Le BIM pour tous

(c) Ateliers 2/3/4

Le BIM, la maquette numérique, devient incontournable et pas seulement pour les grands projets. Les corps de métier y sont-ils prêts ? Quels sont les freins et les enjeux à l’usage par tous, expert mais aussi non-expert ? Comment donc démocratiser la maquette numérique ?

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Si le BIM (Building Information Modeling) ne change pas fondamentalement la structure et la répartition des métiers, une montée en compétences est nécessaire et est en cours à la fois sur la maîtrise des logiciels liés à la maquette numérique, et sur les processus de gestion et méthodes collaboratives qui y sont associés.

« On est encore en retard en France mais, pour démocratiser l’usage à tous, il est primordial que la collaboration soit étendue aussi aux non-experts. Le maître d’ouvrage ou le non-sachant et, en fin de projet, l’exploitant doivent pouvoir accéder à la maquette numérique, sans nécessairement savoir comment on crée ou modifie celle-ci », explique Christine Lopes, ingénieure commerciale chez Aconex, un des leaders du marché dans la gestion collaborative de projet de construction.

« Dans la solution que nous proposons, chaque organisation structure ses données et décide de les partager avec l’ensemble des acteurs du projet. Par ailleurs, le module BIM de la plateforme Aconex est complémentaire à des outils tels que Revit ou d’autres éditeurs 3D », poursuit l’experte. « La maquette n’est pas qu’une maquette architecturale pour “faire joli”, elle s’enrichit des données essentielles du projet. Grâce au mode collaboratif, la traçabilité des actions sur la maquette est assurée sur toutes les phases du projet, via messages et annotations, ce qui permet de réduire les litiges en anticipant les éventuels problèmes. C’est un vrai gain de temps notamment en recherche d’informations, de mise en place d’indicateurs de suivi des activités et avancées du projet », illustre Christine Lopes.

Pour citer quelques formations : l’Afpa propose un module « Pratiquer les bases de la modélisation 3D avec Revit », le Cnam propose également un certificat « DAO et maquette numérique du bâtiment », l’Afnor a un programme de formation sur deux niveaux de compétences et, bien entendu, nombre de partenaires des éditeurs du marché ou d’organismes de formation prévoient des modules. Tout existe donc pour aider à compléter l’expérience terrain, en particulier pour les sociétés qui se lancent cette année ou qui souhaitent généraliser l’approche BIM.

Christine Lopes

Le BIM aussi pour des projets plus modestes
« Le bureau d’études et de synthèse BIM Nodal utilise notre solution pour gérer toutes les données d’un projet de construction d’une piscine pour la communauté d’agglomération de Clermont-Ferrand », explique Christine Lopes.

Très vite, les bureaux d’études et le maître d’ouvrage ont adhéré. Ont été cités comme avantages majeurs : la préparation facilitée de la revue de projet, la possibilité d’« instantanés projet » pour zoomer sur certains points, le partage aisé des documents au sein d’une plateforme neutre permettant à chacun de partager et gérer son propre espace de données. Le gérant et BIM Manager du bureau d’études Nodal précise que la valeur ajoutée est également sur l’allègement de la tâche d’archivage et d’organisation du suivi des documents. Le projet est en cours et estimé à une valeur de 6 millions d’euros.


« Les activités des projets avec du BIM ont triplé de 2012 à 2017 »

Anne Doucerain

Anne Doucerain, chargée de projets au sein du bureau d’études fluides Enertek – Groupe Ascaudit

Enertek était précurseur et ainsi, en 2017, près de 60 % de notre chiffre d’affaires a été réalisé sur des projets BIM. Nous constatons encore des réticences, notamment lorsque tous les corps de métier ne sont pas aptes à démarrer le projet dans le mode BIM, ou encore quand le maître d’ouvrage n’est pas assez sensibilisé aux bénéfices de l’usage de la maquette.

Sur un des projets que nous menons, situé à Amiens et composé d’un datacenter de 1 190 m2 et d’un bâtiment tertiaire de 2 700 m2 sur 4 niveaux, notre expérience nous permet d’effectuer la synthèse de différents corps de métier, y compris les BE Structure et Électricité.

Pour notre partie, ont été modélisés les réseaux hydrauliques de ventilation, plomberie et électricité, y compris les locaux techniques. Dans ce cadre, quatre groupes froid d’une puissance de 950 kW, ainsi que des CTA (centrales de traitement d’air) pour le chauffage et refroidissement du bâti tertiaire sont prévus.

Nous utilisons essentiellement le logiciel Revit et des bibliothèques libres ou des objets 3D venant des fabricants. Le point faible, ce sont les échanges entre logiciels. Pour exemple, il peut y avoir des pertes d’informations entre la maquette « fluides », où le réseau et la gaine de soufflage sont détaillés par tronçons avec valeurs de débit et acoustique, et ce qui est reçu au final dans la maquette globale, à savoir un système réseau unique et entier.

Il y a donc encore des marges de progression sur ces aspects d’échanges de données, et sur les compatibilités ascendantes des logiciels utilisés. 2018 devraient confirmer la tendance vers un usage démultiplié.

