Face à l’absence de référentiel partagé pour mesurer l’empreinte carbone des équipements électriques reconditionnés, Rexel a initié une démarche collective visant à combler ce vide méthodologique. En s’appuyant sur les données existantes du programme PEP ecopassport et sur une approche volontairement simplifiée, le livre blanc Calcul simplifié de l’empreinte carbone des produits reconditionnés propose un cadre opérationnel pour estimer, de façon rapide et homogène, l’impact environnemental du reconditionné. Benoît Ribault, directeur projets innovation, services & ESG chez Rexel France, revient sur la genèse de cette initiative, ses principes méthodologiques et son rôle dans l’accélération de l’économie circulaire.
Dans quel contexte sont nés le livre blanc et la démarche collective qui l’accompagne ?
Benoît Ribault – Cette démarche est née d’un double constat. D’un côté, nous avons accéléré la vente de produits reconditionnés chez Rexel. De l’autre, nos clients nous demandaient des bilans carbone, notamment via notre outil Carbon Tracker. Nous étions convaincus que le reconditionné avait un impact positif, mais incapables de le prouver ou de le valoriser de manière fiable dans un reporting environnemental. Il n’existait pas de référentiel commun. Le programme PEP ecopassport, qui fait référence en analyse de cycle de vie, ne proposait pas encore de cadre pour le reconditionné. Il y avait des initiatives isolées, mais rien d’unifié. Face à ce vide, nous avons réuni différents acteurs, industriels, experts ACV, éco-organismes, pour construire une méthodologie commune. Notre objectif était de créer une base de calcul partagée, crédible et exploitable par tous. Une première version a été présentée lors de Rexel Expo 2025, puis enrichie avec de nouveaux partenaires, notamment la fédération IGNES. Nous avons ensuite consolidé une deuxième version, présentée récemment à ChangeNOW, avec l’ambition d’élargir encore le périmètre et d’industrialiser la démarche.
En quoi votre approche se distingue-t-elle des méthodes existantes, notamment celles basées sur les PEP ecopassport ?
B. R. – Il n’y a aucune volonté de se substituer au PEP, bien au contraire. Nous sommes dans une logique de complémentarité. Aujourd’hui, on dispose de plusieurs niveaux de données environnementales : le PEP, très précis mais encore peu généralisé ; les données par défaut de l’ADEME ; et des approches plus simplifiées. Notre méthodologie occupe cet espace intermédiaire. Le PEP reconditionné va être publié prochainement, mais il faudra du temps pour que les fabricants s’en emparent et produisent des données à grande échelle. Nous proposons donc une méthode simplifiée, immédiatement opérationnelle, qui s’appuie sur les PEP existants des produits neufs. Elle permet de répondre à des besoins concrets, pour valoriser l’impact d’un chantier ou d’un panier de commande. En revanche, si un PEP reconditionné existe pour un produit donné, c’est bien cette méthodologie qui primera. Notre approche est une solution pragmatique pour démarrer rapidement, avec un bon niveau de cohérence et un coût limité. Elle repose sur une autodéclaration de type 2, conforme à la norme ISO 14021, donc exploitable par les clients, même si elle n’a pas le niveau de certification d’un PEP complet.
« Plus le nombre de composants remplacés est important, plus on se rapproche de l’impact du neuf. À un certain point, le reconditionnement perd son intérêt environnemental. »
Concrètement, comment calculez-vous l’impact d’un produit reconditionné ?
B. R. – Nous partons du PEP du produit neuf, en nous concentrant sur les deux phases les plus impactantes : la fabrication et l’usage. La méthodologie repose sur trois niveaux de reconditionnement. Le niveau 1 correspond à un simple nettoyage, test et reconditionnement sans remplacement de composants. On applique alors une fraction de 10 à 30 % de l’impact de fabrication du produit neuf. Le niveau 2 intègre le remplacement de composants mineurs, avec un impact situé entre 35 et 55 % de l’impact de la fabrication du produit neuf. Le niveau 3 concerne des remplacements plus lourds, par exemple des batteries, des ventilateurs…, et peut atteindre jusqu’à 70 %. Prenons un exemple : un onduleur dont la fabrication initiale représente 1 500 kg de CO₂. En reconditionnement niveau 1, l’impact descend à environ 255 kg ; niveau 2, à 525 kg ; niveau 3, à environ 1 050 kg. On voit bien le gain, mais aussi la limite, car plus le nombre de composants remplacés est important, plus on se rapproche de l’impact du neuf. À un certain point, le reconditionnement perd son intérêt environnemental. Cette approche a été définie collectivement avec les fabricants, sur la base de données statistiques. Elle est volontairement simplifiée, standardisée et majorante. Nous préférons surestimer légèrement l’impact plutôt que de le minimiser. L’objectif est d’obtenir une valeur robuste, comparable et rapidement mobilisable.
En quoi cette méthodologie peut-elle accélérer le développement du reconditionné ?
B. R. – Elle répond à une attente très concrète du marché. Aujourd’hui, les acteurs, publics comme privés, ont besoin de données pour arbitrer. Sans indicateur de l’impact carbone, impossible de valoriser le reconditionné dans un appel d’offres. Avec cette méthodologie, on peut produire une estimation en 24 à 48 heures, là où un PEP complet demande du temps et des investissements importants. Dès cette année, nous serons en mesure d’intégrer ces données dans les réponses aux appels d’offres et les marchés publics. Autre avantage, l’uniformisation. Tous les fabricants peuvent s’appuyer sur la même méthode, ce qui crée un langage commun et facilite l’adoption. Enfin, cette démarche redonne de la valeur à la donnée environnementale. Elle ne représente plus une contrainte réglementaire, mais devient un argument commercial et stratégique. Chez Rexel, nous l’intégrons directement dans nos outils, comme le Carbon Tracker, via des formats de données standardisés.
Le marché suit-il cette dynamique ?
B. R. – En 2025, nous avons réalisé 4 millions d’euros de ventes de produits reconditionnés. Nous anticipons un doublement, voire un triplement cette année. Mais au-delà des volumes, c’est toute une filière qui se structure. On parle désormais de collecte, de tri, de stockage, de reconditionnement, de distribution. De nouveaux métiers émergent, et l’équilibre de cette économie repose sur la coordination de tous les acteurs. Rexel se positionne comme un tiers de confiance, un agrégateur à la fois de produits et de données. Notre rôle est de fédérer l’écosystème et d’accélérer cette montée en puissance. C’est un enjeu de marché, mais aussi un engagement environnemental fort pour nous.
Quelles sont les prochaines étapes ?
B. R. – Nous allons élargir le cercle des partenaires, intégrer de nouvelles catégories de produits et finaliser une version publique du livre blanc. L’enjeu est de passer à l’échelle, en rendant la méthodologie pleinement opérationnelle et en favorisant l’adoption par le plus grand nombre. En parallèle, nous continuons à porter le sujet dans différents écosystèmes, que ce soit chez les industriels, les institutionnels ou les scientifiques, pour renforcer la légitimité et l’impact de la démarche. L’objectif final est clair : faire du reconditionné un levier de performance environnementale.
Propos recueillis par Alexandre Arène






