Rentabilité des EnR : pour une vision réaliste

Il y a quelques jours, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) publiait son rapport d’analyse sur les coûts et la rentabilité des énergies renouvelables. En effet, dans la mesure où la CSPE pèse sur le consommateur final d’électricité, il appartient légitimement à la CRE de s’assurer qu’il n’existe pas de « profits excessifs » (même si ce dernier concept est un peu flou) et donc in fine de vérifier la conformité des tarifs d’obligation d’achat « aux réalités économiques, technologiques et industrielles des filières ». En jeu, la description la plus réaliste possible de la filière pour une évaluation la mieux fondée possible.

Pour la France, l’objectif est d’atteindre 23 % d’énergie d’origine renouvelable d’ici 2020. La programmation pluriannuelle des investissements (PPI) prévoit à cet égard une production de 5 400 MW de solaire, 2 300 MW de biomasse et biogaz, 25 000 MW d’éolien et d’énergies marines et 3 000 MW d’énergie hydroélectrique. L’étude de la CRE, elle, se concentre sur l’éolien et le photovoltaïque (et la biomasse dans une moindre mesure) qui représentent l’essentiel du coût pesant sur la Contribution au service public de l’électricité (CSPE).

Globalement, il se dégage de cette étude (qui n’est, il faut le reconnaître, qu’une première approche) le sentiment que la commission peine à se donner une vision réaliste des filières et de leur environnement financier et technologique. A ce titre, rappelons que la CRE retient pour ses analyses un coût moyen pondéré du Capital de 5 % après impôts (le même CMPC, d’ailleurs, que celui retenu pour ses avis tarifaires), ce qui en soi peut laisser dubitatif sur la prise en compte de la « réalité économique » lorsque l’on connaît les pratiques en vigueur. Si les EnR ne peuvent proposer que des rendements de 5 %, pas sûr de trouver beaucoup d’investisseurs qui ne préféreront pas des placements beaucoup moins aléatoires.

Par ailleurs, en traitant l’ensemble du spectre des situations géographiques, la Commission donne à penser que ces situations sont également réparties et surtout également disponibles à l’avenir. Or on sait que les meilleurs emplacements ont déjà été équipés et que les futurs sites ne se ventileront que sur le bas de l’échelle. Par exemple, en matière d’éolien, les parcs bénéficiant de plus de 2 900 heures de vent par an sont d’ores et déjà considérés comme exceptionnels et les sites offrant de telles conditions sont déjà équipés. Pourtant, l’étude de la CRE prend en compte des sites à plus de 3 900 heures pour en conclure, sans surprise, que leur rentabilité est importante. De ce point de vue, d’ailleurs, la commission a trouvé la parade, en proposant d’adapter les tarifs à la qualité des sites : mais comme souvent, il s’agit de livrer la guerre précédente, puisque précisément, de tels sites ne sont plus disponibles.

Enfin, en postulant une baisse tendancielle des coûts d’investissement, la CRE prend une position tout sauf certaine. Tout d’abord, parce que les coûts de raccordement au réseau semblent plutôt en hausse sur le long terme. Ensuite parce que la fiscalité, notamment locale, exerce une pression croissante sur les projets d’investissement et qu’il n’y a pas de raison que cela cesse. Enfin, la part dévolue aux études n’est certainement pas vouée à baisser. Au final, si cette baisse des coûts est probablement juste en ce qui concerne le photovoltaïque, elle semble hasardeuse pour l’éolien.

A la lecture de cette étude, les acteurs de la filière risquent donc de ressentir une certaine inquiétude. La CRE y manifeste en effet une vision approximative de la réalité à laquelle ils sont confrontés. Une vision d’autant plus préoccupante pour l’avenir de la filière qu’il s’agit de l’autorité chargée de réviser les tarifs qui sont la base de l’investissement en énergies renouvelables en France.

 

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