La place Max-Rouquette à Montpellier : patrimoine, usages et lumière poésie

place max-rouquette
© Xavier Boymond / Alexandre Le Gratiet

La place Max-Rouquette a remplacé le nom de la place des Arceaux de Montpellier, haut lieu historique de la balle au tambourin. Cette transformation marque la première étape concrète d’un vaste projet de requalification urbaine engagé par la Ville de Montpellier autour du quartier des Arceaux et du Peyrou.

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©Quartiers Lumières

La première phase de travaux, livrée en 2025, comprend les aménagements paysagers et la mise en lumière de la place Max-Rouquette et de ses abords immédiats.
Pour Lionel Bessières, concepteur lumière, agence Quartiers Lumières, « l’objectif initial était de repenser l’éclairage dans le cadre du réaménagement de ce secteur emblématique de Montpellier tout en travaillant avec la forte présence patrimoniale de l’aqueduc Saint-Clément. Très rapidement, la question de la continuité des usages, des parcours et de la perception nocturne du site s’est imposée comme un fil conducteur de la mise en lumière ».
Le projet, nommé Verd Paradis, référence directe à l’ouvrage publié en 1961 par Max Rouquette, écrivain et poète occitan majeur du XXe siècle, agit comme une figure de continuité entre la place Royale du Peyrou, l’aqueduc et la question de l’eau comme ressource structurante du territoire montpelliérain.

L’acclimatation du projet
« Au nord de la place, expliquent les paysagistes (agence Base), une lisière active et densément plantée s’inscrit dans la trame patrimoniale existante afin d’accueillir différents usages urbains : arrêt de bustram, anneau vélo, kiosque, espaces ludiques et sportifs. Au sud, des salons de fraîcheur accompagnent la promenade Laure-Moulin le long de l’aqueduc, d’est en ouest. Ces espaces, traités en pavage calcaire à joints drainants, encadrent le centre de la place, réalisé en dallage pierre et matérialisé par l’emprise historique d’un terrain de tambourin, pratique profondément liée à l’identité des Arceaux. L’espace central a été pensé comme un grand vide capable d’accueillir aussi bien des événements métropolitains que des manifestations de quartier et des usages quotidiens plus informels. Appuyé contre l’escalier du XIXe siècle conservé dans le projet, un linéaire de gradins de près de 60 mètres absorbe la rupture topographique et relie la place à une terrasse intermédiaire. Depuis ce socle émergent un kiosque urbain et ses terrasses extérieures, aujourd’hui occupés par un bar-snack, ainsi qu’une fontaine d’eau vive venant renforcer la présence de la fraîcheur dans l’espace public. »
Ainsi, le principe directeur du projet peut être résumé par le terme d’« acclimatation ». Il s’agit autant d’une adaptation au changement climatique que d’une manière de repenser le rapport à l’espace public contemporain. Dans ce contexte, le projet lumière a été construit autour d’un équilibre délicat entre respect du patrimoine et innovation contemporaine. L’aqueduc Saint-Clément avait déjà été mis en lumière par Yann Kersalé, dont l’intervention avait inscrit dans le paysage montpelliérain une ligne bleue devenue identifiable à l’échelle de la ville. Le choix final a été de conserver cette ligne bleue, tout en évitant de suréclairer l’aqueduc.

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© Xavier Boymond / Alexandre Le Gratiet

« Pour nous, poursuit Lionel Bessières, il était important de maintenir le monument dans une certaine pénombre afin de préserver sa présence nocturne sans le transformer en objet spectaculaire permanent. L’intention n’était pas de produire un monument intensément
éclairé, mais plutôt de travailler les perceptions périphériques, les usages et les ambiances. La place elle-même conserve ainsi une qualité d’obscurité relative, ponctuée par des interventions lumineuses discrètes et évolutives. »

