Interview : Patric Liebus, président de la Capeb et président d’European Builders Conféderation

DR : CAPEB

Elu à la tête de la Capeb en janvier 2010, Patrick Liebus est reconduit jusqu’en 2017. Il est même le Président d’European Builders Confederation (EBC) pour 3 ans. Preuve que le franc-parler de cet homme issu du terrain a su convenir à la diplomatie qu’incombe ce poste. Après une baisse constante de l’activité depuis 3 ans, l’INSEE prédit un timide retour de la croissance cette année, avec certes,  encore peu d’effets sur l’emploi, mais on peut l’espérer un impact significatif sur le moral de nos clients.

E+ :  Malgré les multiples reports, peu d’artisans sont formés RGE. Comment se fait-il que le message ne passe pas ?

PL :  L’année 2014 a permis de former 33 000 référents techniques potentiels aux travaux d’économie d’énergie et ce rythme de formation se poursuit sur le premier trimestre 2015. Nos installateurs se sont en partie formés et proposent aujourd’hui un service, des prestations et surtout un résultat pour avoir une rénovation énergétique performante qui amène le client à véritablement faire des économies. Les atouts des artisans, ce sont d’être des entreprises de proximité ce qui rassure le client. Mais, on s’est compliqué la vie. Quand on voit le nombre de textes à appliquer, que des nouveaux apparaissent mais que les anciens sont toujours actifs. Mais plus que le RGE, c’est le coût de la construction qui est élevé. Je ne développerai pas le débat sur les charges trop élevées mais cela a un coût sur le travail. Nos installateurs sont conscients de l’enjeu énergétique et de son opportunité, mais pourquoi ne pas faire simple ? L’état donne des objectifs de construction et de rénovation de logement mais ne nous donne pas les moyens pour les atteindre. Je dis stop au mille-feuille normatif et que les règles ne changent pas tous les matins. Comment voulez-vous qu’un installateur informe son client sur les aides qu’il a le droit si cela évolue sans cesse. Il nous faut de la continuité et vous verrez que les professionnels seront formés et feront la promotion de la réhabilitation. Par ailleurs, certaines professions du bâtiment sont plus concernées que d’autres par les travaux liés à la performance énergétique des bâtiments. Je rends hommage aux travaux menés par mon collègue Christophe Bellanger, président de l’UNA Equipement Electrique et Electrodomotique, qui, grâce à la mobilisation de l’ensemble de la filière électrique, ont permis de faire valider l’éligibilité des émetteurs électriques à la régulation électronique au dispositif des CEE en ce début d’année.
E+ : Vous avez rencontré le Président de la République. Vous lui avez présenté sept propositions. Qu’en est-il ?
PL :  Nous avons pour objectif de simplifier le dispositif pour rendre les qualifications RGE plus accessibles aux entreprises et artisans, tout en maintenant les exigences de qualité qu’attendent les maîtres d’ouvrage. Des dispositions ont été prises pour encourager les mises en chantier, dont la plus lisible est le relèvement du Crédit d’Impôt Transition Energétique, à 30%, ce qui est attractif pour les candidats potentiels aux travaux. Nous accompagnons les entreprises, qui nombreuses, continuent à se préparer aux qualifications RGE, pour satisfaire à la nécessaire éco-conditionnalité, pour que leurs clients puisent prétendre au CITE.
E+ : Vous vous battez sur l’inapplicabilité du compte pénibilité. Qu’en est-il à ce jour ?

PL : Nous constatons que les Pouvoirs publics ont pris acte de l’inapplicabilité du compte pénibilité tel qu’il existe à ce jour. À défaut de le supprimer, ce qui aurait été la solution appropriée que la CAPEB défend avec vigueur depuis deux ans, il importait, a minima, de réduire la charge administrative de ce dispositif pour les entreprises ainsi que les lourdes responsabilités qu’il fait peser sur elles. Les annonces du Premier ministre vont dans ce sens. Elles restent cependant à préciser, notamment en ce qui concerne la définition de certains facteurs et le relèvement de certains seuils, et auraient mérité plus de 6 mois de délai supplémentaire pour être mises en œuvre dans de bonnes conditions.

Les sept propositions principales sont les suivantes :
– demander deux références lors du renouvellement tous les quatre ans, ce qui correspond aux exigences générales de la qualification, à la place de deux références tous les deux ans actuellement ;
– permettre dès avril 2015 un contrôle de réalisation unique pour les systèmes passifs (enveloppe) d’une part, et les systèmes actifs (chaudières à condensation et ENR) d’autre part ;
– permettre de justifier la reconnaissance des compétences du référent technique EnR par un diplôme, par une formation ou par la réussite d’un questionnaire à choix multiples ;
– permettre la reconnaissance des formations aux économies d’énergies des entreprises et artisans du bâtiment (FEEBAT) réalisées avant le 31/12/2014.
– permettre aux entreprises déjà RGE sur un domaine de travaux de faire bénéficier leurs clients des aides publiques, notamment le CITE, grâce à un audit spécifique, sur les autres domaines de travaux éligibles ;
– assouplir les exigences de qualification en cas d’installation d’équipements compactes (combinés) et hybrides, sans créer de nouvelles qualifications ;
– créer un processus commun pour les trois qualifications énergies renouvelables (Qualibois, Qualisol et Qualipac) avec un dossier de demande unique, un audit unique, une réduction du nombre de références exigées.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.