Au cœur du quartier dynamique de La Part-Dieu, le bois Bouchut s’impose comme une réponse paysagère et lumineuse à la densité urbaine.
Le Bois Bouchut, face à la gare et à la place Charles-Béraudier, a été repensé par l’agence de paysage et urbanisme Osty et associés, et sa mise en lumière, portée par l’agence les éclaireurs pour offrir une respiration dans un environnement marqué par des flux intenses. Claire-Lise Cabesos, conceptrice lumière, cheffe de projet, et Lucas Goy, concepteur lumière, directeur de l’agence, expliquent comment le concept lumière allie fonctionnalité, esthétique et respect de la biodiversité.
Ancienne friche issue de la destruction d’un bâtiment, cet espace a été aménagé en une grande pièce paysagère, continue et ouverte. Conçu comme un espace piéton majeur à l’échelle du quartier, il dépasse la simple fonction de passage pour devenir un lieu de présence, où l’on ralentit au milieu de l’agitation urbaine environnante. L’objectif est double : relier les espaces entre eux et créer une pause apaisante au sein de cette dynamique.

« Pensée comme un espace venant en rupture avec son environnement minéral, cette forêt de poche crée un nouvel écosystème entre les tours, offrant des lieux de pause et de fraîcheur entre les arbres, explique Lucas Goy. Afin de marquer la différenciation des espaces, un luminaire original a été dessiné, prolongeant le langage typologique existant. Monté sur une crosse reprenant l’idée d’une baguette en bois, l’éclairage est assuré par une lanterne avec un plateau bas fonctionnel et une partie d’ambiance au-dessus. Cette dernière reprend la forme de lanternes en papier coréennes où brille une bougie, avec un masque aux motifs végétaux et une température de lumière chaude aux alentours de 2 200 K. Les couleurs orangées créent ainsi un écrin respectueux de l’environnement.»
Une respiration lumineuse
L’un des défis majeurs a été la conception d’un éclairage spécifique, à la fois technique et poétique, capable de créer une identité forte pour ce nouveau poumon vert. À l’échelle du projet, les exigences fonctionnelles garantissent un éclairage efficace, sécurisant les déplacements. L’intention globale était de créer un espace piéton de pause et de rencontre, avec une lumière diffuse, enveloppante et moins directive, évoquant une ambiance domestique et douce. Cette approche s’est accompagnée d’enjeux environnementaux et de biodiversité, le bois Bouchut devant servir de refuge pour la faune en milieu urbain dense.
« La création d’une lanterne spécifique a émergé des échanges sur la maintenabilité, avec pour ambition de doter les espaces paysagers de La Part-Dieu d’une identité visuelle forte, commente Claire-Lise Cabesos. En collaboration étroite avec le fabricant Rohl, l’équipe a exploré les procédés de moulage du polycarbonate et les principes d’inox repoussé pour la partie masque, dessinant le motif intérieur. Ces discussions ont permis de concilier conception, contraintes techniques et savoir-faire industriel. La partie diffusante de la lanterne, à 2 200 K, limite les impacts sur la biodiversité et renforce l’ambiance de sous-bois. En première partie de nuit, elle coexiste avec un éclairage fonctionnel à 3 000 K – exigence de la ville de Lyon pour les espaces piétons et circulés –, combinant sécurité et atmosphère. »

Une identité visuelle distincte
Le quartier de La Part-Dieu se caractérise par des mâts carrés en acier galvanisé, langage urbain dominant. « Le bois Bouchut introduit une rupture bienvenue : des formes rondes, souples et organiques. La lanterne, avec sa goutte diffusante étirée vers le bas et son masque à effet flamme, incarne cette nouvelle identité, poursuit Claire-Lise Cabesos. Plusieurs matériaux (polyéthylène, polycarbonate) ont été testés en usine pour leur opacité, leur uniformité et leur résistance. Le polyéthylène a finalement été retenu pour son équilibre entre esthétique et technique. »
Un prototype du masque, initialement conçu, a été affiné à la demande de la SPL pour intégrer une dimension plus végétale. Les essais sur site ont permis de valider l’opacité de la goutte et le motif final, en collaboration avec les services techniques de la direction de l’Éclairage urbain de la Ville de Lyon.
Sur les cheminements piétons, les lanternes sont montées sur des mâts cylindriques en aluminium de 5 mètres, sobres et uniformes. Pour les pistes cyclables, le mobilier existant de la Part-Dieu a été conservé : mâts carrés en acier galvanisé, assurant la continuité visuelle avec le reste du quartier. La piste cyclable, à double sens, s’intègre ainsi harmonieusement dans l’environnement urbain.
Collaboration et innovation
« La société publique locale de Lyon Part-Dieu, remarque Lucas Goy, a souligné l’importance de l’éclairage vertical pour révéler le volume sous le couvert végétal, notamment lors de la croissance des arbres. Cette réflexion nous a conduits à repenser le lampion de Rohl : crosse redessinée, masque végétal, opalescence ajoutée, proportions modifiées. »
Le produit est désormais en phase d’industrialisation chez le fabricant, avec un lancement prévu avant l’été. Les essais sur site ont validé le prototype avant sa production en série, marquant une étape clé dans la collaboration entre concepteurs, fabricant et gestionnaires urbains.
DU CLASSIQUE AU SUR-MESURE : ROHL S’ENGAGE SUR DU DÉVELOPPEMENT DURABLE