Entre pénombre et effets lumineux dynamiques

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©Quartiers Lumières

Cette approche de sobriété, demandée par la Ville, a guidé l’ensemble de la conception lumière. Le projet privilégie majoritairement une température de couleur blanc chaud autour de 2 200 K afin de créer une atmosphère apaisée et chaleureuse. Les colonnes Lif de Selux ont été retenues, notamment pour leurs réflecteurs dorés qui participent à l’identité visuelle du lieu aussi bien de jour que de nuit. Leur dessin relativement fin et leurs perforations basses permettent également d’intégrer certains dispositifs de projection tout en allégeant leur présence dans l’espace.
Autour des terrasses, des zones végétalisées et des cheminements, cette lumière chaude accompagne les usages sans produire d’uniformité excessive. « Dès les premières réunions avec l’équipe de maîtrise d’œuvre, raconte Lionel Bessières, nous avons travaillé sur l’idée d’une périphérie plus éclairée en blanc chaud 2 200 K, tandis que le centre de la place conserverait une forme de respiration nocturne plus sombre. »
L’intérêt du concept réside précisément dans cette gradation lumineuse et dans sa capacité d’évolution. Le dispositif a été conçu comme une installation dynamique, entièrement contrôlable en intensité et en programmation. La place n’est pas figée dans une écriture lumière unique ; elle fonctionne selon plusieurs scénarios qui évoluent lentement au fil de la soirée.

Hommage à Max Rouquette
Chaque soir, un programme lumineux se déploie à travers des boucles d’environ dix minutes. Les transitions restent volontairement lentes afin d’accompagner les usages sans créer d’effets trop démonstratifs. À partir d’une heure du matin, le site bascule vers un éclairage plus sobre et généraliste, sans projections ni animations, afin de répondre aux enjeux de tranquillité nocturne et de gestion énergétique.

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©Quartiers Lumières

Le parcours nocturne s’inspire directement de l’univers poétique de Max Rouquette. Grâce à des projecteurs asservis discrets, installés notamment sur les colonnes Selux et sur certaines parties de l’aqueduc, différents effets lumineux peuvent être projetés au sol et sur les parties basses des piles du viaduc. Des projections, des halos, des motifs graphiques et des compositions lumineuses ponctuent ainsi la déambulation.

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© Xavier Boymond / Alexandre Le Gratiet

Certaines projections prennent la forme de ronds lumineux au sol ; d’autres fonctionnent comme des nappes graphiques plus abstraites.
« Une partie du contenu projeté constitue une véritable rivière de mots et de phrases issues des ouvrages de Max Rouquette, précise Lionel Bessières. Les textes apparaissent comme des fragments poétiques qui accompagnent la marche et prolongent la dimension
littéraire du projet. Pour développer cette écriture graphique, nous avons travaillé avec l’artiste Aymeric Reumaux, avec qui nous collaborons régulièrement. Son travail se traduit notamment par des projections de gobos sur les parties basses de l’aqueduc, en dialogue avec les calligraphies lumineuses projetées au sol. »
Les projecteurs Derksen intégrés sur certaines colonnes permettent d’obtenir différentes orientations afin de composer ces effets avec précision. Des projections restent volontairement sans image identifiable : elles produisent simplement des textures lumineuses ou des présences.

Un programme évolutif
L’ensemble du dispositif possède une forte réversibilité. Les contenus, les intensités et les rythmes peuvent évoluer dans le temps en fonction des usages réels observés sur la place. Cette capacité d’adaptation constitue un aspect essentiel du projet. L’idée est de laisser vivre l’espace, d’observer les appropriations quotidiennes, puis de stabiliser progressivement certains scénarios.
La nouvelle topographie participe également fortement à l’expérience nocturne. Les paysagistes ont créé de grands gradins permettant de descendre depuis la place du Peyrou vers la terrasse intermédiaire. Ces gradins deviennent des lieux de pause, de contemplation et d’événements informels. Le kiosque construit par l’architecte de l’équipe agit comme un point d’ancrage actif entre les différents niveaux de la place.

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© Xavier Boymond / Alexandre Le Gratiet

Toute la place a été réaménagée avec de nouvelles plantations venant compléter les arbres existants. Le travail paysager participe pleinement au confort climatique du site et à la qualité des ambiances nocturnes. Les végétaux absorbent, filtrent et accompagnent la lumière
plutôt que de la subir.
Le but n’est jamais de produire un décor figé, mais bien d’accompagner les usages quotidiens autour des terrains, des gradins, du café et des parcours. Entre sobriété, poésie et réversibilité, le projet cherche à installer une présence nocturne sensible, évolutive et profondément liée à l’identité du lieu.

Maître d’ouvrage : Métropole de Montpellier
Aménageur : SA3M (Société d’aménagement de Montpellier Méditerranée Métropole)
Maîtrise d’œuvre : Agence Base paysage/urbanisme mandataire – BLD Waterdesign – Botanique Jardins Paysages – Eupalinos – Inddigo – Quartiers Lumières – TECTA – TRIBU
Solutions éclairage : DerksenLacroix – Prolight – Selux