Formation : à nouveaux besoins, nouvelles méthodes

Le numérique a doublement investi le domaine de la formation. D’une part, parce que le contenu de la formation intègre la dimension numérique des produits et solutions connectés, d’autre part, parce que le numérique change l’approche pédagogique. Les formations sont-elles pour autant plus accessibles ? Plus pratiques ? Mieux adaptées à chacun et aux marchés ? Revue de détail.

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« Le numérique change l’approche pédagogique : MOOC ou formation en ligne, classe virtuelle et journées de regroupement permettent désormais de réaliser des formations qualifiées de “blended”, qui mixe les approches ateliers et travaux pratiques, et les possibilités que laisse le numérique pour donner flexibilité et accès élargi à des formations à distance. Il y a un juste équilibre à trouver entre le distanciel et le présentiel, suivant les types de formation et les publics visés », souligne Dominique Vignot, directrice générale de FAB21 Formation.

« Et il faudra toujours du présentiel, notamment pour mettre en situation les produits. Ainsi, dans un atelier, sur un plateau technique, nous utilisons un télémètre connecté, qui optimise le temps de travail par des mesures numériques précises, dès le début de chantier. Cette familiarisation est aussi l’antichambre de la maquette numérique ou BIM, et les participants voient très vite le lien entre le produit, son usage et son côté numérique », poursuit-elle.

Exemple de matériauthèque. (c) FAB21 formation

Mieux apprendre quand on en a besoin, à son rythme
« Les outils numériques assurent aussi une meilleure adaptation pédagogique en termes de rythme et de contenu et ce, en fonction de chaque participant. Sur Internet, les séquences pédagogiques sont plus courtes ; par exemple, l’accompagnement est aussi modifié et le formateur devient tuteur à distance sur une partie de la durée de formation ; il a des rendez-vous réguliers sous forme de classe virtuelle, de conférences téléphoniques, pour répondre aux questions, corriger des exercices, avancer sur un cas pratique et en faire une analyse collective », précise Dominique Vignot.

« Dans le MOOC, il n’y a pas vraiment d’interaction directe avec le formateur, et les MOOC sont plutôt des formations générales, gratuites, ouvertes et dédiées au plus grand nombre. Le SPOC, lui, est une formation plus pointue, réservée à des stagiaires payants, avec des prérequis contrôlables. Pour prendre un exemple, nous avons un SPOC en activité à destination de la maîtrise d’œuvre sur la gestion d’un projet de rénovation thermique. Les stagiaires ont apprécié de pouvoir étudier à leur rythme tout en ayant des classes virtuelles régulières, de mener un projet de rénovation en commun, avec une première approche des outils collaboratifs, et au final une journée de restitution qui leur a permis à la fois de se rencontrer physiquement, par région, avec leur formateur qui les suivait à distance pendant la formation, et de présenter au groupe le résultat de leur projet », illustre Jean-François Ploteau responsable pédagogique au sein de FAB21 Formation.

Pour Henri Perez, directeur de Formapelec, le numérique permet aussi de répondre de façon plus efficace à la demande de plus en plus forte de formations sur mesure, voire individualisées, pour des métiers qui sont en pleine évolution. Ainsi, selon la Smart Building Alliance, 50 % des métiers du futur, d’ici à 25 ans, n’existent pas aujourd’hui ; un installateur électricien qui fait de l’électricité BTP classique doit désormais s’intéresser aux IRVE (infrastructures de recharge des véhicules électriques), au bâtiment connecté, voire aussi aux courants faibles et à la fibre optique. Cela demande une adaptation des compétences, voire une mutation ou un repositionnement de son entreprise.


La filière électrique accompagne ses clients et optimise ses programmes de formation : l’exemple de Legrand

La filière électrique, distributeurs mais aussi fabricants, est également mobilisée. « Il est essentiel de déployer des formations locales au plus près de nos clients. Nous avons mis au point des travaux pratiques mobiles pour certaines formations ; en revanche, d’autres nécessitant des moyens lourds ne peuvent être délocalisés. En dehors de nos centres régionaux de formation Innoval, il est ainsi possible de dispenser des formations chez l’installateur ou bien chez le distributeur », introduit Yvan Mathieu, directeur de clientèle Résidentiel Tertiaire, chez Legrand.

Yvan Mathieu, directeur de clientèle Résidentiel Tertiaire, chez Legrand.

« Le numérique au sein de la formation est un vrai facilitateur de construction de parcours pédagogique personnalisé, car en fonction des niveaux et des connaissances, on associe de façon très flexible des modules pour apporter la juste information et les compétences dont le client a besoin au bon moment », ajoute Christophe Demazure, responsable Formation et Accueil Réseau de Ventes et Clients de Legrand. Pour nos clients, trois enjeux sont clés : les solutions et objets connectés, les IRVE, le VDI et l’efficacité énergétique-mesure et pilotage des consommations.

Christophe Demazure, responsable Formation et Accueil Réseau de Ventes et Clients de Legrand.

« Et il y a forcément un juste équilibre à trouver entre présentiel et distanciel, l’autoformation à distance étant plutôt réservée à tous les aspects normatifs, théoriques et techniques. L’aspect pratique est nécessairement traité par des mises en situation pour appréhender le bon geste », précise l’expert.

Apporter l’information au plus près des électriciens certifiés autour des Legrand événements en région.