Fabricant français implanté en Alsace, Rohl emploie aujourd’hui 45 personnes et fabrique environ 40 000 luminaires d’éclairage public par an. « Lorsque l’agence les éclaireurs nous a contactés pour développer une lanterne spécifique pour le bois Bouchut, nous n’avons pas hésité à répondre favorablement à sa demande, remarque Jérôme Larrieu, responsable commercial de la région sud-est chez Rohl. Nous sommes partis d’un produit existant, le Lampion (dessiné par Jean-Yves Soëtinck il y a quelques années), dont le système à double source lumineuse, la vasque diffusante, le masque personnalisable et la maintenabilité répondaient à la fois aux exigences de la SPL et aux souhaits des concepteurs lumière. Nous avons ensuite échangé avec Claire-Lise Cabesos afin que notre bureau d’études fournisse un prototype : avec une vasque allongée dotée d’une enveloppe rotomoulée qui lui donne cet aspect opale, un motif sur mesure et des bras qui évoquent les baguettes des lampions traditionnels. Et surtout, nous souhaitions que le nouveau luminaire soit reproductible afin de l’ajouter à notre catalogue. Nous sommes fiers d’annoncer que sa commercialisation vient de démarrer. »
En parallèle au projet du bois Bouchut, la Ville de Lyon, quant à elle, lançait la rénovation de l’éclairage public du cours Franklin-Roosevelt (6e arrondissement). Les 36 lampadaires, installés depuis plus de quarante-cinq ans, devaient être remplacés. Les supports existants comprenaient une double crosse : l’une qui éclairait la contre-allée piétonne (à 4 ou 5 mètres environ) et l’autre qui éclairait la chaussée à environ 9 mètres, juste en dessous du houppier des platanes.
« Nous avons gardé cette morphologie en faisant appel au Lampion de Rohl dont le masque reprend le dessin des feuilles de platanes, indique Thierry Marsick, directeur de l’éclairage urbain, ville de Lyon. Nous avons choisi 3 000 K pour la partie basse du luminaire et 2 200 K pour la partie haute. Ainsi, nous avons gardé le même esprit tout en modernisant le design et en améliorant l’uniformité, sans parler des consommations que nous avons divisées par quatre ; c’est-à-dire une économie prévue de 35 000 kWh. »
La ville dispose de gammes très structurées en éclairage, et la proposition de la nouvelle lanterne a été faite en concertation avec les Architectes des bâtiments de France, et la mairie du 6e arrondissement. Le lampion a été adopté avec une modification du masque. « Dans les deux cas, précise Jérôme Larrieu, les produits sont maintenables et interopérables car dotés de l’interface Zhaga. La Loupiote fournit 2 200 lm, 3 000 K en partie basse du luminaire et 2 200 K en partie haute ; tandis que le Lampion se décline en 1 500 lm, 3 000 K à 5 mètres ; en 4 800 lm à 9 mètres, 3 000 K en partie basse du luminaire et 2 200 K en partie haute. Les deux solutions sont développées et fabriquées dans notre site de production à Erstein, en Alsace. »
Maître d’ouvrage : SPL (société publique locale) Lyon Part-Dieu
Ingénierie : Ingérop
Paysagiste : Osty et associés
Conception lumière : les éclaireurs
Solutions éclairage : Rohl, Comatelec Schréder, Petitjean






