La nouvelle loi énergie, adoptée en février, revoit à la baisse les objectifs de développement du solaire et de l’éolien pour 2035. Le gouvernement justifie ce choix par les limites actuelles du réseau électrique et les délais de raccordement. Le constat est juste : le système n’est pas prêt à absorber la croissance attendue. Mais en conclure qu’il faudrait ralentir les renouvelables revient à prendre le problème à l’envers. La véritable question n’est pas la hauteur des objectifs, mais la capacité du pays à lever les obstacles qui empêchent aujourd’hui leur déploiement.
Par Jean-Sébastien Pelland, directeur exécutif, Eland Cables
Partout en France, le même phénomène se répète. Des postes sources saturés, des files d’attente qui s’étendent, des congestions régionales persistantes et des projets dont la mise en service glisse faute d’infrastructures disponibles. RTE le souligne régulièrement : construire ou renforcer une ligne électrique prend bien plus de temps que de développer une centrale photovoltaïque ou un parc éolien. Cette asymétrie explique en grande partie les retards que l’on observe.
Dans ce contexte, abaisser les ambitions revient à s’attaquer aux effets plus qu’aux causes. Cela fragilise également une filière capable d’apporter rapidement des capacités compétitives, d’accélérer la décarbonation et de soutenir l’attractivité industrielle des territoires.
Les freins qui ralentissent le déploiement ne relèvent pas de débats théoriques. Ils sont concrets, quotidiens, et largement identifiés par les professionnels du secteur. Le réseau manque de capacité là où les projets émergent. L’industrialisation des postes et des liaisons électriques n’avance pas au rythme nécessaire. Les procédures administratives manquent de lisibilité, ce qui complique la planification pour les développeurs comme pour les collectivités.
À cela s’ajoutent des contraintes matérielles dont on parle encore trop peu. La transition énergétique dépend de chaînes d’approvisionnement mondiales en équipements clés : câbles, transformateurs, composants de puissance, cuivre, aluminium. La demande internationale progresse rapidement, et le moindre retard d’approvisionnement peut ralentir l’ensemble d’un chantier. Ces réalités techniques devraient être pleinement intégrées à la stratégie nationale, car ce sont elles qui déterminent la vitesse véritable de la transition.
Le besoin d’une vision d’ensemble
Pour gagner en efficacité, la France doit cesser de penser le développement des renouvelables comme une addition de projets dispersés. Il s’agit d’un chantier d’infrastructure à l’échelle du pays. Cela implique d’anticiper les corridors de capacité, de planifier les postes sources plusieurs années à l’avance, d’harmoniser les procédures et de simplifier les étapes qui peuvent l’être sans réduire les exigences environnementales. Cela signifie aussi sécuriser les approvisionnements en équipements et en matériaux critiques afin de rendre les calendriers réellement tenables.
De leur côté, les industriels sont prêts à s’engager davantage : investir, renforcer leurs chaînes logistiques, moderniser leurs capacités de production. Mais ces engagements nécessitent un cadre stable et aligné avec les ambitions affichées.
Le débat ne doit pas opposer technologies ou modèles. Le nucléaire restera un pilier essentiel du mix français. Toutefois, les capacités supplémentaires dont le pays aura besoin au cours des dix prochaines années viendront principalement des renouvelables, qui sont aujourd’hui les seules solutions rapidement déployables à grande échelle.
La crédibilité de la trajectoire française dépend donc de sa capacité à raccorder, transporter et intégrer ces nouvelles productions. Chaque poste source livré à temps, chaque raccordement accéléré et chaque procédure simplifiée se traduit immédiatement par des mégawattheures bas carbone supplémentaires. Ralentir reviendrait à prendre du retard alors même que les solutions existent. Agir sur l’infrastructure, en revanche, permet de remettre la transition sur une trajectoire à la fois ambitieuse, réaliste et compatible avec l’urgence climatique.






