Entretien : Simon Deschamps – Le concept lumière, une entité globale

Simon Deschamps, Ingénieur et concepteur lumière, Studio Deschamps
Simon Deschamps, Ingénieur et concepteur lumière, Studio Deschamps

Dans un premier temps, Simon Deschamps opte pour une formation approfondie au sein de l’école d’ingénieur de Poitiers : l’Ensip, spécialisation Éclairage. Admiratif du métier de directeur photo de cinéma, qu’il considère comme faiseur d’ombres et de lumières de haute technicité, il s’oriente naturellement vers la conception lumière. Simon Deschamps prend ses marques au sein de Vinci Energies en tant que concepteur et installateur pendant deux ans : il est ainsi à l’origine de nombreuses mises en lumière, notamment la scénographie lumineuse d’envergure sur la place de la Victoire à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, en 2006. À la suite, il effectue plusieurs missions au sein d’agences de conception lumière parisiennes. En 2010, il crée son agence indépendante, Studio Deschamps, à Clermont-Ferrand puis à Paris, avec un regard aiguisé sur des notions de scénographie, de vision et d’architecture. Ces projets ont pour objectifs d’explorer et d’œuvrer pour une lumière qualitative.

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En qualité d’ingénieur en éclairage et concepteur lumière, Simon Deschamps intervient aussi bien dans des applications intérieures qu’extérieures, associant les notions à la fois de dialogue architectural et de scénographie lumineuse, comme il le décrit à travers deux exemples majeurs : le cinéma Studio Ferry à Agen et le théâtre du Châtelet récemment rénové.

Vous refusez qu’on vous inscrive dans une démarche catégorielle et préférez la pluridisciplinarité à la singularité compartimentale éclairage intérieur ou extérieur.
Simon Deschamps – Je trouve en effet plus intéressant de réfléchir à la narration lumineuse sur l’ensemble du projet que sur une fraction, ma formation d’ingénieur en est sans doute la cause. Un des premiers projets d’envergure fut la conversion d’une grande caserne et son parc en école d’infirmières. En plus du volet patrimonial, l’agence ACA Architectures souhaitait une affirmation forte de ce nouvel usage par la lumière. Pour suggérer le caractère médical, mes recherches ont convergé vers l’utilisation d’une matière évocatrice des luminaires de salles d’opération : le PMMA prismatique. Les suspensions des grandes salles, les plafonniers de l’escalier et les projecteurs des couloirs en sont équipés, ceci répond également aux problématiques croisées de valorisation patrimoniale, de confort et d’efficacité lumineuse.

© Studio Deschamps. Nevers- Réflecteur Lumière

Un système de réflecteur d’éclairage naturel a été expérimenté et construit sur ce principe pour l’amphithéâtre. En écho extérieur, nous avons dessiné, avec le paysagiste, un concept d’implantation de mâts à végétation grimpante équipés d’un luminaire à vasque prismatique, cette astuce évitait que la plante grimpante ne vienne obstruer la lampe. À réflexion globale, réponse globale. À l’instar de la réhabilitation d’une ancienne école en cinéma à Agen, qui fut quasiment ma première réalisation culturelle.

Le projet comprenait également une lecture à la fois intérieure et extérieure du bâtiment ?
Le bâtiment se divise en deux : d’une part, les salles de cinéma et d’autre part, les espaces publics : bar associatif ; accueil et une cour extérieure. J’ai imaginé l’éclairage de la salle au moment où on y pénètre lorsque le générique a déjà commencé : la salle est sombre, il est essentiel de distinguer la circulation, j’ai exploité ce contexte et réalisé un phénomène lumineux sur les contremarches. Chacune d’elles est éclairée par un encastré muni d’un miroir sans tain qui crée des tubes de lumière se reflétant à l’infini. La sensation visuelle et les effets d’optique sont saisissants. Dans une forme simplifiée, j’ai décliné ce principe pour l’éclairage latéral des murs. L’extérieur, une cour reliée au bar par une terrasse, a été traité comme un lieu de vie et de détente ouvert et accessible en permanence de façon ludique avec des projecteurs dotés de trois teintes : blanc chaud, bleu cyan et bleu profond qui superposent des ombres de trois teintes différentes. La façade, quant à elle, a été éclairée de façon à révéler les détails patrimoniaux de l’ancienne école.

© Studio Deschamps, Cinéma d’Agen

© Studio Deschamps, Cinéma Studio Ferry à Agen

Aborder l’éclairage dans sa globalité est un passage obligé pour vous ?
Passage obligé, peut-être pas, mais essentiel et cohérent, oui : avec la volonté de dialoguer avec l’architecte sur la meilleure solution technique à apporter. Bien souvent, les intervenants sont multiples, entre le paysagiste, l’architecte, le scénographe, l’éclairagiste et l’installateur, chacun joue son propre rôle sans avoir une vision d’ensemble du projet, ce qui est très frustrant. Cela fait partie de mon travail de sensibiliser les agences d’architecture à la nécessité de travailler l’éclairage dans tous les espaces et d’apporter une réponse réfléchie en adéquation avec le projet architectural pour lui donner vie grâce à la lumière, comme une respiration. J’aime travailler sur des entités lumineuses, en incluant dans un deuxième temps la partie scénographique, que je développe avec plaisir et ambition et ce, autant sur des projets purement fonctionnels qu’artistiques.

Comme votre intervention dans le cadre de la rénovation du théâtre du Châtelet ?
En effet, l’agence d’architecture Pumain et Christian Laporte m’ont missionné pour mettre en lumière la façade, les coursives, la grande salle, le vestibule, le foyer et les circulations. Les travaux avaient pour objectif de moderniser le théâtre, tant en ce qui concernait la dimension architecturale et patrimoniale que technique, fonctionnelle et scénographique. Un important programme de mise en accessibilité a été entrepris dans le théâtre, comprenant la rénovation et la mise aux normes de l’ensemble des installations techniques, tout comme l’amélioration de la scénographie. Sur la grande salle, l’éclairage a été accentué sur les surfaces par des encastrés disposés dans le plafond staff sous les balcons, et la verrière sera rétroéclairée en DMX pour redonner un aspect zénithal et majestueux à cette grande salle. L’éclairage incandescent de la salle a ainsi été remplacé par des appliques à LED en périphérie, avec variation possible jusqu’à 0 % pour répondre aux besoins de théâtralisation. Ce programme de rénovation patrimoniale implique également l’extérieur du bâtiment, façades, toitures et corniches hautes, auxquelles la mise en lumière redonne du volume, un aspect monumental et volumétrique, notamment aux sculptures. Finalement, il n’est pas très difficile d’associer les deux aspects, intérieur et extérieur, à l’étude d’éclairage : ils sont le plus souvent liés par l’histoire et l’architecture du bâtiment.

© Studio Deschamps, Théâtre du Châtelet, Architecte Philippe Pumain, Architecte du patrimoine Christian Laporte.

Votre métier change ? Comment voyez-vous son évolution ?
Le travail sur la lumière a fait du chemin dans le bon sens. Les architectes et paysagistes ont pris conscience du potentiel d’intégration du matériel LED, sans avoir la maîtrise de sa diffusion lumineuse et de son design. À cette perspective, notre profession s’articule pour sensibiliser l’ensemble des acteurs à cet enjeu lumière. C’est dans cet esprit que je souhaite développer mon travail sur le design afin de proposer un éclairage novateur qui réponde en même temps aux exigences et au côté fonctionnel.

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http://studio-deschamps.com/

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