Présidentielle 2017 : les professionnels du bâtiment et de l’efficacité énergétique interpellent le nouveau président

Après des années de contraction économique liées à la crise de 2008, le bâtiment connaît une timide – mais salutaire – reprise. Avec une croissance de 1,9 % en 2016, les professionnels du secteur annoncent d’ores et déjà la création de 10 000 emplois dans le bâtiment en 2017. Mais les inquiétudes demeurent et les principales fédérations professionnelles interpellent le président élu, avançant ainsi leurs propositions pour l’avenir. Dans la presse, des tribunes ou des rapports publiés à destination du président, les représentants des professionnels du secteur poursuivent leur travail pédagogique auprès des futurs responsables politiques. Avec 1 051 000 salariés, le bâtiment constitue un secteur d’activité stratégique pour la France et un enjeu cardinal pour le président élu.

Sur le même sujet

Simplification, politique fiscale et aides étatiques : les fédérations déplorent l’absence d’engagements précis.

Chargés de défendre les intérêts des professionnels du bâtiment et de l’efficacité énergétique, les fédérations professionnelles tentent de faire entendre leurs voix dans l’espace public. Déplorant le manque d’objectifs clairs et chiffrés de la part des candidats à l’élection présidentielle, elles tentent de contribuer au débat, afin de préparer un futur encore incertain. Simplification, fiscalité et aides publiques sont autant de questions sensibles que les fédérations professionnelles s’attachent à éclaircir. Dans un cadre général, les associations professionnelles demandent de réelles mesures de « simplification » dans le secteur du bâtiment. Pour Jacques Chanut, président de la FFB, il s’agit tout de même de promouvoir une « simplification qui ne se veut pas synonyme de remise en cause de la sécurisation de l’emploi ». En effet, dénonçant un « millefeuille » administratif et un empilement systématique de normes, les cadres des fédérations professionnelles souhaitent que le prochain président de la République s’engage réellement dans des mesures de simplification massive.

Autre aspect éminemment problématique, les aides publiques aux bâtiments sont aussi un sujet de discussion et d’inquiétude notable. Avec 42 milliards d’euros de dépenses publiques annuelles, le bâtiment et le logement jouissent d’un soutien très puissant de la part de l’État. Perçues comme potentiellement menacées dans un contexte encore austéritaire, le maintien de ces aides est un élément essentiel pour les fédérations professionnelles. Le président de la Fédération Française du Bâtiment, dans une conférence de presse datant du 29 mars dernier, se demande si, « dans l’hypothèse d’une politique hardie de redressement des comptes publics », ce « budget risque d’être affecté ».

Sur les questions fiscales, la FFB s’oppose aussi très fermement à la mise en œuvre d’un ISF immobilier qui assimilerait, selon Jacques Chanut, le bâtiment « à une rente improductive ». La crainte de voir les biens locatifs inclus dans cette imposition renforce encore la défiance de la Fédération Française du Bâtiment.

L’efficacité énergétique est un autre domaine d’action sensible pour les professionnels du bâtiment, qui réclament le maintien du soutien de l’État.

Efficacité énergétique des bâtiments : les professionnels du secteur réclament un engagement plus fort de l’État

Dopées par les dernières lois consacrées à ce sujet, les questions liées à l’efficacité énergétique des bâtiments ont été très largement reprises lors de la campagne et suscitent des débats puissants. Perçue comme un facteur de création d’emplois non délocalisables, la transition énergétique doit, pour les fédérations professionnelles, être un élément central du débat public. Pour la FFB, des efforts notables ont été entrepris, mais une accélération de ce mouvement d’ampleur est souhaitable. Par exemple, l’accompagnement et la montée en puissance de la certification « Reconnu garant de l’environnement » (RGE), qui permet une meilleure identification des professionnels spécialisés sur les questions d’efficacité énergétique, représente une demande récurrente. Permettant d’accéder à des mécanismes d’aides incitatifs, la certification RGE représente en effet un enjeu stratégique pour les entreprises et artisans. Craignant de trop fortes contraintes réglementaires qui risqueraient d’étouffer la reprise, Uniclima s’inquiète notamment de « l’expérimentation énergie et carbone (Ex – BEPOS) ». En effet, selon la profession, « faire une réglementation à partir d’un retour d’expérience va être particulièrement ardu ».

La Fédération française des installateurs électriciens (FFIE), dans une liste de propositions destinées aux candidats, demande la création d’un observatoire de la transition énergétique. Destinée à suivre les évolutions, difficultés et efforts à réaliser pour atteindre des objectifs ambitieux, cette institution serait un préalable nécessaire à la poursuite d’un mouvement déjà bien amorcé.

Pour la Fédération française des industries électriques, électroniques et de la communication (FFIEC), il est aussi essentiel de maintenir les aides et mesures fiscales incitatives destinées aux particuliers désireux de s’équiper avec des solutions d’efficacité énergétique. En effet, dans un contexte économique toujours fragile, le soutien étatique déployé à travers des mesures incitatives constitue un facteur de développement essentiel, tant pour les particuliers que les professionnels. Dans un livre blanc publié dans le cadre de l’élection présidentielle 2017, le Syndicat des énergies renouvelables (SER) souhaite ainsi « valoriser le crédit d’impôt transition énergétique alloué aux énergies renouvelables » afin de renforcer la compétitivité des énergies renouvelables face aux énergies fossiles.

D’une manière plus globale, les fédérations des professionnels de l’efficacité énergétique souhaitent un plus grand engagement des collectivités locales et des Régions, afin de mener des plans d’équipements d’ensembles efficaces et ambitieux. La FFIE, le Gesec, le Gimélec, et le Serce dénoncent ainsi, dans une étude publiée le 12 janvier dernier, des collectivités locales « trop frileuses » et une implication modérée dans les travaux de transition énergétique. De même, la FFB exige que l’État s’implique plus massivement dans la rénovation énergétique, à travers la commande publique ou des mesures incitatives plus fortes. Comme l’explique le président de la FFB, « la rénovation énergétique ne progresse que faiblement » alors même que  « le parc a crû de 25 % depuis 1990 ».

Si les perspectives globales pour l’année 2017 s’annoncent encourageantes, les craintes face à de potentielles remises en cause des acquis obtenus par les professionnels du secteur demeurent donc très vives.

Simon Ballarin

Laisser un commentaire

Laissez un commentaire en remplissant les champs ci-contre ou utilisez votre compte