Entretien avec Agnès BOVET-PAVY, réalisatrice

© DR Agnès BOVET-PAVY étudie le cinéma avant d’entreprendre un DESS de gestion des entreprises culturelles à l’université de Dauphine. Elle se lance dans la réalisation après avoir été assistante de production dans l’audiovisuel et distributrice de films documentaires. Lumières sur la Ville, qui sera diffusé courant 2018 sur Arte, est son premier film en tant que réalisatrice.
© DR Agnès BOVET-PAVY étudie le cinéma avant d’entreprendre un DESS de gestion des entreprises culturelles à l’université de Dauphine. Elle se lance dans la réalisation après avoir été assistante de production dans l’audiovisuel et distributrice de films documentaires. Lumières sur la Ville, qui sera diffusé courant 2018 sur Arte, est son premier film en tant que réalisatrice.

« Lumières sur la Ville »

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Agnès Bovet-Pavy vient de réaliser le film « Lumières sur la Ville » qui retrace l’histoire de quatre siècles d’innovations technologiques en éclairage public et leurs conséquences sur la vie sociale. Le film pose la question de l’ombre et celle de l’éclairage pour mieux cerner les enjeux de la lumière urbaine aujourd’hui. Un film très documenté, produit par Alexandre Cornu et coproduit par Arte France et Les Films du Tambour de Soie.

Lumières – Pourquoi avez-vous choisi le thème de la lumière pour votre premier film en tant que réalisatrice ?
Je côtoie depuis longtemps le monde de l’éclairage via l’univers des concepteurs lumière, en particulier François Migeon de 8’18’’. J’avais eu l’occasion de suivre le travail qu’il a fait sur la mise en lumière architecturale de la tour Jussieu lorsque je me suis retrouvée un peu par hasard, un soir, sur la place des Terreaux à Lyon ; j’ai été fascinée par l’éclairage conçu par Laurent Fachard qui donnait cette respiration bleue à l’espace et créait en même temps une ambiance très particulière, tout en sérénité. Je me suis alors rendu compte que la lumière donnait le ton en quelque sorte : les gens qui déambulaient sur la place étaient eux-mêmes empreints de ce calme et de cette douceur. Et puis, en 2014, j’ai eu besoin d’une rupture, je suis partie voyager pendant quelques mois et j’avais pris avec moi l’ouvrage de Vincent Laganier Light and Emotions que j’ai utilisé comme un guide de voyage. C’est au cours de cette césure que j’ai décidé à la fois de revenir à mes premières amours, c’est-à-dire la réalisation, et de filmer la lumière.

Comment avez-vous défini le sujet de votre film ?
Cela s’est fait étape par étape. J’avais été invitée, à mon retour de voyage, aux Rencards de l’ACEtylène (organisés par l’association des concepteurs lumière et éclairagistes, ndlr) qui avaient pour thème « Lumière et culture ». J’y ai rencontré Thierry Paquot, philosophe spécialiste de l’urbanisme, qui animait les débats et m’a conseillé de lire l’ouvrage passionnant de Wolfgang Schivelbusch La Nuit désenchantée. L’expérience de la place des Terreaux et le livre de Schivelbusch m’ont naturellement conduite à creuser la relation entre éclairage public et vie sociale. J’avais trois idées de sujet pour le film et c’est au moment de la présentation du projet à Arte que j’ai décidé de commencer par l’aspect historique. L’idée a séduit Anne Grolleron tout de suite. Le producteur Alexandre Cornu a également adhéré immédiatement. A commencé alors l’écriture du dossier pour convaincre la direction d’Arte France.

Vous voulez parler de l’écriture du scénario ?
Au début, je n’étais pas encore dans le scénario, mais plutôt dans la phase de recherches. Je voulais dresser un état des lieux des archives, essayer de trouver des images dans de vieux films et aussi des exemples de la représentation de la lumière dans la peinture des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. L’éclairage public est né en France avant de gagner toute l’Europe et a pris une dimension très importante au XIXe siècle. Je disposais d’une masse d’informations colossale ; or, il fallait faire des choix draconiens pour entrer dans le format de 54 minutes. J’ai alors fait appel à Anne Paschetta, scénariste documentaire, pour écrire le scénario. Nous avons décidé de ne pas avoir d’intervenants dans le film, mais une voix off qui raconte l’histoire de l’éclairage public, ce qui nous a donné une grande liberté d’écriture.

