Analyse du risque foudre : quelle pertinence pour les installations non classées ?

Les normes sont indispensables et apportent des éléments positifs, mais il faut rester objectif et en voir les limites. La nouvelle réglementation impose aux sites ICPE (Installations classées pour la protection de l’environnement) la réalisation d’une ARF (Analyse de risque foudre), puis d’une ET (Étude technique). C’est une excellente chose que de vouloir sécuriser les sites dangereux, mais il faut regarder la réalité et observer si cette procédure est pragmatique et s’il est judicieux de l’appliquer aux sites non classés.

Un des intérêts de la réglementation est d’avoir défini une analyse de risque foudre qui, dans le principe, permet de déterminer si la foudre est un facteur aggravant du risque. Grâce à un logiciel, des bureaux d’étude non spécialisés dans la foudre devraient être capables de faire cette analyse. Hélas, il n’est pas possible de mettre en équation tous les paramètres de la foudre, auxquels s’ajoutent ceux de l’architecture des bâtiments et des multiples réseaux courants faibles d’une installation industrielle. L’expérience prouve que le nombre de paramètres est trop important pour faire fonctionner le logiciel correctement ; l’auditeur doit donc faire des compromis. Ensuite, même si les paramètres sont corrects, le résultat du calcul n’est pas toujours cohérent et ne remplace pas l’expérience de l’auditeur. De plus, la nouvelle série de normes foudre NF EN 62305 ne traite pas encore la protection des lignes courants faibles. Elle donne des indications sur la mise en œuvre des parafoudres secteur, indique brièvement qu’il faut placer des parafoudres sur les lignes télécoms et laisse de côté les lignes courants faibles (lignes RS 485, 4/20 mA, Ethernet…) qui sont les plus fragiles et les plus importantes à protéger, car raccordées pour la plupart à des équipements stratégiques (sécurité incendie, etc.) ; ou bien elles vont à l’extérieur chercher des informations qu’elles ramènent dans la salle PC sécurité. Autrement dit, elles ramènent la foudre dans un local qui gère tout le site. Ainsi, pour un site de traitement des déchets, le PC sécurité reçoit les lignes qui viennent de la pesée des camions et de la mesure de la radioactivité de leurs chargements, du contrôle d’accès, des caméras de surveillance, etc. En général, cette salle se trouve à côté de la salle comportant les baies des automates qui gèrent le process industriel, l’élément le plus sensible. On considère donc que la foudre est un facteur aggravant pour l’environnement et les personnes, mais on ne s’inquiète pas de ramener la foudre dans le local qui gère le site. Attirer l’attention sur le risque foudre avec une réglementation (même imparfaite) sur les sites potentiellement dangereux est donc une bonne chose. À charge pour l’expert consultant de compenser les faiblesses du logiciel, comme l’illustre cette citation humoristique : « L’ennui avec les ordinateurs, c’est qu’ils font ce que vous leur dites de faire, pas ce que vous voulez qu’ils fassent (D. Cohen). »

Bien évaluer le risque : deux exemples concrets

Un exemple vécu : le datacenter d’une banque demande à un consultant d’estimer la nécessité d’une protection contre la foudre, lequel applique la réglementation en faisant l’ARF. Son logiciel répond que le site étant dans une région à faible niveau kéraunique (la banlieue de Lille) et situé dans une cuvette, la protection est superflue. Le hasard a voulu que la foudre tombe à côté du site trois mois plus tard. Les dégâts sur les systèmes de communication ont causé une panne de tous les distributeurs automatiques de billets de la région durant plusieurs jours. Ne faudrait-il pas alors réduire l’analyse de risque à 2 questions. Primo, est-il supportable de subir un problème sachant qu’il peut se produire dans 10 ans, ou… le mois prochain ? La réponse est presque toujours non, sachant qu’une protection bien pensée représente un coût faible par rapport à l’installation et, surtout, aux risques de pertes d’exploitation. Secundo, le site est-il dans une zone à fort niveau kéraunique (supérieur à 25) ? Auquel cas, il faut prévoir des protections plus solides. Souvent, lorsqu’une installation a été endommagée par la foudre de façon récurrente, il est proposé de faire une analyse de risque même s’il ne s’agit pas d’une ICPE. Mais ce n’est pas un logiciel qui aide à la prise de décision, c’est le client qui demande un niveau de protection, par exemple une protection maximale si elle lui coûte moins cher qu’un seul déplacement sur site. Si le site n’a jamais subi de dommages ou est situé dans une région à faible niveau kéraunique, il est malgré tout prudent de le protéger pour éviter la mésaventure qu’a connue un gros industriel français dans les années 90. Son site de logistique, qui gère les vis et boulons pour toutes ses usines d’Europe, se trouvait dans une zone à faible niveau kéraunique et restait sans protection. Les lignes télécoms ont subi une agression foudre qui a endommagé le modem et la carte de communication de l’ordinateur central. Même après leur remplacement, des dysfonctionnements aléatoires ont ralenti l’entreprise au point qu’il était envisagé de revenir à une gestion manuelle du stock ! L’alimentation continue 5 V de l’ordinateur était endommagée et plantait la machine plusieurs fois par jour. À l’évidence, un parafoudre sur la ligne télécom en entrée du bâtiment et un autre pour la baie du modem auraient suffi à éliminer la surtension. Soit une dépense d’environ 500 €, comparée à des pertes d’exploitation de plusieurs dizaines de milliers d’euros, voire de millions d’euros en cas d’arrêt des usines.

D’une manière générale, pour une installation non classée, sans caractère stratégique et dans une région à faible niveau kéraunique, que les lignes soient aériennes ou enterrées, des parafoudres secteur de type 2 ayant un Imax de 10 kA et un Up de 1 500 V conviennent. Pour les lignes télécoms, des éclateurs à gaz pouvant écouler 10 kA en onde 8/20 μs seront bien adaptés. Les statistiques prouvent, en effet, que dans environ 90 % des cas, les parafoudres n’écoulent pas plus de 3 kA.

Soigner la mise en oeuvre : une priorité

Mais il faut garder à l’esprit que l’efficacité d’une protection dépend plus de sa mise en œuvre que des performances des produits, surtout pour les raccordements de blindages et les parafoudres courants faibles pour lesquels la règle de l’art des 50 cm est trop laxiste. Les documents normatifs ne sont pas encore assez précis. La nouvelle série de norme 62305 a au moins l’avantage de ne plus imposer une valeur de terre particulière pour la mise en œuvre d’une protection puisque la valeur de terre n’intervient pas dans l’efficacité des parafoudres. En conclusion, pour un site non classé, l’analyse de risque foudre est inutile. Il faut protéger toutes les installations. On choisit les performances des parafoudres soit d’après le niveau kéraunique, soit d’après le besoin de sécurité du client, et surtout, surtout, on soigne la mise en œuvre.

Gilles Delcourt, APEI

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