Lumières N° 19 – DOSSIER : Lumière et architectures intérieures

Aurélien de Fursac, concepteur lumière, agence Latérale
Aurélien de Fursac, concepteur lumière, agence Latérale

Interview : Aurélien de Fursac, Agence Latérale. Diplômé en sciences et techniques du théâtre, avec une spécialisation en optique, colorimétrie, sources de lumière à l’ISTS, Aurélien de Fursac travaille pendant dix ans avec des scénographes, architectes, metteurs en scène puis, en 2007, intègre l’agence Côté lumière. En 2015, il crée Latérale, agence spécialisée dans l’étude et la conception lumière, et met à disposition son laboratoire d’idées, sa méthode de travail, ainsi que son atelier de recherche et de développement.

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Dans l’architecture intérieure, comment s’effectue le lien entre lumière naturelle et éclairage artificiel ?
Aurélien de Fursac – Nous commençons par identifier toutes les ouvertures qui vont laisser pénétrer la lumière naturelle : fenêtres, patios, façades vitrées, verrières, et nous travaillons sur ces interstices qui vont faire le lien entre l’extérieur, c’est-à-dire la lumière du jour, et l’intérieur, à savoir l’éclairage artificiel. Ce dernier doit être étudié comme un complément à la lumière naturelle ou un relais. Notre analyse se fait également dans l’autre sens : il faut tenir compte des apports de l’éclairage artificiel, ou au moins de la perception que l’on peut en avoir de l’extérieur.

Quels sont les points déterminants de l’étude éclairage?
Quel que soit le projet ou l’activité dans les espaces, nous devons anticiper les résultats et nous projeter dans le rendu lumineux. Notre travail est étroitement lié à notre imaginaire, c’est le fil conducteur entre le concept initial et la réalisation technique finale. C’est l’expérience de notre oeil, et plus particulièrement l’éducation de notre regard, qui vont nous permettre cette anticipation, qui ne se trouve pas dans les catalogues… Une fois que le fil conducteur est posé, nous nous attachons au descriptif technique, à l’élaboration du projet à proprement parler et principalement à l’implantation et à l’intégration des sources sur plan.

En ce qui concerne les sources,justement, sur quels critères repose le choix des technologies et de la typologie des luminaires ?
Avec la LED, l’optique a pris une importance primordiale : c’est comme travailler avec un large choix de pinceaux, plus ou moins étroits, arrondis, plats, coniques, pour dessiner les faisceaux de lumière. Le collimateur de la LED offre davantage de précision que les sources traditionnelles. Aujourd’hui, nous disposons de toute une déclinaison de possibilités pour agir sur la diffusion de la lumière, créer des ombres portées, ponctuer, diluer, jouer sur les contrastes. La colorimétrie joue aussi un rôle déterminant, il faut rester vigilant à l’équilibre du spectre lumineux, à la nuance des températures de couleur, à l’indice élevé des rendus des couleurs, ce qui permet de donner plus de valeur aux détails architecturaux. C’est tout un jeu sur les brillances, les opacités, les transparences, qui s’offre à nous. Enfin, l’intégration des sources dans l’espace est un atout : il devient facile de dissimuler les luminaires dans le bâti pour ne laisser à voir que l’effet lumière, le travail de l’axe et de l’intensité doit être alors précis et adapté à l’émotion que doit transmettre l’espace.

Comment se déroule la collaboration avec l’architecte et l’installateur ?
Nous tissons le lien entre l’architecture et la réalisation technique finale. Notre rôle consiste à accompagner le concept architectural, à raconter l’histoire à l’installateur, comme des passeurs d’informations, et cela fonctionne dans les deux sens. Il peut arriver que l’on parte de la technique pour alimenter, si l’on peut dire, l’architecture ; on ne peut pas dissocier les étapes et compartimenter l’étude d’éclairage. La sensibilité et la technique doivent se rejoindre à un moment donné, par exemple au cours des tests et réglages où les compétences des uns servent le savoir-faire des autres et vice versa. La réussite d’un projet passe par la conjugaison, en bonne intelligence, de toutes ces expériences.

Dans les mises en lumière intérieures, il est parfois question de contraintes draconiennes liées au bâtiment lorsqu’il est classé monument historique. Qu’en est-il vraiment ?
Les règles sont restées les mêmes, mais il est plus facile aujourd’hui, avec des luminaires compacts et miniaturisés, de les respecter sans trop de difficulté, tout en conservant le concept initial de mise en lumière. On peut même aller jusqu’à associer « l’historique » au « contemporain », tout est question de dialogue avec l’architecte des Bâtiments de France.
Si notre travail passe par la transmission de notre sensibilité, il repose aussi  essentiellement sur l’échange. Il nous faut rester sincère, aller chercher une part d’intime en soi, développer son imaginaire tout en restant à l’écoute de ce qu’il nous est demandé.

Agence Latérale : https://www.laterale.fr/agence

 

 

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