Portrait : Le Syndicat de l’Éclairage, watt else !

Julien Arnal, président du Syndicat de l'éclairage

Depuis le 1er septembre, presque toutes les lampes halogènes sont remisées définitivement sur les étagères de l’histoire de l’éclairage. Les diodes électroluminescentes (LED) ont fait le ménage autour d’elles ! Lumière intelligente, modulable à souhait, c’est désormais cette technologie qui éclairera nos vies. Dans la filière, tout va si vite qu’on en oublierait presque qu’au début du siècle dernier, il n’y a donc pas si longtemps, c’est le gaz et le pétrole qui tenaient lieu d’énergie lumineuse. Sans cesse en renouvellement, les ampoules ne se contentent pas d’apporter la lumière pour améliorer notre confort et notre bien-être, mais répondent aussi concrètement aux enjeux fondamentaux de transition énergétique. C’est l’une des missions du Syndicat de l’éclairage, que d’accompagner ses membres dans leurs démarches de progrès et d’innovation. Allumons les projecteurs…

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Créé à l’aube du siècle dernier, le Syndicat de l’éclairage « représente la très grande majorité des acteurs significatifs de notre marché en France, tous secteurs confondus », précise Lionel Brunet, son délégué général. Un syndicat professionnel « qui favorise le maintien et le développement de l’emploi sur nos territoires, puisque 90 % de nos adhérents, TPI, PMI ou ETI, ont des sites de production en France ». La cinquantaine d’entreprises adhérentes, « grâce à leurs 7 000 collaborateurs », conçoivent et produisent « plus de 80 % des lampes d’éclairage général vendues sur le marché national et 70 % des luminaires fonctionnels ou architecturaux pour l’éclairage intérieur ou extérieur ». Une communauté de membres « qui s’engage individuellement à respecter, à travers des chartes, la nature de l’information et la garantie des performances de leurs produits au-delà du minimum réglementaire ». « Structure collégiale démocratique [Julien Arnal, directeur général d’Erco France, a été réélu à la présidence en juin 2018], où tous les membres actifs s’impliquent au sein des différentes commissions sectorielles », le Syndicat de l’éclairage se définit à la fois comme le défenseur « des intérêts collectifs de la profession, notamment auprès des institutionnels et des parties prenantes » et comme « un acteur au service de [sa] filière, à l’écoute des tendances, pour aider à créer de la valeur pour l’ensemble de ses membres ».

Lionel Brunet, délégué général du Syndicat de l’éclairage

L’innovation technologique est au cœur de la filière, « nos industriels évoluent dans le monde pointu du croisement de la technologie de l’électricité avec celle du numérique, elles sont toutes dotées de l’esprit start-up », poursuit Lionel Brunet. De la recherche, du développement, mis aussi au service de l’urgence écologique qui exige un autre modèle de développement et une consommation d’énergie moindre, « et de ce point de vue, notre syndicat et nos adhérents ont fait leur devoir ». Depuis 10 ans, l’organisation est montée au créneau pour faire campagne en faveur de l’interdiction à la vente des lampes incandescentes au profit de lampes à économie d’énergie avec aujourd’hui, la LED. Cette « LEDification » du marché de l’éclairage est une proposition concrète en matière d’enjeux environnementaux et d’efficacité énergétique. Les chiffres de l’UNEP, le Programme des Nations unies pour l’environnement, sont éloquents : alors que la consommation mondiale pour l’éclairage public et l’éclairage des bâtiments génère 1 150 millions de tonnes de CO2, une transition complète vers les nouvelles technologies de l’éclairage, permettrait de réduire ces émissions de 580 millions de tonnes par an. Parce que « seulement 7 à 15 % de l’énergie consommée par les ampoules à filament est convertie en lumière, le reste l’est en chaleur » ; parce que « la durée de vie d’une LED est de 15 000 à 25 000 heures, contre 2 000 heures » pour une ampoule halogène, et que par ailleurs, « elle permet de consommer cinq fois moins d’énergie »… rien d’étonnant à ce que les diodes aient renvoyé « l’incandescence » dans ses foyers. Face à cette révolution technologique, « nos industriels se sont reconfigurés en moins d’une décennie pour passer de l’âge de la relation avec le feu au numérique ». Et pour des baisses de production d’énergie pas anodines, « l’éclairage représente 12 % de la consommation nationale d’électricité, ce qui signifie que si la totalité du parc d’éclairage français était équipée en LED, nous ferions l’économie de deux réacteurs nucléaires ». On n’en est pas si loin que cela, « en 2016, 63 % des ampoules vendues en France étaient des LED ». Mais pour le Syndicat, il y a encore de quoi s’occuper : « Nous devons porter nos efforts sur les besoins de rénovation et de modernisation de l’éclairage intérieur des bâtiments et de l’éclairage public. » Notre pays est en retard sur ses voisins, « il y a un défaut d’exemplarité de la part des acteurs publics, qui détiennent près de la moitié du parc tertiaire national mais qui tardent à se lancer dans des opérations de renouvellement, nous le regrettons, car la commande publique a un vrai pouvoir d’entraînement et ces opérations génèrent de la croissance ! ». Certaines communes, quant à elles, « optent trop souvent pour l’extinction de l’éclairage, ce qui n’empêche pas leurs installations de vieillir, de devenir moins efficaces et plus énergivores ! ».

