Le projet Balard : un projet hors norme

Balard, XVe arrondissement de Paris. Le plus gros chantier d’Île-de-France : 8 ha de façades, la plus grande toiture solaire de Paris, 16 grues, 2 000 personnes sur le site en travaux… La construction du nouveau ministère de la Défense qui doit réunir les états-majors des trois armées en 2015 est un projet hors norme. À terme, 9 300 agents du ministère travailleront sur ce site qui offrira 140 000 m2 de bureaux, une base de vie de 10 000 m2 et 3 500 m2 d’équipements ouverts au public.

18 mois d’un dialogue compétitif intense
C’est en septembre 2009 que démarre la compétition entre les projets architecturaux pré- sentés par Bouygues, Eiffage et Vinci. Le travail fourni alors est énorme : 9 commissions techniques, 127 personnes et 14 sociétés AMO sont mobilisées ; plusieurs centaines de réu- nions et auditions sont organisées. Au terme de 18 mois d’un dialogue compétitif intense, le groupement composé du cabinet d’archi- tecture Anma et d’Opale Défense (filiale de Bouygues spécialisée dans les partenariats public-privé) emporte le marché.
Le projet Balard sera un grand espace urbain formé de trois entités :
– la parcelle Ouest, lieu du ministère ;
– la parcelle Est, revalorisée et transformée en centre de vie ;
– la corne Ouest, ensemble d’immeubles de bureaux aux allures de campus. Les architectes Nicolas Michelin, coordinateur du plan de masse et architecte du bâtiment principal du ministère, Pierre Bolze, architecte de la parcelle Est, et Jean-Michel Wilmotte, architecte de la corne Ouest, vont travailler pendant 6 mois à l’unification de ces trois entités aux fortes personnalités. Comme une évidence, le végétal prend alors toute sa place dans le projet : espaces verts, allées et place arborées vont assurer le lien et la cohérence de cet ensemble en respectant l’originalité des trois parcelles sans créer de trop fortes ruptures entre ces trois univers différenciés.
Au cœur du projet, le bâtiment du ministère, un ouvrage à la fois monumental et furtif, architecturé d’immenses « façades-falaises » opalescentes et coiffé d’un origami gris ardoise, dont les ondulations répondent à l’idée chère à Nicolas Michelin d’un relief insolite, d’une topographie évoquant l’esprit militaire. Un univers singulier au cœur de la capitale.

Une formidable mécanique naturelle Techniquement, cette « forteresse » est une formidable mécanique naturelle qui peut fonctionner de manière autonome 80 % du temps et ne consomme que 40 kWhep/m2.an. Une performance due à des choix technologiques innovants, que Nicolas Michelin, connu pour avoir un temps d’avance sur la performance environnementale des bâtiments, a su défendre, comme la ventilation naturelle, par exemple : « Pour les bureaux d ’ étude qui sont habitués à installer une ventilation mécanique, du double flux, de la géothermie ou des pompes à chaleur, dire que l’on va éviter au maximum ces systèmes pour en choisir d ’ autres qui ne sont pas agréés, vous imaginez ! Les discussions ont été un peu houleuses dès les premiers jours, mais les ingénieurs d’Egis, d’Eliot et finalement tout le monde ont adhéré à cette idée qui est devenue le point fort du projet lorsqu’il a été lauréat. » Fait remarquable, la géométrie du bâtiment est restée constante entre le début et la fin de la compétition. « Nicolas Michelin star- rivé avec une organisation à la fois simple et complexe. Nous avions l’impression que tout le monde pourrait se parler. Cette très grande facilité de rencontres verbales était véritablement l ’ âme du projet » , se souvient Paul Andreu, architecte et membre de la commission architecturale. Pour Cyril Trétout, architecte associé de l’Anma, la force du projet tient à son évolutivité ; Nicolas Michelin a conçu ce bâtiment en se projetant sur 30 ans pour qu’il puisse s’adapter aux évolutions futures du ministère, et cette approche correspondait aux attentes des militaires.

Le ministère de la Défense n’abritera pas que des bureaux, il intégrera des équipements ouverts au public. Enceinte complexe, fermée sur l’extérieur mais aérée à l’intérieur, il sera un îlot parisien abritant une vie intense à l’abri des regards. Pour Nicolas Michelin, reste à « réaliser le ministère tel qu ’ il est présenté sur les maquettes, dans toute son originalité, sans que rien ne se perde. »

 

Destinés aux personnels du ministère (9 300 personnes)
• 3 135 bureaux • 150 salles de réunion • 10 000 postes de travail • 2 espaces de restauration collective (6 900 repas /jour) • 37 chambres froides • 1 salle de conférences de 300 personnes • 3 salles de conférences de 60 personnes • 1 salle de briefing médias de 100 à 150 personnes • 2 salles de visioconférences • 2 studios prise de son et images
• 2 régies • 7 cabines de traduction • 8 bureaux de médecin • 3 bureaux de médecine préventive • 4 logements de fonction
Accessibles au public
• 1 pôle santé comprenant : 2 cabinets dentaires, 1 cabinet d’ophtalmologie, 1 cabinet de gynécologie, 1 cabinet de kinésithérapie, 1 salle d’urgence • 2 crèches de 60 et 57 berceaux • 1 piscine 10 x 25 m (accès partiel)

Un chantier atypique

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Des mesures de sécurité spécifiques ont accompagné ce chantier. Travailler sur un tel pro- gramme pour la Défense implique de respecter des règles précises. Ainsi, 700 badges à reconnaissance palmaire sont produits chaque mois pour les personnels, et les informations circulent sur un réseau informatique protégé. Tous les plans diffusés en interne comme en externe font l’objet de visas et validation très stricts et les visites sont réduites au minimum nécessaire. Enfin, la partie centrale du bâtiment dédiée au pôle opérationnel ainsi que deux niveaux de stationnement ont été réalisés en « top and down » : une dalle de transfert coulée au niveau du plancher bas du rez- de-chaussée a permis la construction des niveaux inférieurs à l’abri des regards, en même temps que les niveaux hauts s’élevaient.

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Corne Ouest – La parcelle de la corne Ouest regroupe, à la manière d’un campus, 92 000 m2 de bureaux en bord de Seine. Cet ensemble de bâtiments est, d’une certaine manière, l’antichambre du ministère, qu’il faudra traverser pour venir travailler au ministère. Totalement différent dans son traitement des façades et des attiques, son architecture intègre des « accords de plan de masse » qui permettent de se raccrocher au bâtiment principal sans provoquer de trop forte rupture.

Parcelle Est – Cette parcelle n’était pas un enjeu aussi fort que la parcelle Ouest dédiée au bâtiment du ministère. Mais elle a progressivement suscité l’intérêt, notamment par l’enjeu du paysage, véritable marqueur dans le projet Balard. Autre enjeu de cette parcelle : « le camembert » et la manière dont ce bâtiment a été revu et corrigé pour apporter de la lumière mais aussi de la vie ; 4 000 personnes y travaillent, 900 y habitent. En créant des restaurants, une cafétéria… cet espace est devenu un véritable centre de vie.

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