Antibes : douceurs de lumières sur la promenade du Soleil

Antibes
Maîtrise: d’ouvrage : Ville d’Antibes-Juan-les-Pins - Maîtrise d’œuvre : Didier Becchetti Architectes (mandataire) - Paysagiste : Signes Paysages - Matériel d’éclairage : BEGA ©Bega

Porté par la ville d’Antibes et mené par Didier Becchetti Architectes, mandataire, ce chantier a pour objectif de repenser les interfaces entre la ville et le littoral, d’améliorer la qualité des parcours piétons et de créer des espaces de vie adaptés aux usages variés du front de mer. Entre contraintes réglementaires, ambiances apaisées et ambitions esthétiques, le projet d’éclairage illustre une approche intégrée de l’aménagement urbain.

Le projet de la ville d’Antibes  s’articule autour de trois secteurs distincts : l’espace Baudouin, organisé autour de l’avenue Édouard Baudouin (promoteur emblématique des années 1920) et situé au cœur de Juan-les-Pins, la Pinède, lieu mythique du festival de jazz, ainsi que le secteur de la Garoupe, implanté sur le cap d’Antibes.
« La construction et la rénovation des plages d’Antibes constituent l’opportunité d’une requalification globale des espaces publics qui les bordent, explique Cédric Dounval, architecte à l’atelier Didier Becchetti Architectes. Ces espaces présentent la particularité de ne pas être réellement continus les uns par rapport aux autres. »
À ces spécificités s’ajoutent des usages tout aussi diversifiés, qui peuvent parfois se contredire. Pour ce travail de requalification, les architectes se sont fixé plusieurs objectifs majeurs : mettre en scène les vues vers la mer, requalifier les interfaces avec la ville, assurer une promenade continue, accessible et clairement identifiée, et, enfin, créer des espaces de pause confortables et adaptés aux usagers.

L’espace public recomposé 
Dans le secteur Baudouin, livré en 2025, la fontaine de la Baigneuse (œuvre d’Alphonse Grebel, installée depuis 1940) a été replacée au centre de l’espace public, désormais doté d’une topographie unifiée. La nouvelle place, dépourvue de tout obstacle visuel, projette ainsi le promeneur dans le grand paysage environnant. Les contraintes fonctionnelles liées à la présence des lots de plage ont été totalement intégrées afin de faire émerger un espace public à la fois lisible et unitaire. Magnolias, micocouliers et massifs arbustifs composent un nouveau paysage végétal, en accompagnement des pins parasols, pour offrir aux usagers une pause ombragée et un filtre visuel apaisant.

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La requalification de la place de la Baigneuse dans le quartier Baudoin de Juan-les-Pins a permis de créer un espace végétal qui offre une pause ombragée aux promeneurs. ©Bega

L’esthétique anarchique des plages appauvrissait jusqu’alors son rapport à la mer. La reconstruction des équipements démontables, envisagée comme une séquence rythmée et continue en lien avec la trame urbaine existante, a permis d’apaiser le front de mer. La compacité des volumes démontables libère désormais la façade maritime, créant ainsi des percées visuelles régulières vers la plage. Des emmarchements en gradins et des rampes aux pentes adaptées accompagnent la promenade du Soleil, gommant les ruptures topographiques et affirmant la continuité du front de mer.

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Le niveau d’éclairement sur la promenade est de l’ordre de 10 lux en moyenne, avec une uniformité supérieure à 40 %. ©Bega

La promenade du Soleil, créée lors de la naissance de la station balnéaire de Juan-les-Pins au début du XXe siècle, n’avait pas connu de rénovation depuis les années 1960. « La ville d’Antibes a souhaité remettre les choses au carré, en quelque sorte, avec des bâtiments conformes à l’usage prévu, c’est-à-dire de vrais restaurants adossés à des concessions de plages sur le domaine public communal, précise Cédric Dounval. Dans le cadre de l’application du Code général de la propriété des personnes publiques (en vigueur depuis 2010), les concessions de plage sont accordées dans les conditions fixées à l’article L2124-4 ; elles ont donc été repositionnées et passées à 20 % sur la totalité du périmètre de la commune. »
Dans le secteur Baudouin, une concentration d’établissements exploite toujours la plage, mais une grande partie des plages, anciennement privées, ont été rendues au public. L’enjeu principal du projet dans ce secteur était de permettre de reconnecter la promenade historique à la plage, en mettant en scène les accès vers la plage, notamment par le biais de la lumière, avec des escaliers bien éclairés et une réelle qualité d’espace. Les architectes ont également aménagé un parvis en balcon sur la mer, permettant de s’affranchir des modules construits sur la plage. Même s’ils sont démontables, leur présence impactait la pratique de l’espace public ; le fait de rehausser le parvis par rapport à son altimétrie historique a permis d’améliorer significativement la situation.