Plan d’exécution CTA d’un groupe froid en toiture. (c) Enertek


Le BIM aussi en phase en exploitation
Sur ce point, ce n’est peut-être que le début mais nombre de fournisseurs ont avancé, notamment Wago, Siemens ou encore Schneider, mais aussi des acteurs de la maintenance qui mixent intelligence artificielle, prédictif et maquette numérique dans leurs GMAO (gestion de la maintenance assistée par ordinateur).

Solution « BIMenergies » d’Active3D s’appuyant sur les systèmes de mesure et de comptage Wago

Dans la GTB, l’intégration de la maquette numérique améliore en premier lieu l’exploitation et le pilotage des biens. Avec des exemples d’aide à la maintenance grâce à la géolocalisation, il est possible de repérer rapidement la modification des travaux à faire et de simplifier la communication entre les acteurs présents sur les lieux. Ou encore d’aider en cas d’alarme ou détection de présence.

Un format existe pour faire passerelle avec le monde de l’exploitation : il s’agit du format COBie. « Aconex permet de constituer le DOE numérique au fil de l’avancée du projet, de façon à ce que ce dernier soit livré au format COBie exploitable avec tout outil de facility management. Nous travaillons d’ailleurs avec des formats open BIM standards tels IFC, BCF, COBie… », illustre Christine Lopes, d‘Aconex.


« Nous ne perdons plus de temps à convaincre les maîtres d’ouvrage »

Corina Mansuy

Corina Mansuy, référent BIM au sein du cabinet d’architecture Ateliers 2/3/4/

« Ayant désormais une meilleure connaissance des objectifs de la maquette, nos interlocuteurs sont de plus en plus demandeurs de développer des projets en BIM, que ceux-ci soit formalisés en tant que tels ou non par les maîtres d’ouvrage », introduit l’experte.

Le poste de BIM manager vous semble-t-il différent en 2018 ?
Oui, il évolue car après une première phase d’« évangélisation », nous entrons dans une période de déploiement et de progression de la communauté d’ingénierie. Ce rôle est voué à être « dilué » dans le futur car l’accompagnement encore nécessaire que nous réalisons actuellement sera moindre.

Cela étant, cela nous permet à chaque fois d’aller plus loin dans l’amélioration de nos productions, ce que nous développons pour les projets précédents (gabarits, nomenclatures, familles, etc.) servant de base pour les suivants.

En quoi la collaboration est-elle élargie ou bien plus facile ?
En premier lieu, car les collaborateurs en interne dans l’agence sont plus aguerris, ont plus d’expérience chaque jour, et nos « workflows » commencent à être mieux adaptés à chaque demande. Il en va de même chez nos interlocuteurs, les récalcitrants de la première heure sont de moins en moins nombreux et sont plutôt enthousiastes à « profiter » de notre expérience. Nous arrivons à standardiser nos échanges avec, par exemple, les géomètres et les nuages de points, ou encore avec les économistes.
En second lieu, les interfaces des plateformes collaboratives ont évolué et sont plus accessibles. Cela crée davantage d’enthousiasme à se « lancer » dans l’aventure, quelques-uns ont encore du mal mais ils s’impliquent et ne se questionnent plus. Les visualisations online et les téléchargements des modèles 3D, des fichiers 2D issus des maquettes, sont de plus en plus fluides. Toutefois, ce sont les échanges des données qu’elles contiennent – de plus en plus nombreuses et provenant de sources multiples – qui aujourd’hui nous donnent le plus de mal.

Toutes sortes de nouvelles plateformes collaboratives, de logiciels « passerelles » et de plugins voient le jour afin de faciliter la collaboration entre les équipes, les échanges de données et/ou de formats de maquettes. C’est un peu l’effervescence, et la veille est donc importante sur ce sujet.


Projet BIM immeuble Austerlitz Ateliers 2/3/4.
© Arnauld Duboys Fresney

BIM, sécurité et propriété des données
Ce point est encore un vecteur de frein au déploiement. « En amont projet, notamment, il y a encore une réelle crainte de partager les maquettes et de voir éventuellement fondre la propriété intellectuelle des fichiers. Certains outils existent déjà mais aucun à notre connaissance ne réunit pour l’instant toutes les caractéristiques nécessaires pour rassurer tous les intervenants. Certaines solutions, inspirées probablement par la blockchain, sont en développement avec des étapes de validation et des signatures numériques qui garantissent l’anonymat en cas de concours », illustre Corina Mansuy, du cabinet d’architecture Ateliers 2/3/4/.

Il est ainsi de plus en plus souligné par nombre d’acteurs que les données doivent être si nécessaire protégées à l’aide d’un système crédible et indépendant de la maquette numérique.

Le BIM est donc lui aussi entré de plain-pied dans le monde de la cybersécurité et son usage est en pleine généralisation. Le mouvement est lancé, et le BIM 3 ou iBIM en collaboration totale sur un modèle unique synchronisé en temps réel est peut-être pour bientôt.

Jean-François Moreau

 

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