Colombes : une requalification par la lumière

Carrefour des 4 Chemins, Colombes. Conception Lumière, François Migeon et Emmanuelle Sébie, agence 8’18’’. © Martin Migeon

Anticiper l’arrivée du tram, concevoir un lieu de promenade, redonner un sens à la perspective initiale conçue par Éric Van Bellinghen, tels étaient les objectifs ambitieux de la ville de Colombes concernant le carrefour des 4 Chemins. Résultat d’échanges constants avec la maîtrise d’oeuvre, la mise en lumière, signée François Migeon, 8’18’’, s’est intégrée au coeur du projet de requalification.

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© Martin Migeon

Dans les années 1980, l’ensemble urbain situé entre la place Louis Aragon au nord, et la place Victor Basch au sud, construit par Éric Van Bellinghen, s’inscrit dans une continuité visuelle et architecturale (photo 2) que l’imposant boulevard Charles-de-Gaulle a fait disparaître au fil des ans. Croisement de deux axes circulatoires d’importance, la D992 et la D986, le carrefour des 4 Chemins est quotidiennement emprunté par un flux important de véhicules (1 900 véhicules/heure circulent dans le sens Paris-province au niveau du pont de Charlebourg aux heures de pointe) qui coupe littéralement cet espace en deux, effaçant ainsi le tracé virtuel qui unissait les deux quartiers.

En 2007, la ville de Colombes prépare le réaménagement de l’espace qui doit bientôt accueillir le passage du tramway. « La municipalité a souhaité aller au-delà de la rénovation avec un cahier des charges qui englobait le désenclavement de ces quartiers et leur lien avec le reste de la commune, la redynamisation du tissu économique et l’emploi comme outil d’insertion, l’amélioration du cadre de vie et de l’accès aux équipements publics, le renforcement de la mixité sociale à travers la démolition et la reconstruction de programmes neufs diversifiés permettant des parcours résidentiels ascendants », explique François Migeon.

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© Martin Migeon

Le projet lumière au coeur du projet
Dans ce contexte, Thibaud De Metz, paysagiste, exprime sa volonté de rendre la lecture urbaine initiale de l’axe nord-est/sud-ouest, et fait appel à l’agence de conception lumière 8’18’’ dès l’origine du projet.

Trouver un lien entre la place Louis Aragon, qui abrite de nombreux logements sociaux et des commerces, et le square Victor Basch, arboré et résidentiel, constituait un pari difficile. La réponse s’est matérialisée par la lumière qui forme une sorte de déhanché rappelant la perspective architecturale d’origine, tout en garantissant son autonomie à chaque place.

Au sud, la place et le square Victor Basch sont transformés en lieu de promenade, plus convivial, favorisant les circulations piétonnes, notamment l’accès à la station de tramway, ainsi que le repos et la détente aux moments d’attente. La lisibilité des accès et l’adressage des entrées d’immeubles sont renforcés, tandis que la limite entre l’espace public et l’espace résidentiel est redéfinie, tout en privilégiant un traitement approprié à la place à dominante végétale.

Au nord, la commune a souhaité faire de la place Louis Aragon, animée par les activités commerciales et les équipements publics qu’elle dessert, un véritable lieu de rencontre, en la rendant accueillante et vivante. Les commerces existants au pied des immeubles sont devenus plus visibles, avec une attention particulière portée aux circulations piétonnes et à l’accueil d’activités événementielles, grâce à une proportion dominante de surface minérale et à une végétalisation partielle de la place.

8’18’’ a valorisé les deux espaces par un choix de mât unique, seule la couleur de la lame équipant ceux–ci différencie les deux places : orangé sur Louis Aragon, vert sur Victor Basch.
8’18’’ a valorisé les deux espaces par un choix de mât unique, seule la couleur de la lame équipant ceux–ci différencie les deux places : orangé sur Louis Aragon, vert sur Victor Basch. © Martin Migeon

« En travaillant avec les paysagistes, nous avons très rapidement décidé de créer une lumière à la fois diurne et nocturne. Ce fameux lien devait s’exprimer autant par l’effet lumineux perceptible de nuit que par la disposition des mâts de jour », déclare François Migeon.

Quand l’éclairage unit et qualifie les espaces

Cette lecture par la lumière unifie les deux places, par la présence d’une verticalité affirmée et par la prise en compte des usages différenciés entre ces deux places. Ainsi, l’agence 8’18’’ a dessiné un mât de 24 m de hauteur, ayant une faible emprise au sol (40 cm de diamètre seulement) et a choisi la fonte (2/3 du mât) et le métal (en partie haute) qui rappelle la matière du nouveau mobilier urbain.

Ce mât, dont la hauteur et le dessin constituent un véritable signal urbain, est implanté sur les deux places. Il est équipé, en partie haute, de projecteurs avec lampes aux iodures métalliques, et latéralement d’une lame verticale de LED blanches (température de couleur 4 000 K) situées au centre d’un complexe PMMA coloré.

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© Martin Migeon

La couleur de la lame LED permet d’identifier les deux quartiers : ocre orangé et ocre jaune sur la place Louis Aragon, et deux verts nuancés sur la place Victor Basch. Les mâts et leurs lignes colorées créent les perspectives, rythment le parvis, tout en conservant son histoire propre à chaque place. La place Louis Aragon, plus minérale, bénéficie, en plus, d’un salon de lumière urbain, réalisé à l’aide de candélabres de 6 m de hauteur dotés de lampes aux iodures métalliques 70 W. En arrivant en tramway depuis le boulevard Charles-de-Gaulle, le passage entre les deux places forme une ponctuation dans l’espace, une sorte de porte urbaine. Un bain de lumière enveloppe le visiteur, lumière blanche chaude issue des projecteurs des mâts, qui procure un niveau d’éclairement de 20 lux moyens au sol. Des « ombres de lumière » se projettent au sol, à travers les feuillages, comme un tapis végétal. Le projet lumière assure ainsi un confort d’usage et un sentiment de sécurité tout en valorisant la liaison entre la place, le square et la rue des Gros-Grès, et souligne la continuité des cheminements piétons inter-quartiers entre le nord et le sud.

Maîtrise d’ouvrage :
Ville de Colombes. Régis Taillandier, chargé d’opération.

Architecte :
Agence DMP

Concepteur Lumière :
8’18’’ François Migeon, plasticien lumière, Emmanuelle Sébie, chef de projet

Paysagiste :
Arpentère

Solutions éclairage :
Comatelec, LEC, Selux – Mâts GHM

 

 

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