Suppression des chaudières au fioul d’ici 10 ans : comment accompagner les Français ?

Exemple de chaufferie composée d’une chaudière biomasse et de trois chaudières à gaz en appoint. (c)Viessmann

La lutte contre le changement climatique suppose un changement radical de nos habitudes de consommation énergétique. Dans cette optique, le gouvernement a proposé un plan pour remplacer les chaudières au fioul dans les logements individuels français.

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Le gouvernement mise sur la suppression des chaudières au fioul

Le 14 novembre 2018, le Premier ministre Edouard Philippe donnait un coup de pied de la fourmilière en annonçant son intention de sortir du chauffage individuel au fioul d’ici dix ans. « Nous voulons proposer aux Français un système qui les libère de cette contrainte de se chauffer au fioul », expliquait-il sur RTL. Pour se faire, il s’engageait à lancer « une prime à la conversion des chaudières » afin d’accompagner les ménages français et de « prendre en charge un tiers du coût global de transformation ».

L’opération est de l’aveu du chef du gouvernement « ambitieuse ». Si le fioul domestique est en perte de vitesse depuis vingt ans, on compte toujours un peu plus de 4 millions de logements (soit 14% des foyers) chauffés au fioul (Ademe, 2017). Parmi eux, 600.000 sont des logements collectifs, et l’opération de remplacement devrait donc concerner environs 3,5 millions de foyers.  « Le fioul reste encore très présent dans les zones non desservies par le réseau de gaz », essentiellement en zone rurale, note l’Ademe.

Le gouvernement rappelle que l’opération ne présente pas que des avantages environnementaux (le fioul émet ainsi 300g CO2/kWh, contre 274g CO2/kWh pour le gaz propane et 234 g CO2/kWh pour le gaz naturel). Le coût d’usage du fioul domestique a lui aussi grimpé de 80% en trois ans, et une sortie du fioul serait aussi très économe. Des alternatives « plus performantes à l’usage et moins polluantes que le fioul » existent aujourd’hui, souligne en effet l’Ademe.

Les alternatives au fioul

La première alternative est le chauffage au bois. L’installation d’un poêle à bois coûtera entre 3 000 et 7 000€ alors qu’une chaudière à granulé bois reviendra entre 10 000 et 20 000 €. Si le coût d’installation peut être élevé, avec une facture annuelle moyenne de chauffage qui va de 500 à 800€/an, il est sensiblement moins cher que les autres énergies (en particulier le fioul, qui implique une facture annuelle moyenne de 2 230€). Viennent ensuite la chaudière à Gaz. Les systèmes les plus abordables se situent aux alentours de 1 500 euros et offrent de solides performances. Ces derniers ne sont toutefois pas inclus dans la prime à la conversion mis en place par l’Etat afin d’accompagner la transition hors du fioul. Les chaudières à condensation, elles visées par l’aide, coûtent entre 3 000 et 5 000€. Ces systèmes sont également assez peu coûteux, avec une facture annuelle qui varie entre 500 et 1 200€/an.

Enfin, on trouve la pompe à chaleur. Il s’agit de la solution la plus innovante et écologique puisqu’elle ne nécessite aucun combustible. Cette dernière permet d’extraire de l’énergie à l’extérieur de l’habitation pour l’injecter à l’intérieur par le biais d’un radiateur. Cette opération génère davantage d’énergie qu’elle n’en consomme. Elle représente en revanche un investissement : le prix à l’achat varie entre 8 000 et 18 000 €, et la facture annuelle comprise entre 1 200 et 1 600€/an – plus rentable que le fioul, mais légèrement moins que ses autres concurrents, donc.

« Remplacer une chaudière au fioul par une PAC permet de substituer à 4 kWh de combustible fossile, 1 kWh d’électricité et 3 kWh de chaleur renouvelable gratuite prélevée sur l’environnement (air, sol, nappe phréatique) », souligne l’Association française pour les pompes à chaleur (Afpac). Son président, Thierry Nille, table sur « un marché en croissance entre 10 et 15% par an ». Ce dernier note « qu’un peu plus de 16 millions de PAC seront installées d’ici 2050, ce qui permettrait d’éviter l’émission de 16,8 millions de tonnes de CO2 ».

Deux millions de logements et de bureaux sont équipés de pompes à chaleur. D’après le 8e Baromètre annuel OpinionWay la pompe est devenue le dispositif préféré des Français avec 81 % d’avis favorables. Selon la même étude, près de 9 Français sur 10 se disent prêts à l’adopter. Son prix d’installation important reste un frein majeur. Et pourtant il existe un certain nombre d’aides mises en place par l’État, mais méconnues, pour réduire sensiblement ce coût et aider les ménages à adopter des chauffages plus écologiques.

Les aides d’accompagnement au remplacement des chaudières au fioul

Plusieurs aides existent pour remplacer sa chaudière au fioul (uniquement) par un système plus écologique. On peut citer le Crédit d’impôt transition énergétique (CITE), qui permet de déduire de votre impôt sur le revenu une partie des dépenses engagées pour des travaux améliorant la performance énergétique du domicile (15 % ou 30 % des dépenses, selon leur nature). Il existe également les Certificats d’économie d’énergie (CEE) qui compensent les propriétaires, les bailleurs, ou les locataires qui veulent faire des travaux d’économies d’énergie.

Il existe en outre une prime spécifique instaurée en 2017, pour les ménages qui remplacent leur chaudière au fioul pour une pompe à chaleur, chaudières à bois ou gaz. Ces derniers peuvent bénéficier d’une aide de 2 000€ s’ils ont des revenus modestes et 3 000€ pour des revenus très modestes. C’est cette prime que le Premier ministre a promis d’élargir, sans en préciser les modalités.  « Les discussions sont en cours avec le ministère de la Transition écologique pour augmenter le montant maximal à 3 500 euros et élargir le nombre de personnes éligibles », précise PrimesEnergie.fr.

Enfin, certains groupes énergétiques s’engagent aux côtés de l’État afin d’aider à cette transition. C’est le cas d’EDF, qui a prévu un « coup de pouce » pour les ménages remplaçant leur chaudière au fioul par une pompe à chaleur. Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF, a annoncé le lancement d’une « prime exceptionnelle », qui permettra d’ « augmenter de 50% l’aide au changement de la chaudière pour les pompes à chaleur» en plus de l’aide du gouvernement. L’enveloppe globale touchée par les ménages les plus modestes sera de 4 500 € et de 3 000 € pour les autres.

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