Le Quesnoy se situe dans le sud-est du département du Nord et fait partie du parc naturel régional de l’Avesnois. À quelques mètres seulement du centre-ville s’étendent des espaces naturels préservés de l’urbanisation et de son éclairage. Stéphane Servant et Soizick Bihen ont créé une mise en valeur des fortifications qui leur a valu le prix ACEtylène 2025 du patrimoine bâti.
En 2020, la municipalité du Quesnoy attribue à Stéphane Servant l’étude d’éclairage des remparts de la ville. Le concepteur lumière définit une charte sur le périmètre des fortifications avec pour objectif de préserver et d’améliorer la qualité du site la nuit, afin de permettre aux promeneurs de profiter du ciel nocturne tout en respectant la faune et la flore…
Pour ce faire, le projet prévoit la suppression de l’éclairage public au sein du périmètre. La zone « Clair de lune » met en valeur les remparts eux-mêmes, tandis que les entrées, donc les portes, sont plus faiblement éclairées. La promenade verte – entre les deux lignes de remparts – fera l’objet d’une étude ultérieure.

« En 2021, Stéphane Servant a bien avancé : le matériel d’éclairage est choisi, son implantation définie, explique Soizick Bihen, (Agence Soizick Bihen), mais, pour des raisons personnelles, il doit abandonner son métier et me confie alors le projet. Je n’ai quasiment rien modifié à son étude car le concept était judicieux, pertinent, attrayant et la municipalité l’avait approuvé. » Le projet dépendait de la commune pour tout ce qui concernait la mise en lumière des fortifications, et de la communauté de communes pour l’éclairage public, ce qui nécessitait deux circuits distincts.
La ville du Quesnoy a été conquise en 1654 par Louis XIV qui a chargé Vauban de restaurer l’enceinte de la vieille cité. Au fil des siècles, la municipalité a préservé les remparts, qui totalisent cinq portes et huit bastions donnant accès au centre-ville.

Les boutisses à l’honneur

Les remparts sont ponctués de boutisses, pierres taillées placées dans le mur suivant sa longueur, de manière à ne montrer que le petit bout en parement, qui servaient à renforcer les fortifications pour les protéger contre les attaques. Ces boutisses forment des petits carrés blancs qui percent les murailles, créant un décor singulier que les concepteurs lumière ont voulu souligner.
« Nous avons utilisé des projecteurs à gobos en 6 700 K, qui viennent redessiner les carrés de couleur claire, détaille Soizick Bihen, et les font ressortir par rapport à la brique qui, elle, est éclairée dans une couleur plus chaude, en 2 700 K, en contraste avec les boutisses. Ainsi, elles se révèlent sous une lumière sculptée, projetée avec finesse par les gobos qui en soulignent la matière et le rythme. »

Cette écriture lumineuse, déclinée sur les portes d’accès au centre-ville, devient une signature nocturne identifiable, à la fois discrète et expressive. « L’ensemble compose une harmonie douce entre texture, couleur et perception, inscrivant la lumière comme prolongement naturel de l’architecture », notent les concepteurs lumière.
Un patrimoine préservé
La charte lumière élaborée reposait sur la volonté d’assurer une zone préservée – « Clair de lune » – sur la ceinture de fortifications. « Pour cette raison, l’éclairage public a quasiment disparu de toutes les entrées, souligne Soizick Bihen, et seule une lumière douce accompagne les piétons qui franchissent les ponts. Les bornes, de 90 cm de haut diffusent une lumière chaude, avec une optique à 180° de 2 700 K. »
La porte Fauroeulx, dans son état actuel, date de 1887. Elle a remplacé une porte voûtée qui n’était plus adaptée à la circulation car, trop étroite, elle ne laissait pas passer les convois d’artillerie. Les passages latéraux sont destinés aux piétons. Cette porte est la seule qui n’ait pas souffert des événements de 1940. Deux mâts aiguilles, porteurs des projecteurs à gobos (dédiés aux boutisses), de ceux révélant la brique et ceux équipés de projecteurs d’éclairage public, marquent l’entrée pour ensuite laisser la place aux bornes disposées sur les ponts.
« Des cache-flux ont été dessinés pour les cas les plus critiques afin de préserver la faune et la flore. Un système de gestion a permis de diminuer au maximum les niveaux d’éclairement. Les heures d’extinction des valorisations sont programmées selon les saisons, Le Quesnoy étant une ville touristique », précise Soizick Bihen.
La porte de La Flamengrie, qui conduit au beffroi, est éclairée de la même façon. Elle a été construite au XIVe siècle. La muraille a bénéficié lors de ce projet d’un chantier de réparation important, mené par François Bisman, architecte du patrimoine.

La porte de Valenciennes, édifiée en 1400, possède une tour encore visible de nos jours. Modifiée au XIXe siècle sous Séré de Rivières, elle a été partiellement démolie au début de la Seconde Guerre mondiale. « Les arches de ce pont constituent le seul espace naturel que nous avons éclairé, car il va faire partie de la future promenade nocturne qui sera aménagée ultérieurement en dessous », précise Soizick Bihen. Ainsi, une lumière dorée (2 200 K) caresse les sous-faces des arches.
« La nuit venue, le noir y est intense et très peu perturbé par les éclairages artificiels. L’environnement est ainsi propice aux balades à la tombée de la nuit (heure bleue), au plaisir du crépuscule puis du clair de lune, à l’observation du ciel étoilé dans un contexte paysager et patrimonial exceptionnel », remarquent les concepteurs lumière.







