Objets connectés : cheval de Troie de la big data ?

Les stratèges de McKinsey estiment que, d’ici 2025, les objets connectés devraient représenter plus de 2 700 mds $ de valeur ajoutée pour l’économie mondiale. Notre conviction est que ce phénomène est aussi en mesure de conduire à un bouleversement des pratiques de communication entre les entreprises et les consommateurs, avec toutes les conséquences sociétales qui y sont liées.

STÉPHANE DARRACQ
STÉPHANE DARRACQ

En ce début d’année, le salon CES 2014 de l’électronique grand public de Las Vegas a définitivement consacré les objets connectés comme la grande innovation de la décennie : selon un sondage CSA-Havas Média de janvier 2014, 81 % des Français en ont déjà entendu parler tandis que 55 % déclarent les connaître précisément, preuve de leur entrée dans notre vie quotidienne.

Tous les objets connectés ont en commun d’être par définition raccordés à Internet et de servir, grâce à cette connexion, de capteurs d’informations (rythme cardiaque, géolocalisation de l’utilisateur, température ambiante). Ils ont aussi une fonction d’émetteur ou de récepteur de ces informations vers des applications « intelligentes » à même de les stocker pour utilisation ultérieure, transformant ainsi un simple objet en canal de communication relié au smartphone de son utilisateur lui-même ou à l’ordinateur d’un tiers. La matière première qui circule ainsi consiste en un flux continu de données de nature très variée. Ce sont ces données, collectées en grande quantité grâce aux objets connectés, qui nous raccordent à l’univers de la big data.

De nouveaux modèles d’affaires créateurs de valeur
Au-delà des services immédiats qu’ils rendent à leurs utilisateurs et de leur rôle de canal de communication, la vocation des objets connectés est aussi de collecter des données en très grande quantité. Température de la maison, rythme cardiaque du sportif, vitesse d’un véhicule, géolocalisation de son utilisateur : autant de données d’une grande diversité dont il ne fait pas de doute qu’elles iront bientôt constituer des bases de données et enrichir l’information déjà collectée sur les utilisateurs. Il n’y a alors qu’un pas à franchir pour conclure que la véritable valeur de ces objets connectés réside dans leur capacité à collecter des données d’une très grande richesse d’information et en très grande quantité. L’utilisation de celles-ci conduira logiquement à de nouveaux modèles d’affaires créateurs de valeur pour toutes les parties prenantes.

Comment, sinon, justifier le prix impressionnant de 2,3 mds $ payé par Google pour le rachat de la société, Nest Labs, début 2014 ? Au-delà des thermostats design de cette société installés dans les maisons californiennes par des propriétaires soucieux d’économies d’énergie, il ne fait aucun doute que ce n’est pas le CA de quelques dizaines de millions de dollars de la société qui justifie une telle valorisation. L’idée de Google est claire : ajouter un nouveau point d’entrée au sein des foyers (américains dans un premier temps) pour décrypter de façon encore plus précise les usages et les comportements des utilisateurs, via l’analyse des données collectées par les thermostats conçus par Nest Labs.

Le juge de paix sera le consommateur final
Dans ce futur où tout objet pourra être connecté, les vainqueurs ne seront pas les seuls fabricants de ces objets connectés. Il y a fort à parier que les entreprises qui parviendront à imaginer des services répondant aux besoins identifiés grâce à ces données et qui sauront trouver de nouveaux modèles économiques créateurs de valeur à partir des montagnes de données collectées seront les véritables bénéficiaires de cette révolution en marche de l’« Internet of everything ».

Il ne fait aucun doute que les objets connectés vont modifier en profondeur notre quotidien. Que ce soit dans le domaine de la santé, du sport, de l’automobile, le grand public va adopter ces objets utiles ou répondant à de nouveaux besoins. Attention toutefois aux risques juridiques et de réputation que font prendre aux entreprises l’utilisation de données souvent personnelles ou rattachées à des données personnelles ! Seul le respect des règles juridiques régissant l’utilisation des données personnelles par les entreprises feront disparaître les réticences du grand public devant la pertinence ou l’attractivité des nouveaux services proposés grâce à l’utilisation intelligente de ces données. L’enjeu est double pour les entreprises qui sauront mener cette démarche, avec la création de valeur grâce à de nouveaux services ciblés à destination de leurs clients, mais aussi la création d’un véritable « capital data ».

STÉPHANE DARRACQ,
PDG de Makazi Group

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