La France rechigne à investir dans l’éclairage. Les chiffres de l’étude réalisée par le CEREN pour les bureaux en témoignent, ce sont « 80 % des installations d’éclairage dans le tertiaire qui sont obsolètes, la plupart datant souvent de plus de 20 ans ». Pourtant, il y a matière à rentabiliser l’investissement, alors que « plus de 70 % de la consommation d’éclairage intérieur des bâtiments se fait de jour, les nouvelles technologies sont susceptibles de générer jusqu’à 70 % d’économies d’énergie en plus des LED grâce à des systèmes de gestion : détection de présence, asservissement à la lumière naturelle ». Les LED « sont des semi-conducteurs qui, embarqués sur la même carte électronique avec de l’intelligence, traitent les informations captées et permettent modularité et connectivité ». Cette technologie « sert désormais à la fois les objectifs d’économies des exploitants du bâti et le bien-être des utilisateurs ». Il ne s’agit plus d’actionner un commutateur ou un bouton-poussoir, mais « d’éclairer juste et de piloter chaque luminaire en fonction des besoins propres à chacun. Les entreprises reconnaissent désormais l’utilité des ambiances lumineuses adaptées en fonction des tâches, des âges, des handicaps et du biorythme de chaque personne, pour une meilleure ergonomie et un confort optimisé. Une lumière adaptée renforce l’efficacité et la disponibilité ». Les industriels du monde de l’éclairage sont capables « de fournir ces équipements, aussi économiques que performants, nécessitant peu de maintenance et avec une longue durée de vie ».

Nous vivons les débuts du concept « light as a service, avec du financement locatif et des services associés, dont la maintenance, avec une proposition de valeur non plus sur la possession du produit mais des nouveaux usages que permet la LED ». L’éclairage intelligent, qui assure bien-être, sécurité et consommation d’énergie réduite, a de beaux jours devant lui. Et la révolution ne fait que commencer, on envisage déjà les lasers pour nous éclairer. Mais n’oublions pas que dans d’autres pays, dans certaines villes ou certains villages dépourvus d’électricité, c’est l’essence qui prévaut encore pour s’éclairer. La bataille environnementale doit se jouer sur tous les fronts.

Olivier Durand


Les chiffres de l’éclairage en France
(source ADEME)

L’éclairage intérieur
– L’éclairage intérieur regroupe les bâtiments privés et publics : bâtiments résidentiels et non résidentiels tels que les bâtiments tertiaires, industriels, etc.
– 10% des consommations annuelles d’électricité en France, soit 49 TWh*
– 90 % de l’énergie pour l’éclairage est consommée le jour
– Rythme global des rénovations en France : 2 à 4 % par an
– Économies après une rénovation dans le bâtiment tertiaire : 12 € / m² / an
– Économies après une rénovation des parties communes : 8 € / m² / an
– Potentiel d’économies d’énergie : entre 40 et 80 %

L’éclairage extérieur
– 9 millions de points lumineux composent le parc d’éclairage public français
– Consommation globale du parc : 7 TWh d’énergie par an
– 75 % des luminaires installés ont plus de 25 ans
– 48 % de la consommation d’électricité d’une collectivité
– 37 % de la facture d’électricité d’une commune
– 18 % de la consommation totale d’énergie d’une commune
– Rythme global des rénovations : entre 2 et 4 %
– Potentiel d’économies d’énergie : 40 à 80 %

* Terawatt-heure


 

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