Comment s’est déroulé le tournage ?
Arthur Forjonel, qui a beaucoup tourné d’images de nuit, a accepté d’être mon chef opérateur. Le tournage s’est déroulé sur neuf jours, répartis entre la période d’hiver et celle de l’été au cours desquelles le rapport à la lumière et surtout l’occupation de l’espace public sont complètement différents. Raconter quatre siècles d’histoire de la lumière urbaine en 54 minutes n’est pas facile ! J’ai dû renoncer à montrer beaucoup de choses. C’est pour cela que d’autres projets sont en cours. Un film en réalité virtuelle qui permettra de rendre compte du rapport intime que l’on peut entretenir avec une source lumineuse. Un livre d’art sur l’histoire de la lumière urbaine, coédité par les Éditions François Bourin et Arte Editions, qui paraîtra en octobre 2018. J’aimerais ensuite mettre en route un autre film sur la façon dont on conçoit aujourd’hui l’éclairage urbain, en suivant le travail de trois concepteurs en France, en Allemagne et au Japon, toujours avec Arte.

 

As a movie lover, Agnès Bovet-Pavy studied cinema before taking a postgraduate degree in cultural  business management at Dauphine University. She started as an assistant in audio-visual production before moving to Auvergne to produce cultural events (festivals, exhibitions,
etc.). Back in Paris, she accompanied documentary filmmakers as a producer for 15 years. She then became a distributor of documentary films and decided, after 8 years, to move towards directing herself. Lumières sur la Ville, which will be broadcast on Arte in 2018, is her first film as a director.

Lumières – Why did you choose the theme of light for your first film as a director?
I have been around the world of lighting for a long time through lighting designers, especially François Migeon of 8’18’’. I had the opportunity to follow his work on the architectural lighting of the Jussieu Tower when I happened to have a meeting one evening at Place des Terreaux in Lyon. There I was fascinated by the lighting designed by Laurent Fachard which gave the space this blue haze and at the same time produced a very particular, totally serene atmosphere. It made me realize that the light was setting the tone: the people walking around the square were calm and relaxed. In 2014, I needed a break. I went travelling for a few months and took Vincent Laganier’s book Light and Emotions which I used as a travel guide. It was during this break that I decided both to go back to my first love, i. e. to direct, and to film light.

How did you define the topic of your film?
This was done step by step. When I came back from my trip, I went to the “Rencards de l’ACEtylène” (organised by the association of lighting designers, editor’s note) on the theme “Light and culture”. There, I met Thierry Paquot, a philosopher specialized in urban planning, who was leading the debates and who advised me to read Wolfgang Schivelbusch’s fascinating work La nuit désenchantée. Both my experience at the Place des Terreaux and the book by Schivelbusch naturally led me to delve into the relation between public lighting and social life. I had three ideas for the theme of the film and it was when I presented the project to Arte that I decided to start with the historical aspect, a topic that instantly appealed to Anne Grolleron. Alexandre Cornu accepted to be the producer at the same time. I then started writing to convince Arte France’s management.

You mean writing the script?
At first, I started with the research phase and not the script. I wanted to make an inventory of the archives, try and find images in old films and examples of the representation of lighting in 16th, 17th and 18th century paintings. Street lighting was born in France before it spread throughout Europe. It started taking on a very important dimension in the 19th century. I had a huge amount of information at my disposal, but I had to make drastic choices to fit it into a 54-minute format. I then called on Anne Paschetta, a documentary writer, to write the script. We decided not to have speakers in the film, but a voiceover that tells the story of street lighting, which gave us greater freedom in writing.

How did the shooting go?
Arthur Forjonel, who had done a lot of night shooting, agreed to be my chief operator. The shooting took place over 9 days, divided between the winter and summer periods during which the relation to light and above all public space occupation are absolutely different. Telling the story of four centuries of urban light in 54 minutes is not easy! I had to give up showing a lot more. That is why other projects are underway: a virtual reality film on the idea of the intimate relationship one could have with a source of light; an art book on the history of urban lighting, co-edited by the François Bourin Editions and the Arte Editions, and which is to be published in October 2018. Then I’d like to start another film, still with Arte, on how urban lighting is perceived today, following the work of three designers in France, Germany and Japan.

« Lumières sur la Ville »
HD 16/9 – 54 minutes
Réalisatrice / Director : Agnès Bovet-Pavy
Écrit avec la collaboration de /Written with Anne Paschetta
Images : Arthur Forjonel
Sound Design : Fabien Bourdier
Montage / Editing : Anne de Mo
Production : Alexandre Cornu, Les Films du Tamb our de Soie et Arte France
Avec la participation de / With the participation of : CNC et le soutien de / and the support of La Procirep, L’angoa et Région Provence-Alpes-Côte d’Azur en partenariat avec le / in partnership with CNC

lumieresurlaville.auteursetcies.com

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