Qualification et formation, la paire gagnante
« À l’exception des mentions RGE et IRVE pour lesquelles
les pouvoirs publics ont imposé une formation, il n’y a pas d’obligation de formation pour les qualifications délivrées par Qualifelec, et nous n’en dispensons pas. Cependant, Qualifelec s’assure de la compétence des professionnels dans l’appréhension des techniques adaptées aux segments de marchés concernés par la qualification et ce, à travers les justificatifs d’expérience professionnelle et/ou de formation », détaille Alexandra Del Medico, secrétaire générale de Qualifelec.

Cependant, l’arrivée du numérique, mais aussi l’émergence de nouveaux domaines d’activité, tels que les IRVE ou encore l’autoconsommation et le stockage d’énergie, bousculent et invitent à renforcer les formations continues existantes ou à en créer de nouvelles. « C’est tout le sens du partenariat que nous avons conclu avec Formapelec. L’objectif est de créer une dynamique dans le développement de projets de formation en lien avec les qualifications que nous proposons, et ainsi, mieux accompagner les installateurs dans le développement de leur entreprise et des compétences de leurs salariés », explique Alexandra Del Medico.

Alexandra Del Medico

En illustration, la nouvelle mention, qui va permettre de valoriser la technicité nécessaire à l’entretien du 1,6 million de colonnes montantes en activité en France. « Qu’il s’agisse de la rénovation totale ou partielle d’un immeuble, de la nécessité de fournir une puissance supérieure à celle existante avec l’ajout de points de livraison, du déplacement d’ouvrage lié à la modification des lieux, les interventions sur les colonnes montantes imposent des connaissances et compétences particulières, notamment sur les normes d’installation, les procédures administratives et les règles de sécurité », illustre Henri Perez, de Formapelec.


Industrie, un nouveau plan pour former des « référents énergie »

« Depuis 2016, le programme national PRO-SMEn attribue une aide financière aux entreprises et collectivités qui mettent en place un système de management de l’énergie certifié ISO 50001.La prime, égale à 20 % des dépenses énergétiques annuelles des sites certifiés, pouvait atteindre jusqu’à 40 000 euros », introduit Julie Rey-Camet, secrétaire générale de l’ATEE (Association technique énergie environnement). Ce dispositif, doté d’un fonds de 20 millions d’euros, a été renouvelé pour la période 2018-2020 et concerne les organisations de toute taille et de tout secteur*.

En complément, depuis début septembre, le programme PRO-REFEI a pour objectif la formation, d’ici à 2020, de 3 000 « référents énergie », dans les entreprises industrielles de toute taille, afin de les accompagner dans leur montée en compétences sur l’efficacité énergétique, les process ou l’approvisionnement en énergie. Le référent énergie est une porte d’entrée, qui va se professionnaliser progressivement tout au long du parcours de formation et de façon très pragmatique avec des grilles d’action qui s’adaptent à l’avancée de l’entreprise et du stagiaire.

Le parcours a été conçu en trois étapes et pour une formation de 5 jours répartie sur 3 à 6 mois. « Tout commence par un MOOC d’une durée de 4 heures 30. Une première formation en présentiel, de 2 jours, aborde les contextes et la compréhension du système de management de l’énergie, aide à qualifier des pistes d’amélioration sur les utilités industrielles, sur les possibles récupérations d’énergie sur les machines, le recyclage de certaines matières premières, etc. Ensuite, un tuteur va accompagner le stagiaire sur une durée de 6 mois, visiter le site et l’aider à affiner ses objectifs », explique Karine Maillard, chef de projet PRO-REFEI. Les coûts pédagogiques sont couverts par les CEE à 100 % pour les entreprises de moins de 300 salariés, et à 50 % au-delà de 300 salariés.

* Plus de détails sur le site : pro-smen.org

Disponible en octobre prochain, et pris en charge par les OPCA, le contenu est adapté sur deux niveaux : 2 jours, à l’intention des installateurs et opérateurs de terrain, qui incluent une mise à jour des connaissances techniques, les processus d’accès aux ouvrages, d’analyse des conditions de travail et de préparation de chantier, mais aussi un atelier mobile pour appréhender de façon pratique l’installation d’une colonne provisoire et sa bascule à réception technique. Pour les chargés d’affaires, le parcours est de 3 jours, avec une dimension importante sur la conception – technologie et dimensionnement –, mais aussi sur les process à respecter, tant administratifs que sur le déroulement des travaux.

(c) Formapelec

Un enjeu fort sur ce point, car d’ici à la fin de l’année, la Ville de Paris exigera la mention « Colonnes Montantes » de Qualifelec pour toute intervention sur des installations relevant de sa responsabilité.

Dans le même sens, Qualibat vient de créer la qualification « audit énergétique » afin d’identifier de façon plus précise les professionnels du marché de la rénovation énergétique globale.

Le récent plan pour la rénovation énergétique des bâtiments a annoncé le soutien des dispositifs de formation RGE et PACTE, dans les territoires. « Le numérique y tient un rôle clé, car c’est une formidable source d’accès à l’information qui effectue une vraie remise en question de ce qu’on fait et fera en termes de formation, et le mix présentiel et distanciel ainsi possible ouvre à tous les acteurs du bâtiment de se former aux nouveaux produits, à leur rythme, et avec un accès plus souple », conclut Christophe Demazure, de Legrand.

Jean-François Moreau

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