Une mise en perspective accompagnée par la lumière

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« Tous les escaliers ont été travaillés avec des encastrés muraux, afin d’obtenir des éclairages rasants, positionnés à 40-50 cm des nez de marches, pour limiter au maximum les éblouissements sur les accès à la plage, détaille Jonathan Toulliou, directeur général de Bega France. Bega a même développé une peinture spécifique pour s’harmoniser le plus possible avec la matière, à savoir des pierres calcaires dont la teinte rappelle celle des pierres du Fort Carré, du port Vauban, des murs historiques de la ville. Tous les luminaires ainsi que les mâts de 4 m en fonderie d’aluminium ont été peints en couleur bronze. »
L’éclairage a été pensé en deux temps : sur la place de la Baigneuse, les mâts de 6 m, en bois, fabriqués par Aubrilam à Clermont-Ferrand, sont équipés de projecteurs qui éclairent l’ensemble de la zone pour obtenir les niveaux d’éclairement requis, sans pour autant pénaliser la mise en lumière spécifique de la fontaine, qui bénéficie d’un rétroéclairage changeant de couleur.

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©Bega

« Côté promenade, les architectes ont opté pour des colonnes de 4 m et des niveaux d’éclairement assez faibles, de l’ordre de 10 lux en moyenne, avec une uniformité supérieure à 40 %. L’objectif était de créer une promenade relativement douce, sans suréclairement, ce qui s’est révélé compliqué sur certaines zones, la voirie étant très proche à certains endroits, de l’autre côté de la partie végétalisée. La ville d’Antibes visait une véritable sobriété en matière d’éclairage : nous avons beaucoup échangé avec les architectes et les paysagistes pour y parvenir, car nous étions confrontés à la coexistence de niveaux d’éclairement élevés de l’éclairage public côté voirie, ce qui ne facilitait pas la création d’ambiances douces dans ce contexte », raconte Jonathan Toulliou.

L’idée était de réinterpréter la matérialité antiboise du Fort Carré et des éléments des remparts du vieil Antibes, dans une approche à la fois évocatrice et historique. Les coloris des équipements ont été retenus en fonction de cette matérialité propre au projet. Les choix de température de couleur ont été fixés à 3 000 K pour rester en cohérence avec ce qui est déjà implanté aujourd’hui à Antibes. Bien qu’il aurait été possible de travailler sur des températures de couleur plus chaudes, celles-ci étaient encadrées par le cahier des charges de la commune.
La pérennité du projet a été un enjeu central, avec la possibilité de proposer des pièces détachées pour l’intégralité des matériaux pendant 20 ans.

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« Cela permet de rassurer la commune : dans 18 ans, quand l’une des lanternes s’éteindra, il ne sera pas nécessaire de changer le luminaire complet, mais simplement d’envoyer une photo de l’étiquette pour que nous puissions relivrer l’intégralité des composants du luminaire. C’est une garantie exceptionnelle », souligne Jonathan Toulliou. La fontaine est éclairée par de petits encastrés offrant divers scénarios lumineux. Les services techniques de la ville d’Antibes peuvent ainsi modifier les couleurs en fonction de la communication sur cette zone, par exemple en passant en rose en octobre.

Maîtrise: d’ouvrage : Ville d’Antibes-Juan-les-Pins
Maîtrise d’œuvre : Didier Becchetti Architectes (mandataire)
Paysagiste : Signes Paysages
Matériel d’éclairage : BEGA 
BE structure : Tractebel
BE fluides/électricité : Builders & Partners
BE environnement : Soler IDE
Installateur : Eiffage Énergie Systèmes