels l’éclairage est toujours associé mais pas forcément l’acteur principal. C’est lors de la Fête des Lumières à Lyon, en 2005, que mon projet s’affine et se dessine. Avec Sara de Gouy, designer, nous sommes sélectionnés pour réaliser un projet intitulé « Superbonux ».

L’idée : créer une installation où des draps et des vêtements lumineux, suspendus à des fils à linge, semblent flotter dans le vent nocturne. Ce projet associe design, scénographie et lumière, comme je le recherchais. La lumière offre une liberté incroyable. Elle permet de travailler à plusieurs échelles et de côtoyer différents corps de métier dans une même journée : passer d’un détail d’intégration avec un menuisier sur un chantier, puis sur la planification de l’éclairage d’un quartier avec un paysagiste. Cette diversité est enrichissante chaque jour. Puis, en 2007, la Ville de Genève me propose d’intervenir pour le Festival « Les yeux de la Nuit ». Je réalise un projet scénographique et lumineux qui remporte le prix du jeune concepteur lumière, décerné par l’ACE, un encouragement et un soutien de la profession qui rassure et met en perspective les futurs projets. Le défi de ce projet consistait à redonner une légitimité et une urbanité à un espace hybride, à la fois place, rond-point et parking, en y intégrant un élément qui unifie et harmonise la perception du lieu par les piétons. J’ai imaginé des milliers de fleurs, reproduites et pliées à la manière d’un origami qui agit comme un réflecteur de lumière. Ce paysage éphémère, suspendu au-dessus de la place, était conçu pour exister aussi bien de jour que de nuit. La nuit, la lumière teintait les fleurs et révélait une autre dimension du jardin par une variation de lumière colorée créant l’illusion que les fleurs s’animaient, comme portées par une brise invisible. Ce projet a confirmé que la lumière pouvait être bien plus qu’un simple outil fonctionnel, qu’elle pouvait transformer un espace, lui donner de la légèreté et de la poésie.
C’est par l’événementiel que vous vous investissez dans la conception lumière ?
Victor Vieillard – Oui, mais la transition vers des projets pérennes a eu lieu en 2011, avec un concours que nous avons remporté, toujours avec Sara de Gouy, dans le cadre du 1 % artistique à Marseille. Il s’agissait de travailler sur la reconversion du silo d’Arenc en salle de spectacle, un projet signé de l’architecte Éric Castaldi. Notre proposition, intitulée « Entre-temps », jouait avec l’idée de remplir progressivement l’espace entre chaque représentation : des grains de lumière tombent et remplissent trois silos virtuels au fur et à mesure que l’heure du spectacle approche.

Quand la représentation commence, les silos sont pleins ; à la fin, ils se vident pour laisser place à une nouvelle animation. Les grains forment, entre deux spectacles, une composition chromatique unique, toujours différente. Cette trame de 3 000 points lumineux, tendue sur la structure de l’élévateur à camions, permet de conserver la perméabilité du projet architectural, laissant entrevoir les silos en arrière-plan. C’était une façon de jouer avec la transparence, la lumière et l’architecture, en créant un dialogue entre la fonction industrielle du lieu et sa vocation culturelle. C’est à ce moment-là que j’ai fondé mon agence Studio By Night.
Aujourd’hui, comment travaillez-vous les projets lumière ?
Victor Vieillard – Je n’ai pas vraiment changé ma façon de travailler depuis l’époque du linge suspendu ! Ce qui a évolué, en revanche, c’est l’ampleur des projets. Je continue à penser en quatre dimensions : le contexte, les usagers, le design et la scénographie nocturne. Je m’efforce de porter une attention aux détails, de créer des objets ou des installations qui s’intègrent, voire s’effacent si possible dans leur environnement. Et je me pose toujours la même question, essentielle : comment concilier l’usage par le design et l’éclairage, l’ensemble dans une enveloppe financière contenue ? C’est ainsi que je définis la manière d’aborder chaque projet lumière. Les échanges avec les maîtres d’ouvrage, les élus, les architectes et les citoyens se trouvent au cœur de mes études. Je puise mon inspiration dans ce dialogue et c’est dans le partage avec les équipes pluridisciplinaires que nous trouvons les solutions techniques concrètes. Et puis, il y a le temps. Le temps pour échanger, pour réfléchir, pour essayer, pour recommencer. Nous ne pratiquons pas un métier facile : l’éclairage reste souvent relayé au second plan lors de la construction du projet ou en phase chantier. Un projet lumière n’a rien de magique ; c’est un travail de longue haleine, fait de doutes, de remises en question, de vérifications. Pour moi, la conception lumière est un métier laborieux, au sens propre du terme. Il faut être partout à la fois, avoir une capacité de synthèse à toute épreuve, s’assurer que le projet s’intégrera parfaitement à son environnement, dans sa proportion, sa couleur, qu’il répondra aux attentes des usagers, des équipes de maintenance, du budget, bref, une équation complexe. La lumière, c’est comme un voyage : un voyage à travers les différents sites géographiques des projets et, surtout, les rencontres avec les gens, de la conception avec les clients à la réalisation avec les entreprises. C’est une aventure humaine, avant tout.
C’est cette aventure humaine qui vous inspire aujourd’hui ?
Victor Vieillard – Oui, c’est exactement ce qui rend ce métier si passionnant. On écrit un storyboard, et ensuite, on part filmer avec toute une équipe. J’aime cette dimension collective, cette alchimie entre des compétences et des sensibilités différentes. Depuis plusieurs années, j’interviens auprès d’étudiants dans des sections diverses. La transmission est importante pour moi : il me semble essentiel de montrer, d’expliquer, et peut-être de susciter des vocations. L’idée de partager mon expérience, de guider les jeunes vers ce métier me plaît énormément. J’aime emmener les étudiants à travers la nuit dans des « marches nocturnes éclairées » afin d’expliquer l’organisation lumineuse de la ville ; partager avec eux dans plusieurs univers connexes : l’histoire, l’art, l’architecture, l’urbanisme, le cinéma, les arts plastiques… La lumière est au carrefour de toutes ces disciplines. Plonger dans ces références variées, c’est leur donner les clés pour imaginer des projets innovants, qui dépassent les frontières traditionnelles de la sécurité et de la maintenance. La lumière est bien plus qu’une technique : c’est une langue, un moyen d’expression, une façon de raconter des histoires et de créer des émotions dans un quotidien parfois terne. Et c’est cela que j’ai envie de transmettre.
Propos recueillis par Isabelle Arnaud

Parcours
Victor Vieillard passe un BAC STI Arts appliqués à Clermont-Ferrand (63).
2003 – BTS Architecture intérieure au lycée La Martinière-Terreaux à Lyon (69).
2004 – École des Beaux-Arts, option Design à Saint-Étienne (42).
En 2005, il prépare une licence professionnelle « Conception et Management en éclairage » à l’université Jean- Moulin-Lyon III (69). Son mémoire de fin d’année a pour thème : « Incidence de la lumière artificielle sur les comportements humains au sein de l’espace public piétonnier. »
Il collabore à plusieurs agences de conception lumière : L’Acte Lumière, Les Éclairagistes Associés.
En 2011, il fonde l’agence de conception lumière Studio By Night. Victor Vieillard est membre actif de l’Association des concepteurs lumière et éclairagistes depuis 2009.
Il a été membre du bureau de l’ACE de 2015 à 2017.






