Marie-Noëlle Letouzé – Profession : électricienne

Chaque année le 8 mars, depuis 1982 en France, la journée des droits des femmes rappelle qu’il y a encore beaucoup à faire pour la parité. Smarthome Electricien+ met un coup de projecteur sur des femmes pas comme les autres. De celles qui dépassent les idées reçues pour adopter un métier traditionnellement réservé aux hommes. À quoi ressemble une femme qui rêve de tirer des câbles ou qui veut faire moins consommer le monde ? Quels sont les écueils qu’elles rencontrent dans un métier où la sécurité du client repose sur la confiance ?

Marie-Noëlle Letouzé — Profession : électricienne

Smart Home Electricien+ : Comment vous est venue l’idée de basculer dans l’électricité ?
Marie-Noëlle Letouzé :
Dans mon autre vie, j’étais visiteuse médicale. Je m’étais dirigée vers cette activité par besoin alimentaire. Je ne me suis plus sentie en adéquation avec ce métier et l’envie de faire quelque chose qui me correspondait se faisait plus présente. Je ne renie pas ce métier, il m’a permis d’avancer. Mais dès que j’ai pu, je me suis tournée vers l’électricité.

SHE+ : Est-ce un rêve d’enfant ?
M.-N. L.
  Pas exactement. Plus jeune, je rêvais d’apprendre un métier du bâtiment via l’enseignement des Compagnons du devoir. Pour moi, ces gens-là sont des artistes. Mais à l’époque, ils n’acceptaient pas les femmes. Heureusement, ça change et cette filière, réservée aux hommes pendant huit siècles, s’est ouverte aux candidates.

SHE+ : Elles osent, surtout, les mentalités ayant évolué.
M.-N. L.
  Concernant les Compagnons du devoir, elles n’avaient tout bonnement pas le droit. Mais oui, elles osent aussi davantage. C’est formidable. Les mentalités évoluent, mais l’image qu’on a de l’électricien reste très masculine. Il n’y a pourtant aucune raison pour que les femmes ne puissent pas exercer ce métier. D’autant qu’aujourd’hui, il y a une dimension esthétique qui entre en jeu. Et même si certains hommes ont cette sensibilité, les femmes sont bien connues pour ça.

SHE+ : Expliquez-nous cette notion d’esthétique.
M.-N. L.
  Au niveau de la finition dans le travail, déjà. Il est vrai que le boulot d’électricité peut être ingrat en ce qui concerne le rendu final, parce que ça ne se voit pas. Mais en termes d’appareillage, les gens sont plus ouverts aujourd’hui. Je suis très sensible à l’esthétique épurée des produits. Les rééditions d’anciens interrupteurs sont aussi très sympas, et les gens ont envie de ces détails qui font la différence. Ça devient un objet de décoration, tout comme la porte d’un compteur qu’on saura assortir. En revanche, pour les détecteurs de fumée, l’offre n’est pas terrible… L’esthétique elle se retrouve aussi dans la conception et la pratique de l’électricité, la répartition des points lumineux.

SHE+ : En France, les concepteurs lumières sont des hommes, pas des femmes.
M.-N. L.
  En architecture aussi ce sont des hommes pour la plupart. Je ne dis pas que l’esthétique est le domaine réservé des femmes. Mais les femmes peuvent faire bénéficier de leur différence dans ces métiers aussi.

SHE+ : Vous abordez la domotique ?
M.-N. L.
  Je fais peu de domotique. Mais ça m’intéresse et je souhaite développer ça. L’alarme, la vidéosurveillance, en particulier.

SHE+ : Vous avez été l’objet de moqueries, dans l’exercice de votre métier ?
M.-N. L.  :
Pas trop de sexisme, mais il y a un côté “idées reçues” bien ancré. Selon moi, c’est dans la mentalité des Français. Concernant mon travail, je reçois toujours un super accueil durant mes interventions. Les gens sont adorables. Mais attention !, une femme n’a pas droit à l’erreur. Je sens cette pression. Lorsque je cherche l’origine d’une panne, j’entends presque “c’est normal qu’elle ne trouve pas, c’est une nana”…

SHE+ Vous avez votre structure, ou vous travaillez à 100 % au sein du réseau HomeServe ?
M.-N. L.
  J’ai ma société. Je suis prestataire 2 jours par semaine pour HomeServe, mais j’ai mes chantiers. Je viens de créer une page Facebook, sous l’intitulé Marie-Eclaire. Je n’ai rencontré aucune réticence à me faire entrer dans le réseau HomeServe, surtout pour le dépannage. C’est une opportunité pour moi, parce que je constate régulièrement la surprise du client au téléphone lorsqu’il comprend que l’électricien, c’est une électricienne…

SHE+  Il va falloir changer le regard des gens. Comment comptez-vous faire évoluer votre activité ?
M.-N. L.
  Je vis au jour le jour, j’évolue par rapport à ce qui se passe. Dernièrement, j’ai travaillé deux jours dans un vide sanitaire, c’est clair que ce n’est pas ce que je préfère… Installer un beau luminaire serait plutôt la voie que je privilégierais. Le côté esthétique, je me répète, m’attire vraiment.

SHE+   Vous avez 44 ans, 2 enfants, comment avez-vous pu caser la formation ?
M.-N. L.  J’ai passé un CAP d’électricien. C’est clair que ça demande de l’organisation. Et aujourd’hui, après 4 ans, je vis pleinement de mon activité. Le rêve de compagnonnage, ça sera pour une autre vie !

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