Interview de Richard Chéry, Président de la FGME

Après avoir été notamment directeur Marketing, Stratégie et Développement, puis DGA, Richard Chéry vient de prendre la présidence de la Fédération des grossistes en matériel électrique (FGME). Il siégeait déjà au conseil d’administration de la fédération depuis de nombreuses années et animait plusieurs commissions.

Connu et reconnu par ses pairs, son accession à la présidence s’est faite tout naturellement. L’homme ne devrait pas s’ennuyer car les dossiers en cours (et qu’il connaît bien) ne sont pas mineurs pour la filière qu’il représente.

 

e3e – Parmi les combats engagés par votre fédération pour défendre la filière des grossistes il y a celui de l’écotaxe qui doit entrer en vigueur d’ici à l’été 2013. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Richard Chéry – Pour mémoire, l’écotaxe transport concerne les poids lourds. Il s’agit de faire payer à tous les véhicules de plus de 3,5 t l’usage du réseau routier national non concédé.

Nous menons une action de recours conjuguée par l’intermédiaire de la CGI (1). Avec les autres fédérations du secteur du bâtiment et du commerce intergros, un recours pour excès de pouvoir (REP) a été déposé sur l’application de ce décret. Nous en contestons le champ d’application ainsi que le mode opératoire. Nos véhiculent effectuent des tournées journalières de livraison dans un rayon de 80 km avec un retour au point d’attache et approvisionnent en moyenne jusqu’à 25/30 clients par tournée.Le gouvernement souhaite faire évoluer le texte et le compléter par l’intermédiaire d’une loi. Nous avons engagé une large interpellation des élus nationaux en leur adressant un manifeste sur le métier de la distribution de proximité et l’impact disproportionné qu’aura cette nouvelle taxe sur nos exploitations. Il faut savoir que la conséquence directe pour nos entreprises sera une charge supplémentaire des coûts de transport de l’ordre de 6 à 8 %.

Cette écotaxe est d’autant plus injuste qu’elle va engendrer une distorsion de concurrence vis-à-vis d’autres formes de commerce. Nous continuons de militer pour qu’elle s’applique sous une forme « visible fee » en pied de facture, ce qui aurait l’avantage d’en avoir la traçabilité et la pleine répercussion dans la chaîne de valeur.

  « Nous continuons de militer pour que l’écotaxe s’applique sous une forme “visible fee”, en pied de facture, pour en avoir la traçabilité et la pleine répercussion dans la chaîne de valeur. »

e3e – L’aide au commerce et à l’artisanat (Tascom) pourrait également vous toucher suite à sa réinterprétation par la direction de la législation fiscale. Qu’en est-il du recours déposé au Conseil d’État pour que cette instruction soit annulée ?

R. C. – Je rappelle que la Tascom s’applique aux commerces exploitant une surface de vente de plus de 400 m2 et réalisant un CA > 460 K€, ces derniers étant soumis à la taxe sur les surfaces  commerciales (Tascom). L’administration fiscale entend désormais soumettre le commerce de gros à cette taxe. Il est vrai que notre métier s’exerce d’une façon beaucoup plus complexe et qu’il mélange dans son approche du marché installateurs et utilisateurs (ces derniers pouvant être des administrations, des industriels, voire des surfaces commerciales qui achètent nos produits pour leurs propres besoins). Suite à cette interprétation extensive du dispositif Tascom par l’administration fiscale, nous avons, par l’intermédiaire de la CGI, déposé un recours en REP qui vise avant tout à préserver le caractère spécifique du métier de grossiste-distributeur professionnel pour le faire reconnaître pleinement par l’administration. Le projet de la loi de finances rectificatif (PLFR) 2012, en cours devant le Parlement, nous donne espoir, puisque l’article 3 précise le périmètre des magasins de commerce de détail et donne une définition du commerce de gros. Ces dernières précisions vont dans le bon sens et sont rassurantes pour l’avenir : pour l’instant, les redressements notifiés sont gelés.

 

e3e – Le non-respect des délais de paiement qui fragilise les entreprises est un autre combat que la FGME mène auprès des pouvoirs publics…

R. C. –Absolument. Les délais de paiement se sont dégradés depuis 2011 en raison d’une conjoncture difficile et d’un mauvais fonctionnement du circuit bancaire. Certaines pratiques mises en avant dans les différents rapports révèlent que les mauvaises habitudes n’ont pas disparu. La DGCCRF a été saisie afin que soit clarifié le mode de computation des délais de paiement et les règles à respecter lors des factures récapitulatives. L’Observatoire des délais de paiement devait remettre, en décembre dernier, un rapport complet au ministre des Finances. Il sera certainement révélateur des dérives constatées et du flou que laisse en particulier l’administration fiscale sur l’interprétation du délai de contrôle de 30 jours pour vérification des marchandises, ce que certains utilisent comme point de démarrage de computation.

La mise en place de la loi Warsmann, qui vient d’entrer en vigueur le 1er janvier, nous interpelle, notamment sur la création d’une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement dont le montant est fixé, par décret, à 40 € ! Nous restons vigilants sur ce dossier pour que les règles soient les mêmes pour tous.

 

e3e – Le secteur du bâtiment est en pleine mutation. Quels sont vos leviers d’action pour accompagner les professionnels ?

R. C. –Nos métiers évoluent très vite du fait de la réglementation européenne ou des décisions politiques prises lors du Grenelle, avec des conséquences immédiates. Pour exemple : le chauffage électrique dans le neuf. De plus, l’intégration de l’électronique dans les appareils, les protocoles de communication, l’IP, sont toutes des évolutions qui génèrent de l’intelligence et de l’intercommunicabilité et cela sur l’ensemble des marchés. Dès lors, plus que des produits on évoque des solutions ou des systèmes, avec une intégration verticale et horizontale dans l’installation, mais dans la même logique que celle des installateurs.

Pour notre part, nous revendiquons le statut d’intermédiaire à valeur  ajoutée, ce qui réclame une présence plus importante auprès de nos clients. La majorité de nos adhérents se sont donc engagés dans des programmes de formation technique de leurs collaborateurs pour promouvoir auprès des installateurs ces nouveaux produits et nouveaux marchés, pour leur permettre d’avoir la pleine maîtrise des solutions, d’être proactif sur les marchés naissants, autant ceux de l’efficacité énergétique, de la distribution et de la gestion technique que ceux de l’éclairage et du génie climatique. Notre devise est « La capacité de nos équipes à savoir apporter la bonne solution technique ». Dans la continuité du service de proximité, il a fallu adapter nos espaces de vente pour mettre en situation les produits par la création d’espaces dédiés, de showrooms…

En amont auprès des installateurs, nous avons à cœur l’accompagnement du mieux vendre, valorisant les solutions et les produits innovants, communicants…

Les distributeurs sont ce maillon indispensable entre le fabricant, l’installateur et l’utilisateur final.

 

(1) Confédération du commerce interentreprises.

(2) Loi n° 2012-387 du 22 mars 2012 relative à la simplification du droit et à l’allègement des démarches administratives.

 

Propos recueillis par Pascale Renou

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