Susanne Seitz, Siemens : « Sans système de gestion technique du bâtiment, il est impossible d’atteindre les objectifs énergétiques. »

Susanne Seitz, PDG de l’activité Smart Infrastructure Buildings monde chez Siemens. © Sami Khedir

Entre pression réglementaire, flambée des coûts de l’énergie et pénurie de compétences, le secteur du bâtiment est à un tournant, sommé d’accélérer sa transformation tout en gérant un parc existant massif. Siemens, à travers son activité Smart Infrastructure Buildings, déploie une stratégie centrée sur la donnée, l’automatisation et les services pour faire émerger le bâtiment autonome, capable d’optimiser en continu ses performances énergétiques et opérationnelles. À sa tête, Susanne Seitz détaille les leviers de cette mutation, entre rénovation du parc, intelligence artificielle, cybersécurité, évolution des marchés et nouveaux équilibres énergétiques.

Pouvez-vous présenter l’activité Smart Infrastructure Buildings et votre vision du Smart Building ?
SI Buildings regroupe environ 29 000 personnes à l’échelle mondiale, couvrant toute la chaîne de valeur : R&D, production, vente et services digitaux. Notre ambition est de devenir leader des bâtiments autonomes, qui est l’évolution logique du Smart Building. La différence majeure aujourd’hui tient à la connectivité généralisée des équipements et à l’exploitation massive des données, qui créent de la valeur sur plusieurs axes : performance énergétique, fiabilité des équipements, exploitation et expérience utilisateur. Mais ces choix restent guidés par les priorités du propriétaire : réduire les coûts, améliorer le confort ou atteindre des objectifs environnementaux. Le véritable défi réside dans la rénovation. Plus de 75 % des bâtiments de 2050 sont déjà construits. Il faut donc planifier les investissements en commençant par la connectivité, puis déployer l’automatisation. Sans système de gestion technique du bâtiment, il est impossible d’atteindre les objectifs énergétiques. Le sujet n’est plus technologique, mais organisationnel et financier.

Quels sont les principaux moteurs du marché des bâtiments intelligents et de l’efficacité énergétique ?
Le premier moteur est réglementaire, avec des cadres comme la directive EPBD et les objectifs CO₂, désormais très proches. Ensuite, il y a un facteur économique, avec le coût de l’énergie, qui est très variable selon les pays, mais toujours structurant. Enfin, un enjeu majeur émerge partout : la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Les systèmes deviennent plus complexes, combinant IT, OT et IA, alors même que les experts historiques partent à la retraite. Cela crée une pression forte pour automatiser tout en simplifiant la mise en œuvre des solutions. Par ailleurs, certains marchés verticaux tirent la croissance, comme les datacenters, les hôpitaux ou encore la défense. Tous nécessitent des infrastructures performantes et pilotées finement. Enfin, les bâtiments deviennent des acteurs du système énergétique capables de stocker, d’équilibrer et d’optimiser les flux énergétiques. Techniquement, les systèmes de gestion de l’énergie et les GTB permettent déjà d’aller loin. Mais la flexibilité ne dépend pas seulement de la technologie, elle repose aussi sur les modèles économiques. Les mécanismes de rémunération, les règles imposées par les gestionnaires de réseaux et le manque de standardisation freinent encore le déploiement à grande échelle.

Comment abordez-vous les enjeux de cybersécurité et de complexité croissante ?
La cybersécurité est au cœur de notre stratégie. Ce n’est pas un sujet produit, mais d’architecture globale, du capteur au cloud. Nous investissons massivement, avec des tests internes et externes, des mises à jour continues et une approche intégrée à l’échelle du groupe. Par ailleurs, l’IA va jouer un rôle clé. Nous intégrons des modèles de langage capables d’interagir directement avec les systèmes. Un technicien peut simplement décrire un problème à l’oral et être guidé étape par étape. C’est une rupture majeure : on passe de la documentation ou des vidéos à une interaction intelligente et contextualisée. Cela permettra de compenser le manque de compétences et d’accélérer les déploiements.

Propos recueillis par Alexandre Arène